‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 232 sur 327 · REMARQUES HISTORIQUES ET CRITIQUES · texte numérisé non relu

REMARQUES HISTORIQUES ET CRITIQUES

De toutes les Chroniques que les pays étrangers à la querelle anglofrançaise nous ont transmises sur la Libératrice, voici certainement la plus intéressante. La première par ordre de date, elle est écrite au cours même des événements, au fur et à mesure qu'ils s'accomplissent. Elle a une forme à part, puisqu'elle consiste en une correspondance, due principalement à un noble Vénitien mandant à son père les événements qui se passaient en France, d'un lieu particulièrement bien situé pour être bien renseigné. A tous ces titres, la Chronique Morosini, inédite jusqu'ici et presque inconnue, doit trouver place dans les histoires de la Pucelle, non seulement comme la première des Chroniques étrangères, mais aussi comme celle qui nous fait saisir sur le fait même l'impression produite dans la chrétienté entière par la céleste apparition. Qu'un document de pareille valeur, après être demeuré caché durant plus de neuf demi-siècles, soit venu à la lumière lorsque la cauçe de la Vénérable Pucelle faisait les premiers pas dans la voie qui, tout le monde l'espère, la fera monter sur les autels, n'y a-t-il pas là une coïncidence extraordinaire, et comme providentielle ? L'auteur de la Vraie Jeanne iTAre estime une faveur du Ciel de l'avoir amenée au jour ; il y voit un effet de la Bénédiction apostolique par laquelle le Vicaire de Jésus-Christ a bien voulu encourager ses travaux et lui dire de les continuer.

Faire connaître le concours de circonstances qui ont amené le précieux document entre ses mains, c'est justice, parce que ce sera faire connaître ceux qui ont provoqué et secondé ses recherches.

Une revue française, dont il a oublié le nom, parla en 1893 d*un ouvrage publié à Trieste sous ce titre : Di Gtovamia d'Arco ressuscitata degli stude stortci. L'auteur, M"* Adèle Butti, affirmait que la Chronique inédite de Morosini, dont une copie était à Venise et l'original à Vienne, renfermait de longues et intéressantes pages sur la Libératrice française. Le R. P. Rivière signala cette indication à Fauteur de la Vraie Jeanne rfVlrcqui, occupé alors à l'édition du volume précédent, n'y prêta qu'une demi-attention et se contenta de parler à son éditeur de la voie par laquelle il pourrait se procurer le volume de M"" Bulti. Il n'y avait eu aucune démarche effective, lorsqu'une lettre de Venise sur un sujet différent réveilla ses souvenirs et son attention. Il demanda qu'on lui fit faire une transcription des pages consacrées à la Pucelle ; il y eut des difficultés. Il s'adressa à Vienne et ne fut pas plus heureux.

C'est alors qu'il s'adressa à M. Léopold Delisle, administrateur général de la Bibliothèque nationale à Paris. Il le savait aussi complaisant que savant, et connu du monde érudit dans l'Europe entière. Un mot de sa part, espérait-il, lui ouvrirait des portes jusqu'alors fermées. Son attente ne fut pas trompée. M. Castellani, bibliothécaire de la Marcierme à Venise, fit le meilleur accueil à la demande de son collègue de Paris, et confia la transcription du document demandé à M. Vittorio Baroncelli, son sous-bibliothécaire. Quelques jours après, il arrivait transcrit avec le meilleur goût. M. Baroncelli avertissait que ce n'était qu'une partie des pages consacrées par Morosini à la Pucelle. Elles ne prenaient pas assez haut, ne se prolongeaient pas assez loin. On s'empressa de demander le tout. La découverte était beaucoup plus précieuse qu'on ne l'avait imaginé, non seulement pour l'histoire de l'Héroïne, mais aussi pour celle de la France et de la chrétienté à la fin du xiv* siècle et au commencement du xv°. C'est ce qui résulte de l'inspection de la Chronique, et aussi d'une notice publiée en 1843 dans VArchivio storico-italiam (t. V, p. 334), notice que découvrit M. Delisle, et dont il voulut bien, avant de la traduire dans le Jommal des Savants, donner connaissance à celui qui avait attiré son attention sur le manuscrit si longtemps oublié.

La Chronique Morosini est une histoire de Venise à partir de la fondation de la ville. Les cinquante premiers feuillets faisant défaut, l'histoire dont nous sommes en possession ne commence en réalité qu'à Tannée de l'élection du doge Dandolo (1192). Pour une raison semblable, il est impossible de fixer jusqu'où l'auteur l'avait conduite ; elle est fruste à la fin, et finit h l'année 1433.

Le manuscrit de Vienne est du xv* siècle. Il fut donné par le signor Amiibate dey H abati Olivieri di Pesaro h Marco Foscarini, mort dans la suite doge de Venise en 1763. Les manuscrits de Marco Foscarini ayant

rapporte que ce qui lui semble avoir quelque fondement, et attend souvent de l'avenir la confirmation ou le démenti des nouvelles qu'il transmet sous réserve. Il mérite de prendre rang parmi les témoins de la Vénérable. Quelques remarques critiques accompagneront chacune des lettres reproduites. Pour faciliter la confrontation avec les autres documents, des divisions par chapitres avec des sommaires ont été introduites dans la traduction.

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