‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 202 sur 327 · LES NOTES DE CLÉMENT DE FAUQUEMBERGUE, GREFFIER DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

LES NOTES DE CLÉMENT DE FAUQUEMBERGUE, GREFFIER DU PARLEMENT

environs, dans plusieurs villes et forteresses qu'ils avaient nouvellement recouvrées, et oîi ils avaient trouvé fort* prompte obéissance, sans leur donner assaut, ni en venir aux armes et à bataille. \

Vendredi xxvi* jour d'août, messire Louis de Luxembourg, évoque de Thérouanne et chancelier de France, vint en la chambre du parlement, où étaient les présidents et conseillers des troi^ chambres dudit parlement, les maîtres des requêtes de Thôtel, TévOque de Paris, le prévôt de Paris, les maîtres et clercs des comptes, les avocats et procureurs de céans, l'abbé de Chàtillon, le prieur de Corbeil, M*" J. Chuffart, M. Pasquier de Vaux*, le doyen de Saint-Marcel, le commandeur de Saint- Antoine, le trésorier de Saint-Jacques de l'Hôpital, le prieur de Sainte- Catherine, le prieur des Jacobins, le prieur des Carmes, le prieur des Célestins, le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, le curé de Saint-Médard, le curé de Sainte-Croix, les fermiers de la cure Saint-André-des-Arts, Jacques de Loi, M. J. Dufour, M. Jeh. Dieulefist, le curé de Saint-Innocent, M. J. de Burv, M. J. Taleuse, M. J. l'rches, J. de Ruis dit Dvnadam, M. Jeh. Murray, M. P. Guirault, M. Jeh. Bonpain et plusieurs autres. Conformément à ce qui avait été juré par plusieurs habitants de cette ville de Paris, en présence du duc de Bedford, régent, et du duc de Boui^ogne, siégeants alors en la salle de céans sur Seine, un jour avant le dernier départ du duc de Bourgogne de cette ville de Paris, ainsi que lavaient juré plusieurs habitants de Paris en la présence du mùme duc de Bedford, avant qu'il s'éloignât de Paris, les susdits firent serment de vivre en paix et union en cette ville, sous l'obéissance du roi de France et d'Angleterre, selon le traité de la paix {/e traité ae Troyps),

Ce jour, le chancelier en présence des gens du conseil du roi réunis en la chambre du parlement, commit Maître Philippe de Rully, trésorier de la Sainte-Chapelle et maître des requêtes de Thôtel, et Maître Marc de Foras, archidiacre de Thérische (?), maître des comptes du roi, pour recevoir des serments pareils des gens d'Eglise séculiers et réguliers. Le lendemain et les jours suivants, lesdits commis allèrent es chapitres, es couvents et églises de la ville pour faire ce qui vient d'ôtre dit.

A la suite, la cour a vaqué par plusieurs journées ; il n'y a pas eu d'assemblée, séans les présidents et conseillers pour ouïr les plaidoiries, ni pour entendre à l'expédition des causes et des procès en la manière accoutumée; mais seulement quelques-uns des présidents sont venus en la

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chambre du parlemeift f)our ouïr les requêtes des causes urgentes et

1. Texte : assez prompte obéissance. Il a été dit ({ue dans la langue du moyen àgo, assez signifie souvent : très, fort. Nous pensons que c'est ici le cas.

2. Délégués par TUniversité, sur l'ordre donné par le chancelier qui, sans doute, ravaît aussi intimé aux religieux ici nommés.

nécessaires, et pour pourvoir aux cas qui survenaient à roccasion gens d'armes de Messire Charles de Valois, qui étaient en plusieurs villes et cités aux environs de Paris.

Mercredi vu* jour de septembre, après la relation de Messire Philippe de Morvilliers et de Messire Richard de Cbancey, présidents, il futappointé que la somme de quatre-vingt-quatre livres parisis, mise en dépôt es mains de M* Jean Coletier par Jacques Vivian, serait baillée au receveur dé Paris commis à recevoir les dépôts, etc., ainsi que plus à plein c'est contenu au registre des plaidoiries.

Il est vrai que lors on faisait prendre et lever de par lé roi tous dépôts, et que Ton imposait des emprunts aux églises et personnes ecclésiastiques, aux bourgeois et habitants de la ville de Paris, pour payer et entretenir les gens d'armes chargés de garder la ville et ses habitants à rencontre des gens d'armes de Messire Charles de Valois, qui se troavaient à Saint-Denis, et en plusieurs places aux environs de Paris.

Jeudi viii^jour de septembre MCCCCXXIX, fête de la Nativité de la Mère de Dieu, les gens d'armes de Messire Charles de Valois étaient assemblés en grand nombre auprès les murs de Paris, du côté de la porte Saint-Honoré, espérant grever et endommager la ville et les habitants de Paris par commotion de peuple plus que par puissance ou force d'armes ; environ deux heures après midi, ils commencèrent à faire semblant de vouloir assaillir la ville ; et hâtivement plusieurs d'entre eux, qui étaient sur la place aux Pourceaux et aux environs, non loin de la susdite porte, portant de longues bourrées et des fagots descendirent et se boutèrent es premiers fossés, où il n'y avait point d'eau ; et ils jetèrent lesdites bourrées et les fagots dans l'autre fossé voisin des mui^, èsquels il y avait grande eau.

Et à cette heure, il y eut dans Paris gens affectés [(effrayés) ou corrompus, qui poussèrent un cri en toutes les parties de la ville de çà et delà les ponts, criant que tout était perdu, que les ennemis étaient entrés dans Paris, et que chacun se retirât et fît diligence de se sauver. Et à cette voix, à une même heure de l'approche des ennemis, tous les gens étant lors es sermons sortirent des églises de Paris, furent très épouvantés, se retirèrent la plupart en leurs maisons et fermèrent leurs portes. Mais pour cela, il n'y eut pas d'autre commotion de fait parmi les habitants de Paris. Ceux qui étaient députés à la garde et défense des portes et des murs demeurèrent à leur poste ; et à leur aide survinrent plusieurs des habitants qui firent très bonne et forte résistance aux gens dudit Messire Charles de Valois. Ceux-ci se tinrent dans le premier fossé et au dehors sur la place aux Pourceaux et aux environs, jusqu'à dix ou onze heures do nuit, qu'ils se départirent à leur dommage.

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f armi eux il y eut plusieurs morts et navrés de traits et de canons, tre les autres fut blessée d*un trait en la jambe une femme que Ton appelait laPucelle, qui conduisait Tarmée avec les autres capitaines dudit Kessire Charles de Valois. Ils s'attendaient à grever Paris plus par ladite conmotion {soulèvement) que par assaut ou force d'armes;carsi pourchaque boxnme qu^ils avaient alors, ils en eussent eu quatre ou mc^^meplus, aussi bien armés qu'ils Tétaient \ ils n'auraient jamais pris Paris ni par assaut ni siège, tant qu'il y aurait eu des vivres dans la ville ; et elle en était pourvue pour longtemps. Les habitants étaient fort unis avec les hommes d'armés pour résister à Tassant et à l'entreprise dont nous venons de parler, principalement ' parce qu'on avait dit et Ton disait publiquement à Paris, que ledit Hessire de Valois, fils du roi Charles VI dernièrement trépassé, auquel Dieu pardonne, avait abandonné à ses gens Paris et ses habitants, grands et petits, de tous états, hommes et femmes, et que son intention était de faire passer la charrue sur Paris, une ville peuplée d'habitants très chrétiens ; ce que Ton ne saurait croire que difficilement'.

Jeudi xxv' jour de ce mois {mai 1430)^ Messire Louis de Luxembourg, évèque de Thérouanne, chancelier de France, reçut des lettres de messire Jean de Luxembourg, son frère, chevalier, qui entre autres choses faisaient mention que mardi passé, dans une sortie faite par les capitaines et gens d'armes de Messire Charles de Valois, alors dans la ville de Compiègne, centrales gens du duc de Bourgogne qui étaient venus camper aux approches de cette ville dans Tin tenli on de l'assiéger, les gens de Messire Charles de Valois furent tellement contraints de reculer que plusieurs d'entre eux n'eurent nullement le loisir de rentrer dans la ville. Les uns, au péril de leur vie, se jetèrent dans la rivière qui coule le long des murs; les autres demeurèrent prisonniers dudit Messire Jean de Luxembourg et des gens du duc de Bourgogne. Entre les autres y fut prise et retenue prisonnière la femme que les gens dudit Messire Charles appelaient la

^•Grammaticalement, ces mots se rapportent aux assaillants, mais vu les habitudes des écrivains du temps, de jeter presque au hasard les membres accessoires d'une phrase, ii semble d'après le contexte qu'il faut entendre : armés comme ils relaient, dos habitants de Paris.

2. C'est, dans la langue du moyen âge, la signification ordinaire du mot : « mêmenent » qui est celui du texte.

3. Le greffier insère ces dernières lignes en latin : Quod erat sua intentio redigendi ad aratrum urbem Parisiensem Christianissimis civibus habitatam; quod non erat facile crcdendum.

Pucelle, qui courait fortune en armes ' avec eux, et avait été présente à Tassautet déconfiture des Anglais qui tenaient les bastides devant Orléans, et qui tenaient la ville de Jargeau et autres villes et forteresses, ainsi que cela a été écrit au registre, sous la date du 10 mai 1429.

Le trentième jour de mai MGGCCXXXI, par procès d'Église, Jeanne, qui se faisait appeler la Pucelle, qui avait été prise à une sortie de la ville de Compiègne, par les gens de Messire Jean de Luxembourg, qui avec d'autres étaient au siège de ladite ville, ainsi que cela est mentionné au registre à la date du 25 mai 1430, Jeanne a été livrée aux flammes et brûlée en la ville de Rouen.

En la mitre qu'elle avait sur la tète étaient inscrits les mots qui suivent : « Hérétique, Relapse, Apostate, Idolâtre», et sur un tableau devant Téchafaud où était la dite Jeanne, étaient écrits ces mots : « Jeanne qui s'est fait nommer la Pucelle, menteresse, pernicieuse, abuseresse du peuple, devineresse, superstitieuse, blasphémeresse de Dieu, présomptueuse, mal créant de la foi de Jésus-Christ, vanteresse, idolâtre, cruelle, dissolue, invocateresse de diables, apostate, schismatique et hérétique ».

La sentence fut prononcée par Messire Pierre Gauchon, évêque de Beauvais, au diocèse duquel elle avait été prise, à ce qu'on dit*. Il appela à faire le procès plusieurs notables gens d'Église de la duché de Normandie, gradués en science, ainsi que plusieurs théologiens et juristes de l'Université de Paris, comme c'est, dit-on, plus à plein contenu audit procès.

Sur les gestes de cette Jeanne, voyez plus haut le registre du 10 mai 1429, etc. — On rapporte qu'à ses derniers moments, condamnée au feu comme relapse, elle se repentit avec de grandes larmes, et qu'on vit en elle les signes d'une vraie contrition. Que Dieu soit propice et miséricordieux à son âme ' !

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