‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 212 sur 327 · Harnois de jambes · texte numérisé non relu

Harnois de jambes

2. Les Anglais pouvaient s'approvisionner à Senlis, tandis que les vivres devaient faire défaut aux Français.

510 LA VRAIE JEANNE D^ARG : LA LIBfiRATRICE.

doute. Toutefois elle faillit à sa parole, comme vous allez lentendre.

Au sortir de Compiègne le roi tira droit à Senlis qui lui fit obéissance, puis à Saint-Denis où il entra. Sur les remontrances que faisait la Pucelle, il fut disposé que Paris serait assailli, Le jour de lassant venu, la Pucelle armée et équipée fut avec son étendard parmi les premiers assaillants ; elle s'avança si près qu'elle fut blessée d'un trait. Mais les Anglais défendirent si bien la ville que les Français ne purent rien contre et se retirèrent à Saint-Denis.

Le roi, après plusieurs jours de séjour à Saint-Denis, voyant la ville de Paris trop fort gardée, se retira au delà de la Seine et donna congé à la plupart de ses gens, qui se mirent en garnison dans plusieurs villes, à Beauvais, Senlis, Compiègne, Soissons, Crépy et plusieurs autres, en deçà de la Seine, du côté de la Picardie, d'où ils firent forte guerre tant aux Anglais qu'aux gens du duc.

Cette année se passa ainsi que vous venez de l'ouïr ; il s'y passa encore plusieurs autres choses qui seraient trop longues à raconter.

1430. — Chapitre clxvi. — Comment le duc de Bourgogne assiégea la ville de Compiengne^ où la Pucelle Jeanne fut prinse par une sallye quelle feist.

Au mois de mai MCCCCXXX le duc mit le siège devant une forteresse assise sur la rivière deTAisne, près de la ville de Compiègne, et nommée le Pont-à-Choisy. Il fallait passer une grosse rivière nommée TOise, et on la passait à un village nommé le Pont-l'Evôque, fort près de la cité de jNoyon; le passage en était gardé par deux vaillants chevaliers d'Angleterre.

En ce passage les adversaires du duc s'étaient assemblés en grand nombre pour le combalttre ; dans leurs rangs était Jeanne la Pucelle, qui était comme le chef de l'armée du roi alors adversaire du duc ; et les adversaires croyaient qu'elle mettrait fin à la guerre, car elle disait que cela lui était révélé par la bouche de Dieu et de quelques saints Les adversaires du duc projetèrent d'aller battre ceux qui gardaient le pont, et de fait ils les assaillirent très raidement; mais les chevaliers dessusdits se défendirent si vaillament que les ennemis ne les purent vaincre. Il est vrai que le seigneur de Saveuse et d'autres gens du duc vinrent les aider et secourir en toute diligence ; il y eut de côté et d'autres beaucoup de blessés; ce fut tout ce que les assaillants obtinrent sur l'heure. Ils retournèrent chacun en leurs villes et forteresses ; et les chevaliers

demeurèrent gardiens dudit pont, tant que le duc fut au Pont-à-Choisy, où il resta dix jours, après lesquels s'^enfuirent ceux qui gardaient la place.

Après que le duc eut pris le Pont-à-Choisy, il repassa ledit pont et la rivière, et se logea à une lieue près de Gompiègne et son armée dans les villages des environs. Il ordonnait ses gens pour mettre le siège devant cette ville qui est grosse et grande, de grand tour, enclose en partie de deux rivières l'Oise et TAisne qui se joignent devant ou tout près de ses murailles et où commandait comme capitaine un écuyer nommé Guillaume de Flavy, qui faisait de grands maux dans les pays du duc, quand par une nuit la Pucelie vint à Gompiègne, où elle fut deux nuits et un jour. Le second jour elle dit avoir eu révélation de Dieu qu'elle mettrait les Bourguignons en déconfiture. Elle Bt fermer les portes de la ville, assembla ses gens et ceux de la place, et leur dit la révélation qui, à ce qu'elle disait, lui avait été faite, c'est à savoir que Dieu lui avait fait dire, par sainte Gatherine, qu'elle fît en ce jour une sortie contre les ennemis, qu^elle déconfirait le duc, qu'il serait pris de sa personne, que tous ses gens seraient pris, morts et mis en fuite, et que de cela elle ne faisait nul doute*.

Or il est vrai que les gens de son parti le crurent par la créance qu'ils avaient en elle. Les portes, ce jour-là, restèrent fermées jusqu'à deux heures après midi que la Pucelie sortit, montée sur un très beau coursier, très bien armée, pleinement équipée, et portant par-dessus une riche buque de drap d'or vermeil ; derrière flottait son étendard et marchaient tous les gens de guerre de la ville de Gompiègne, et ils allèrent en très belle ordonnance assaillir les gens des premiers logis du duc.

Là était un vaillant chevalier nommé Baudot de Noyelle qui fut depuis chevalier de l'ordre de la Toison d'Or. Lui et ses gens, nonobstant qu'ils furent surpris, se défendirent très vaillamment. Pendant le combat, le comte de Ligny, ayant en sa compagnie le seigneur de Gréquy, tous deux chevaliers de l'ordre de la Toison d'Or, et avec eux un petit nombre de gens, se mirent à approcher la Pucelie et ses combattants. La résistance opposée par le poste de Baudot de Noyelle, et aussi le grand nombre des gens du duc, qui arrivaient de toutes parts au lieu de la mêlée, commencèrent à faire reculer la Pucelie et ses hommes. Les Bourguignons se jetèrent sur eux avec tant de force que plusieurs en furent pris, morts et noyés.

La Pucelie la toute dernière soutenait le faix de ses adversaires, quand elle fut prise par l'un des gens du comte de Ligny, ainsi que son frère et

1. S*il y avait le moindre fondement dans cette assurance donnée par la Pucelie, on n'eût pas manqué de Falléguer au procès où il n en est pas question.

son maître d'hôtel. Laquelle Pucelle fut menée à grande joie vers le duc, qui venait en toute diligence h Taide et au secours de ses gens. D fut très joyeux de cette prise pour le grand nom qu'avait icelle Pucelle; car il ne semblait pas à plusieurs de son parti que ses œuvres fussent autres que miraculeuses.

[Le Fèvre, à propos du berger du Gévaudan, écrit sur la Pucelle la phrase incidente qui suit :]

Chapitre clxxxx. — De la bataille du bergier où les François furent desconfits des Anglois.

Vous avez ouï parler comment quelques hommes de léger entendement et de créance volage se mirent à croire que les faits de la Pucelle étaient chose miraculeuse et permise de par Dieu; ce que plusieurs furent fort enclins à croire. Or, après la mort de Jeanne la Pucelle, quelques hommes, aussi de folle créance, mirent en avant un fol et innocent berger, qui, comme Jeanne la Pucelle, disait avoir eu des révélations divines lui ordonnant de prendre les armes pour secourir le noble roi de France, etc.

JEAN CHUFFART

ou LE PRÉTENDU BOURGEOIS DE PARIS

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