Glasdal
2. Montmartre, au lieu où se trouve la chapelle des Dames Auxiliatrices^ au bas des escaliers conduisant à la basilique du Vœu nalional.
3. Il sera parlé de la raison dans un article consacré au Frère Kichard dans un autre volume.
Item, — En ce temps les Armagnacs tenaient les champs, et y détruisaient tout. Environ huit mille Anglais furent commis entre eux, mais quand vint le jour que les Anglais rencontrèrent les Armagnacs ils n'étaient pas plus de six mille et les Armagnacs étaient dix mille. Aussi coururent-ils sus aux Anglais très âprement, et les Anglais ne refusèrent pas le combat.
Il y eut de part et d autre grand carnage; mais à la fin les Anglais ne purent soutenir plus longtemps les coups des Armagnacs, qui étaient plus du double des Anglais et les enveloppèrent de toutes parts. Les Anglais furent défaits, et, à ce qu'on disait, il y eut bien quatre mille morts et plus. On ne sait pas à Paris le nombre des morts parmi leurs ennemis*.
Item, — Le mardi qui précéda la Saint-Jean (2/ /wm), il y eut grande émotion, parce que, disait-on, les Armagnacs devaient cette nuit entrera Paris ; mais il n'en fut rien.
Depuis, sans cesser ni jour ni nuit, ceux de Paris renforcèrent le guet et firent fortifier les murs. Ils y mirentgrand nombre de canons et d'autre artillerie ; ils changèrent le prévôt des marchands et les échems; ils firent un nommé Guillaume Sanguin, prévôt des marchands ; les échevins furent Imbert des Champs, mercier et tapissier, Collin de Neufville, poissonnier, Jean de Dampierre, mercier, RemondMarc, drapier. Ils furent nommés et institués la première semaine de juillet.
Le dixième jour du même mois, le duc de Bourgogne vint à Paris, un dimanche environ six heures après diner. Il n'y demeura que cinq jours durant lesquels il y eu très grand conseil. On fit une procession générale et un très beau sermon à Notre-Dame de Paris.
Au palais on donna lecture de la charte ou lettre d'après laquelle les Armagnacs avaient jadis conclu la paix en la main du légat du Pape, et en outre l'on dit comment tout était pardonné de l'un et de l'autre côté, comment le Dauphin et le duc de Bourgogne firent les grands serments et reçurent ensemble le précieux corps de Notre-Seigneur, le nombre de chevaliers de nom des deux partis qui s'y trouvaient; tous mirent leurs signatures et leurs sceaux en ladite lettre ou charte ; l'on dit ensuite comment le duc de Bourgogne, voulant et désirant la paix du royaume, et voulant accomplir la promesse qu'il avait faite, se soumit à aller au lieu que le Dauphin et son conseil voudraient ordonner,
J. (i'est la journée de Patay travestie.
qu'ainsi fut fixée par le Dauphin et ses complices la place en laquelle le duc de Bourgogne comparut, lui le dixième de ses chevaliers les plus intimes; comment, étant à genoux devant le Dauphin, il fut traîtreusement assassiné, ainsi que chacun sait. Après la conclusion de cette lettre, m grand murmure s'éleva. Tels étaient très attachés aux Armagnacs, qui les prirent en très grande haine. Après cette émotion, le régent de France, duc de Bedford, fit faire silence ; le duc de Bourgogne se plaignit de la paix ainsi enfreinte, et ensuite de la mort de son père, et à la suite il fit lever les mains au peuple que tous seraient bons et loyaux au r^ent et au duc de Boui^ogne. Les seigneurs promirent par leur foi de garder la ville de Paris.
Le samedi suivant le duc de Bourgogne partit de Paris, emmenant avec lui sa sœur, la femme du régent ; le régent s'en alla d'autre part avec ses gens à Pontoise, et le seigneur Yillicrs de l'Isle-Adam fut élu capitaine de Paris.
Les Armagnacs entrèrent, cette semaine, dans la cité d*Auxerrc ; ils vinrent à Troyes, et y entrèrent sans trouver de résistance.
Quand ceux des villages d'alentour Paris surent que les Armagnacs conquéraient ainsi le pays, ils emportèrent leurs biens et leurs meubles, scièrent leurs blés avant qu'ils fussent mûrs, et les apportèrent dans la ville de Paris.
Quelque temps après, les Armagnacs entrèrent à Gompiègneet gagnèrent les châtellenies d'alentour privées de toute défense.
Les habitants de Paris avaient grand'peur, car il n'y avait pas de seigneur dans la ville ; mais le jour de Saint-Jacques, en juillet, ils furent un peu réconfortés ; ce jour vinrent à Paris le cardinal de Winchester et le régent de France ; ils avaient en leur compagnie foison de gens d*armes et d'archers, bien environ quatre mille hommes; le sire Je risle-Adam avait environ sept cents Picards, sans compter la commune de Paris.
Item. — Pour vrai le Cordelier qui prêcha aux Innocents et assemblait tant de peuple à son sermon, comme il a été dit, pour vrai il chevauchait avec les Armagnacs. Aussitôt que ceux de Paris furent certains qu'il chevauchait ainsi, et que par ses discours il faisait ainsi tourner les cités qui avaient fait serment au régent de France ou à ses délégués, ils le maudissaient de Dieu et de ses saints, et qui pis est, par dépit de lui, ils recommencèrent les jeux de tables, de boules, dés, bref tous ceux qu'il avait défendus; ils laissèrent même une médaille d'étain sur laquelle
('•tait empreint le nom de Jésus qu'il leur avait fait prendre, et prirent tous la croix de Saint-André.
//em, environ la fin (i/'aorf^), se rendirent aux Armagnacs la cité de Beauvais et la cité de Senlis.
Item. — Le xxv* jour d'août, ils prirent la cité de Saint-Denis, et le lendemain ils couraient jusqu'aux portes de Paris. Pas un homme n'osait sortir pour cueillir un fruit à sa vigne, ou du verjus, ni aller aux marais rien ramasser. Par suite tout enchérit.
Item^ la vigile de Saint-Laurent la porte Saint-Martin fut fennfc. 11 fut crié que nul ne fût si osé que d'aller à Saint-Laurent par dévotion, ni pour nulle marchandise, sous peine de la corde. Aussi personne n'y vint-il, et la fête de Saint-Laurent fut en la grande cour Saint-Martin...
Item^ la première semaine de septembre de l'an mil IIIP XXIX (1429) les quarteniers, chacim en son quartier, commencèrent à fortifier Paris, aux portes par des boulevards ; aux maisons qui étaient sur les mnrs en y faisant disposer des canons, et sur les murs des tonneaux pleins de pierres ; en faisant redresser les fossés en dehors de la ville ; en faisant dresser des barrières au dehors et au dedans.
En ce temps, les Armagnacs firent écrire des lettres scellées du sceau du comte d'Alençon. Les lettres portaient : « A vous, prévôt de Paris, prévôt des marchands et échevins ». Ils étaient nommés par leurs noms. On leur mandait des salutations par beau langage, longuement, dans la pensée de diviser le peuple et de l'exciter contre eux ; mais on aperçut bien leur malice, et on leur manda de ne plus jeter de papier pour cela, et Ton n'en tint nul compte.
Item. — La vigile de la Nativité de Notre-Dame, en septembre, les Armagnacs vinrent assaillir les murs de Paris qu'ils croyaient emporter d'assaut ; mais ils y gagnèrent peu, si ce n'est de la douleur, de la honte et du malheur ; car plusieurs d'entre eux en emportèrent blessures pour toute leur vie, qui auparavant étaient entièrement sains ; mais fou ne croit que lorsqu'il en tient. Je le dis pour eux, qui étaient si mal inspirés, étaient pleins d'une si folle créance, que sur la parole d'une créature en forme de femme qui était avec eux et qu'on nommait la Pucelle, — ce que c'était, Dieu le sait — le jour de la Nativité de Notre-Dame ils formèrent la résolution, tous d'un accord, d'assaillir Paris à pareil jour*.
I . L'armée de la Pucelle n'était pas restée oisive. Un pont jeté sur la rivière près de Saiiil-Denis permettait de courir sur la rive droite, du coté d'Asnières et de Saint-
Ils s'assemblèrent bien douze mille ou plus; ils vinrent sur Theure de la grand'messe, entre xi et xii heures, leur Pucelle avec eux, menant très grand nombre de chariots, de charrettes, de chevaux, tous chargés de grandes bourrées à trois liens, pour combler les fossés de Paris. Ils commencèrent l'assaut entre la porte Saint-Honoré et la porte Saint- Denis. L'assaut fut très cruel. En assaillant, ils disaient beaucoup de vilaines paroles à ceux de Paris.
Là était leur Pucelle, avec son étendard, sur le dos d'âne * des fossés. Elle disait à ceux de Paris : « Rendez-vous à nous promptement de par Jésus ; car si vous ne vous rendez pas avant- la nuiij nous entrerons par force j que vous le veuillez ou non^ et vous serez tous mis à mort sans merci, n — «Vraiment, dit quelqu'un, paillarde, ribaude! ))Et il lui envoie droit un trait de son arbalète qui lui perce la jambe d'outre en outre, et elle dut s'enfuir. Un autre perça d'outre en outre le pied de celui qui portait son étendard. Quand celui-ci se sentit blessé, il leva sa visière pour voir à ôter le virèton, et un autre le vise, le saigne entre les deux yeux, et le blesse à mort ; ce dont la Pucelle et le duc d'Alençon jurèrent depuis quils auraient aimé mieux perdre quarante des meilleurs hommes d^armes de leur compagnie.
L'assaut fut très cruel de part et d autre ; il dura bien jusques à quatre heures après diner, sans que l'on sût qui avait l'avantage. Un peu après quatre heures, ceux de Paris prirent cœur en eux-mêmes ; ils firent contre les assaillants de telles décharges de canons et d'autres machines de trait, que force leur fut de reculer, d'abandonner leur attaque, et de se retirer. Celui qui pouvait le mieux s'en aller était le plus heureux. Ceux de Paris avaient de grands canons qui largement atteignaient de la porte Saint-Denis jusqu*au delà de Saint-Lazare; ils leur tiraient au los, ce dont ils furent très épouvantés. Ils furent ainsi mis en fuite; mais personne ne sortit de Paris pour les suivre par peur de leurs embûches.
En s'en allant ils mirent le leu à la grange des Mathurins, près des Porcherons. Ils jetèrent dans les flammes, ainsi que jadis le faisaient les païens à Rome, ceux de leurs gens morts à l'assaut, qu'ils avaient troussés en très grand nombre sur leurs chevaux. Ils maudissaient beaucoup leur Pucelle qui leur avait promis que sans faute ils gagneraient de force à cet assaut la ville de Paris ; qu'elle y coucherait cette nuit ;
[îennain-en-Laye. Une lettre de rémission découverte par M. Germain Lefèvre-Pontalîs (permet de constater que Tarmée française avait occupé deux châteaux situés entre >aint-Gennain et Poissy, les forteresses de Béthemont et de Montjoie-Saint-Denis. Bibliotkèque de V École dea chartes, t. XLXVI, 1885.) i. Texte : condoîy relevé d un fossé, terre relevée entre deux sillons. (LACL•R^E.)
qu'eux tous aussi ; que tous seraient enrichis des biens de la cité ; que l'on mettrait à Tépée ou que Ton brûlerait dans les maisons tous ceux qui y mettraient quelque opposition ; mais Dieu, qui par une femme nommée Judith changea la grande entreprise d'Holopheme, disposa dans sa miséricorde qu*il en fût autrement qu'ils ne pensaient.
Le lendemain ils vinrent sous sauf-conduit quérir leurs morts. Le héraut qui vint avec eux fut par le capitaine de Paris sommé de dire sous la foi du serment combien il y avait de blessés parmi leurs gens. Il jura qu'il y en avait bien quinze cents, dont bien cinq cents ou plus étaient morts ou blessés à mort.
Il est vrai qu'en cet assaut, il n'y avait presque nul homme d'armes, si ce n'est quarante ou cinquante Anglais, qui y firent fort bien leur devoir. Ceux de Paris enlevèrent aux Armagnacs la plus grande partie de leurs charrois avec lesquels ils avaient amené leurs bourrées. Bien ne pouvait leur en prendre de vouloir faire pareille occision le jour de la sainte Nativité de Notre-Dame.
Environ trois ou quatre jours après, le régent vint à Paris, et envoya de ses gens à Saint-Denis. Les Armagnacs en étaient partis sans rien payer de leurs dépenses, ayant promis à ceux de Saint-Denis de les payer avec le butin de Paris quand ils y seraient entrés ; mais ils faillirent à leur intention. C'est pourquoi ils trompèrent leurs hôtes de Saint-Denis et d'ailleurs. Et ce qu'il y eut de pis pour ces derniers, c'est qu'ils encoururent la grande indignation du régent, du prévôt de Paris et des échevins, parce que, sans coup férir, ils s'étaient rendus aux Armagnacs, et ils en furent condamnés à de très grosses amendes.
Le vendredi, dernier jour de septembre de Tan mil IIIl' XXIX, le duc de Bourgogne vint à Paris avec une très belle compagnie, si nombreuse qu'il fallut les loger dans les ménages, dans les maisons vides en très grand nombre à Paris, et leurs chevaux couchaient avec les porcs et les vaches. Il vint par la porte Saint-Martin et amena avec lui sa sœur, femme du duc de Bedford, régent de France; il avait devant lui dix hérauts tous vêtus des cottes d'armes du seigneur à qui chacun appartenait, il avait autant de trompettes; et en cette pompe ou vaine gloire, ils allèrent par la rue Maubuée à Madame sainte Avoye faire leurs oblations, et de là ils allèrent à Saint-Paul.
Environ huit jours après, vint le cardinal de Winchester avec belle compagnie ; ils tinrent plusieurs conseils, si bien qu'à la fin, à la requête
de rUniversité, du parlement et de la bourgeoisie de Paris, il fut ordonné que le duc de Bedford serait gouverneur de Normandie, et que le duc de Boui^ogne serait régent de France*. Ainsi il fut fait. C'est avec très grand regret que le duc de Bedford laissait son gouvernement, regret ressenti par sa femme ; mais il fallut ainsi faire.
Les Anglais partirent un samedi soir et allèrent à Saint-Denis, non sans faire passablement de mal. Le duc de Bourgogne ne partit pas avec eux ; il conclut des trêves avec les Armagnacs pour la ville de Paris et les faubourgs seulement'. Les villages d'alentour payaient contribution aux Armagnacs; pas homme de Paris n'osait mettre le pied hors des faubourgs sans encourir la mort, la captivité, ou être rançonné plus qu'il n'avait vaillant ; et il n'osait rendre la pareille. Il ne venait rien à Paris, propre à nourrir vie d'homme, qui n eût été rançonné deux ou trois fois au-delà de sa valeur.
Le duc de Bourgogne, après avoir séjourné environ quinze jours à Paris, en partit la vigile de Saint-Luc (17 octobre). Il emmena avec lui ses Picards, qu'il avait introduits dans Paris, au nombre d'environ six mille, eux aussi fort larrons, ainsi qu'il parut bien en toutes les maisons où ils furent logés. Aussitôt qu'ils furent hors de Paris, la malheureuse guerre ayant commencé, ils ne rencontraient pas un homme sans le piller ou le battre. Quand l'avant-garde fut partie, le duc de Bourgogne fit crier, comme par manière d'apaiser les gens simples, que, si Ton voyait les Armagnacs venir assaillir Paris, l'on se défendît le mieux que Ton pourrait, et il laissa ainsi la ville sans garnison. Voyez là tout le bien qu'il fit; or les Anglais n'étaient point nos amis, parce qu'on les avait mis hors du gouvernement...
[Dans les pages qui suivent, le chroniqueur raconte les coups heureux des Armagnacs et les ravages qu'ils exerçaient autour de Paris. Il est utile de connaître certains passages de son récit ; ils expliquent pourquoi la Pucelle avait hâte de quitter la cour ; ils font comprendre certains mots couverts d'une de ses lettres aux habitants de Reims, et aussi en quelles circonstances elle avait voulu échanger Franquet d'Arras contre le maître de l'hôtel de TOurs blanc. J
Rien ne venait à Paris qui ne fût rançonné deux ou trois fois ; et quand c'était arrivé, il fallait le vendre si cher que les pauvres gens n'en pou-
1. C'est de cette manière que le Bourguignon tenait sa promesse de livrer Paris à Charles VII, et usait du sauf-conduit pour l'aller et le retour accordé par le prince trop crédule.
2. Les trêves étaient déjà signées plus d'un mois avant la date donnée ici. Chuffard n'est pas au courant de ce qui se passait dans les régions de la politique. Il est vrai qu'elles furent amplifiées en octobre.
valent avoir. 11 en advint une grande douleur. Foison de pauvres ménagers, dont quelques-uns avaient femme et enfants et les autres non, sortirent en grand nombre de Paris, comme par manière d'aller promener ou gagner leur vie ; la grande pauvreté dont ils souffraient les jeta dans le désespoir; ils s'attroupèrent avec d'autres qu'ils trouvèrent, et à la suggestion de Tennemi {du diable)^ ils commencèrent à faire tous les maux que chrétiens peuvent faire. 11 fut nécessaire de s'assembler pour les prendre de force. A la première fois on en prit quatre-vingt-dix-huit, et peu de jours après on en pendit douze au gibet de Paris, le 2 janvier; et le 10 on en conduisit onze aux halles, et on coupa la tète à dix. Le onzième était un très beau jeune homme d'environ vingt-quatre ans; il était déshabillé et Ton se préparait à lui bander les yeux, quand une jeune fille des halles vint hardiment le demander, et fit tant par sa bonne poursuite qu'il fut ramené au Ghfttelet, et à la suite ils se marièrent... Pâques fut le 16 avril...
liem. — En ce temps, quelques-uns des grands de Paris, du parlement, du Châtelet, des marchands et gens de métier firent ensemble la conjuration de mettre les Armagnacs dans Paris, quelque dommage qui pût leur en arriver. Ils devaient être marqués de certain signe quand les Armagnacs entreraient dans Paris, et qui n'aurait pas ce signe était en péril de mort. Un Carme, nommé Frère Pierre d'Allée, était porteur des lettres d'un côté à l'autre. Dieu ne voulut pas souffrir que si grand homicide fût fait en la bonne ville de Paris ; le Carme fut pris, et il en accusa beaucoup à la suite de la torture à laquelle on le soumit. Il est vrai que dans la semaine de la Passion, entre Pâques fleuries {le dimanche des Rameaux) et le dimanche qui précède, on en prit plus de cent cinquante, et la vigile de Pâques fleuries, l'on coupa la tête à six aux halles, on en noya, quelques-uns moururent par la violence de la torture, quelques autres s'en tirèrent par finances, il y en eut qui s'enfuirent et ne revinrent pas. Quand les Armagnacs virent qu'ils avaient failli à leur entreprise, ils furent tout désespérés, ils n^épargnaient ni femmes, ni enfants, et venaient jusques aux portes de Paris...
[Chuffart après avoir raconté quelques-uns de leurs heureux coups de main, ajoute cette phrase textuelle :] a Partout leur venoient biens, ne oncques depuis que le comte de Salsebry fust tué devant Orléans, ne furent les Anglois en place dont il ne leur convint partir à très grant dommage ou à très grant honte pour eulx. » [La haine de Chuflart contre la Pucelle Tempêche d'assigner la vraie date du revirement de fortune. La mort de Salisbury ne marqua point la fin des succès des Anglais; en preuve leur victoire de Rouvray, racontée parle chroniqueur avec un si visible accent de triomphe, et le siège d'Orléans si heureusement mené
qu'ils regardaient la ville comme leur appartenant déjà. 11 aurait fallu dire : depuis Farrivée de cette Pucelley dont il va si odieusement calomnier le martyre et la vie. On verra bientôt que Bedford est plus véridique.]