CHAPITRE IV
LE JOURNAL DE CnUFFART. — LA PUCELLE JUSQU'A SA CAPTIVlTfi.
Sommaire : l. — Manière dont Ghuffart commence à parler de la PuccHe. — Récits merveilleux qu'on faisait à Paris sur la Pucelle. — Accomplissement de la prophétie faite par elle à Glasdal. — Le cadavre de l'Anglais à Paris. — Départ de Frère Richard de Paris.
IL — La bataille de Patay racontée par ChufTard. — Frayeur de Paris au 21 Juin. - Les Parisiens ne cessent dès lors de fortifier leur ville. — Le duc de Bourgogne à Paris le 10 juillet. -— Conseils tenus. — Moyens employés pour exciter les esprits contre les Armagnacs. — Renouvellement des serments. — Le duc quitte Paris avec sa sœur la duchesse de Bedford. .,
m. — Progrès des Armagnacs. — Terreur des Parisiens. — Arrivée du cardinal de Winchester, du i*égent et de l'Isle-Adam, le 25 juillet. — Colère des Parisiens contre le Frère Richard. — Beauvais, Sentis se donnent aux Français. — Les Armagnacs à Saint-Denis dès le 2o août. — Leurs excursions jusqu'aux portes de Paris. — Empressement des Parisiens à forlitier leurs portes et leurs remparts.
IV. — Lettres du duc d'Alençon aux Parisiens. — Première attaque le 7 septembre. — Le granS assaut du 8. — Les apprêts pour combler les fossés. — La Pucelle blessée.
— Elîorts des assiégeants et des assiégés. — Les assiégeants repoussés. — Le feu à la grange des Mathurins, et les morts brûlés. — Engagements prêtés à la Pucelle. — Le nombre des morts et des blessés, d'après un héraut des Armagnacs. — L'assaut repoussé par le commun.
V. — Retour du régent. — Déprédations des Armagnacs à Saint-Denis. — Saint-Denis repris et châtié . — Entrée triomphale du duc de Bourgogne à Paris. — Délibérations.
— Il prend le gouvernement de Paris à la place de Bedford. — Départ des Anglais et leurs ravages. — Trêve du duc avec les Armagnacs. — Ces derniers soumettent à des contributions les environs de Paris. — Départ du duc et de ses Picards, qui sont de grands larrons.
VI. — Les approvisionnements de Paris plusieurs fois rançonnés. — Extrême misère.
— Désertion de la ville. — Brigands. — On leur donne la chaise. — Capture et supplices. — Conjuration pour mettre le roi dans Paris. — Elle est découverte. — Aveu implicite de Chuffart.
liemiayril 1429 . — II y avait en ce temps une Pucelle, ainsi qu'on parlait sur les bords de la Loire, qui se disait prophète ; elle disait : «Telle
chose adviendra pour vrai ». Elle était entièrement opposée au régent de France et à ses adhérents. L'on disait que malgré tous ceux qui tenaient le siège d'Orléans, elle était entrée dans la cité avec grand nombre d'Armagnacs, et grande quantité de vivres, sans que ceux de l'armée s'en fassent émus, quoiqu'ils les vissent passer près d'eux à la distance d'un ou deux traits d'arc. Il y avait si grande nécessité de vivres dans Orléans qu'un homme eût bien mangé pour trois blancs de pain à son dîner.
Plusieurs autres choses racontaient de la Pucelle ceux qui aimaient lesArmagnacs plus que les Bourguignons et que le régent de France. Ils affirmaient que, lorsqu'elle était bien petite et qu'elle gardait les brebis, les oiseaux des bois et des champs à son appel venaient manger son pain dans son giron (^^</' ses genoux)^ comme s'ils avaient été privés. En vérité, c'est controuvé, in oeritate apocryphum est.
Item. — En ce temps, les Armagnacs firent lever le siège d'Orléans, et
en firent de force partir les Anglais. Cette Pucelle allait partout avec
eux, armée, portant son étendard, où il n y a d'écrit que le mot : Jhesm.
On rapportait qu'elle avait dit à un capitaine anglais de partir du siège
avec ses gens, ou que mal leur en prendrait et honte à tous. Celui-ci
l'injuria beaucoup de paroles, clamant qu'elle était une ribaude et une
p...n. Elle lui répondit que bien malgré eu\ ils partiraient tous dans bien
peu, mais qu'il ne le verrait pas, et que là serait tuée une grande partie
de sa gent. Ainsi il en advint, car il se noya avant que le massacre eût lieu.
Depuis, ce capitaine^ fut péché et dépecé par quartiers, bouilli, embaumé
et port^ à Saint-Merry, déposé durant huit ou dix jours en la chapelle de
devant le cellier, et nuit et jour quatre cierges ou torches brûlaient devant
spn corps, et après il fut emporté dans son pays pour y ôtrc enterré.
liem. — En ce temps, partit le Frère Richard. Le dimanche qui précéda le jour où il devait partir, il fut dit dans Paris qu'il devait prêcher au lieu, ou tout près, où Mgr saint Denis fut décollé avec maints autres martyrs^. Il y alla plus de six mille personnes de Paris ; la plupart partirent de Paris le samedi au soir par nombreuses bandes, pour avoir meilleure place le dimanche au matin; elles couchèrent aux champs, dans de vieilles masures, le mieux qu'elles purent; mais son fait fut empoché. Comment? de cela je m'en tais; mais il ne prêcha point ; ce dont les bonnes gens de Paris furent fort émus. 11 ne prêcha plus de cette saison à Paris, d'où il dut partir'.