‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 240 sur 327 · I.Enla · texte numérisé non relu

I.Enla

ne besoîgner telle journée ne furent point daccord les chiefzde guerre pour lahaultece du jour, et d*autre part furent doppinion de premièrement tant faire que conquises peussent être les bastides et boulevars du costé de la Saloigne avec le pont, afin que de Berri et dautres pais peust la ville recouvrer vivres, et ainsi prinst la chose delay cetle journée à la grande dcspiaisance de laPucelle qui malcontente sen tint deschiefs et cappitaines.

Oultre Loire passa la Pucelle a grant puissance le vendredi vi« jour de mai i an MIIHXXIX en la veue deGlacidas, qui tantost fit désemparer et ardoir la bastide de saint Jehan le blanc, et ses Anglois fist retraire avec ses abillements en la bastide des Augustins ou boulevard et es Tournelles. Si marcha avant la Pucelle atout ses gens de pié tenant sa voie droit au Portereau, et à celle heure nestoient encore tous ses gens passez, ançois en avoit grant partie en une isle qui peu povaient finer de vaisseauU pour leur passage. Néanmoins tant ala la Pucelle que du boulevard aproucha et à peu de gent illec planta son estandart; mais à celle heure survint ung cry que Anglois venoient à puissance du côté de Saint-Privé, pour lequel cry furent espouentés les gens qui avec la Pucelle furent, et à retraire se prindrent droit au passage de Loire, dont a grand douleur fut la Pucelle, et de soy retirer fut contrainte à peu de gent. Si levèrent Anglois grand huy sur les François et à puissance yssirent pour la Pucelle poursuire, crians grans cris après elle en disant d'elle parolles dilTamables. Adoncques tourna contre euix et tant peu qu'elle ot de gent leur flst visage et contre Anglois marcha à grant pas, à estendart desploié. Si furent Anglois par tavoulonté de Dieu tant espouentez que la fuite prindrent laide et honteuse. Adoncques retournèrent François qui sur eux commencèrent la chace jusques à leurs bastides, ou Anglois se retrairent à grant haste. Devant la bastide des Augustins sur les fossés du boulevart assist la Pucelle son estandart, et là vint tost à grand gent le sire de Rais, et toujours allèrent François croissant qui la bastide des Augustins prindrent d assault, ou estoient Anglois en très grant nombre qui tous furent illec occis, et fort estoit garni de vivres et de richesses, mais pourtant que au pillage furent François trop ententifs, fist la poucelle bouter le feu en la bastide ou tout fut ars.

En celluy assault fut bleciée de l'un des piez de chaucetrappes, et pourtant qu'il anuitait fut ramenée à Orléans et grand gent laissa en siège devant le boulevart el les tournelles, et la nuitée se depparlirent Anglois qui dedant le boulevart de Saint- Privé esloient, ouquel ilz boutèrent le feu, puis passèrent Loire en vaisséîiulx et se retrairent en la bastide Saint-Laurent.

Recouvrement des Tournelles d'Orléans et la mort de Glacidas. — En grand double fut la Pucelle la nuit que sur ses gens ferissent Anglois devant les Tournelles; el pour ce, lesamedi viii" jour de may, environ souleillevant, par Tàccort et contentement des bourgois d'Orléans, contre l'opinion et voulontè de tous les ciiiefs et cappitainks QUI la furent de par le ROY, sc parti la Pucelle à tout son effort et passa la Loire. Si lui baillèrent ceulx d'Orléans canons couleuvrines et tout ce qui nécessaire estoit pour assallir le boulevart et les Tournelles, avccques vivres et des bourgois d'Orléans de l'une part. Et pour les dictes Tournelles assaillir et le pont conquerre, de la partie de la ville establirent de l'autre part sur le dit pont grand nombre de gens d'armes et de trait avec grand appareil que fait avoient les bourgois pour les arches rompues passer et les Tournelles assaillir. Si furent Anglois assaillis des deux parties moult asprement ; car à merveille gectèrent contre Anglois de canons, de couleuvrines, de grosses arbalestes et d'autres traits ceulx d'Orléans. Fier et merveilleux fut l'assault plus que nul qui de la mémoire des vivans eust esté oncques veu. En cet assault vindrent les chiefs qui dedans Orléans estoient quand les manières apperceurent. Et grandement se deffendoient Anglois qui tant gettèrent que faillant aloient leurs pouldres et autres traits, et de lances, guisarmes, dautres basions et pierres detTendoient le boulevart et les tournelles ; mais le dit assault durant, environ vespres list la Pucelle ses gens descen-

dre es fossés du boulevart et contremont drecier eschelles, si renforça de celle partie Tassault de plus en plus, qui depuis prime dura jusques à six heures après-midi ; et tant furent Ânglois chargiés de couleuvrines et auitres trait, que plus ne sosoient monstrerà leurs deffenses ; et furent de laultre part assaillis par les tournelles dedens lesquelles boutèrent François le feu, et à la fin tant furent oppressés de toutes pars et tant bléciés que en eulx ne sceurent plus Ânglois deffense.

A celle heure se cuidièrent Glacidas et autres seigneurs Anglois retraire du boulevard es Tournelles pour leur vie sauver ; mais soubz eulx par le jugement de Dieu rompi le pont leveis et en la rivière de Loire noièrent.

Adoncques entrèrent de toutes pars François dedans le boulevart et les Tournelles, qui en la veue du conte de SufTort et des seigneurs de Talebort et autres chiefs de guerre furent conquises, sans monstrer ni semblant faire d*aucun secours. Si fut là grant occision d'Anglois; car du nombre denviron cinq cents chevaliers et escuiers, de tous les plus preux et hardis tenuz du royaume d*Angleterre, qui là estoient soulz Glacidas avec aucuns faulx François, ne furent retenus prisonnierz en vie, fors environ H cents. £n cette prinse furent mors le dit Glacidas, les seigneurs de Ponnains, de Conins, et autres nobles d*Angleterre et d^autres pais.

Après laquelle tant glorieuse victoire, par le mandement de la Pucelle qui par dessus le pont retorna cette nuitée, furent les cloches sonnées en toutes les églises dOrléans à moult grant solennité, rendant à Dieu grâces et louanges. Et de trait fut la Pucelle grièvement bléciée au dit assault, avant lequel advenu elles avoit biens dit quelle devoit être férue jusques au sang; mais tost vint à convalescence ^

De ceste desconfiture furent Anglois à grant destresse, et grant conseil tindrent cette nuitée. Si yssirent de leurs bastides, le dimenche le Yni° jour de may an MIIIIXIX, avecques leurs prisonniers et tout ce que emporter povaient, et mettant en abandon tous leurs malades tant prisonniers comme auitres, avec leurs canons, bombardes, canons, artilleries, pouldres, pavaiz, habillements de guerre, et touz leurs vivres et biens, misrent le feu à dites bastides, et en bataille de pié se misrent sur le chemin dOrléans à Mehung à estendarts déploies. Si firent les chiefs de guerre estant à Orléans ouvrir les portes environ souleil levant, dont à grant puissance yssirent à pié et a cheval qui sur Anglois vouloient aler férir ; mais là survint la Pucelle qui la poursuite desconseilla, et voult que on les laissast atant départir sans assaillir cette journée, se contre François mie venoient pour les combatre ; mais doubtalement tournèrent Anglois le dos, et tant à Mehung comme à Jargueau se retrairent, dont les aulcuns gettèrent parmi les champs leurs harnois. Par ce désemparement de siège se départi le plus de la puissance des Anglois, que tant en Normendie comme autre part se retrairent.

Et après ledit désemparement les Anglois encores estant en la veue de la Pucelle, fist icelle Pucelle venir aux champs ceulx de Téglise revestus, qui a grant solemnité chantèrent hymnes respons et oroisons dévotes, rendans louanges et grâces à Dieu; et ce fait issi la commune d*Orléans qui entrèrent es bastides, où moult trouvèrent vivres et grans richesses. Et par la voulenté des bourgois furent toutes les bastides gectées par terre et tous les foubourgs abattus, et en la ville dOrléans furent retraiz leurs canons et bombardes.

Si se retrairent Anglois en plusieurs places par eulx conquises ; c*est à savoir le conte de SufTort à Jargueau ; et tant à Mehung et à Baugenci comme autres places par eulx conquises se retrairent les seigneurs de Scalles, de Talbort et autres chiefs de leur partie» qui ces choses mandèrent hastivement au duc Jehan de Belhfort régent, qui de ce fust moult dolent, et doubtant que aucuns de ceux de Paris pour cette desconfiture se deussent réduire à lobéissance du roy, et contre les Anglois faire le commun peuple esmouvoir, se parti à très grant haste de Paris, et à Vincennes se retrait le

]. Le n° àOOl n'a pas de titres de chapitre; ils ne sont pas régulièrement indiqués dans le n« 5699. Il y a cependant ici : Sièqk liyé de devant Oaléans.

dît régent, qui de toutes pars manda les barons du royaume et grant quantité de vivres ; mais peu y vint des barons, et à délaissier les Anglois et Jes hair et despriser se prinsrent les piquars et autres nations du royaume; mais pour que à celle heure ne peut la pucelle larmée entretenir en desfault de vivres et paiement le mardi X* jour de may se depparti la Pucelle accompagnée de haults seigneurs, et par deTers le roy s*en ala qui en grant honneur la receupt et tint à Tours aucuns conseils, lesquels feniz il manda de toutes pars ses nobles, et pour la rivière de Loire nestoier bailla la charge au noble duc dAlençon, qui la Pucelle voult avoir en sa compaignie. Si vindrent à grant puissance devant Jargueau, où fut le conte de SulTort à grant compaignie d'Anglois qui la ville et le pont avoient fortifAez. Là mirent siège de toutes pars les François le samedi jour de saint Barnabe xi* du mois de juing, de bombardes et canons fut en peu de heures la ville fort empirée, et le dimanche ensuivant XII jour dudit mois de juin, furent la ville et le pont pris par assault, où fut occis Alexandre La Poule, avec grant nombre d*Anglois. Si furent illec prins et retenus prisonniers Guillaume La Poule, conte de Suffort, Jehan La Poule son frère, et bien fut la desconfiture des Anglais nombrée à environ v'^ combattants, dont furent le plus occis ; car entre les mains des gentilzhommes occioient les gens du commun tous les prisonniers anglois qu'ils rencontroient, dont convint mener par nuit à Orléans par la rivière le conte de SufTort, son frère et autres grants seigneurs anglois pour leur vie sauver. Pillée fut la ville et Téglise du tout qui plaine fut de richeces, et celle nuit se retrairent à Orléans le duc Dalençon, la Pucelle, les chiefs de guerre avec la chevalerie de lost pour eulx ralTraichir, et là furent receuz à grant joye.

La prinse du pont de Mehung-sur-Loire. — En la ville Dorléans séjournèrent après la prinse de Jargueau le duc Dalençon et la Pucelle par aucuns jours pendant lesquclz vinrent illec à grant chevalerie le seigneur de Rais, le seigneur de Chauvigny, le seigneur de Laval et autres grans seigneurs pour le roi Charles servir en son armée, lequel en ce contemple vint à SuUi, et d'autre part vint à Blois à grant chevalerie le conte Arthur de Richemont, connestable de France, contre lequel le roy pour aucuns rapports avait conçeu hayne et malveillance.

Si tindrent de grants conseils dedans Orléans le duc d'AIencon, et chiefs de guerre, et grant appareil firent faire pour siège mettre devant Mehung et Baugenci, ou se tindrent à celui temps le sire de Scalleset le sire de Talbort à grant compagnie d'Anglois, et pour les garnisons desdites places renforcer mandèrent Anglois qui la Ferté Hubert tenoient, lesquels ardirent la basse court, et abandonnanz le chastel s'en alèrenl à Baugency. Si parti une nuitée le duc de Talbort de Baugenci pour aler au-devant de messire Jehan Fastol qui à grant compaignie d'Anglois, de vivres et de traits sestoit parti de Paris pour venir avitailler et renforcier la puissance des Anglois, mais pour ce que de la prinse de Jargueau ouy nouvelles dedans estampes laissa les vivres, et à Yenville vint avec sa compaignie, auquel lieu il trouva le sire de Talbort, lesquels assemblés tindrent aucuns conseiiz.

Comment François recouvrèrent le pont de Mehun-si r-Loire et Baugenci. — Jehan le duc Dalançon chief et lieutenant général du roy Charles de France de son armée, accompaigné de la Pucelle, et de plusieurs haulx seigneurs, barons et nobles, entre lesqueulx estoient messire Loys de Bourbon, conte de Vendosme, le sire de Rais, le sire de Laval, le vidame de Chartres, le sire de Latour, et autres seigneurs, atout grant nombre de gens de pié, et grant charroy chargié de vivres et d'appareil de guerre, le xv^ jour de juing MIIIIXXIX se partirent d'Orléans pour siège mectre devant Anglois, et tirant leur voye droit à Baugency se arrcstèrent devant le pont de Mehung que avoient Anglois fortiffié et fort garny, et tantost à leur venue fut par assault prins et garny de bonne gent,et ce fait n'arrestèrent point François, mais pensant que dedens Baugency se feussent retrais le sire de Talbort et de Scalles, allèrent devant Baugency, pour la venue desqueulx Anglois abandonnèrent la ville et sur le pontet ou Chastel se

retrairent. Adoncques entrèrent François dedans la ville, et le pont et le chastel par devers Beausse assiégèrent, et là drécièrent et assortirent canons et bombardes dont fort bâtirent le chastel.

En ceslui siège vint à grant chevalerie le conte de Richemont connestable de France qui en tout humilité se mist à genoulz' devant la Pucelle, lui suppliant, que comme le roy lui eust donné puissance de pardonner et remettre toutes offenses commises et perpétrées contre lui et son auctorité, et que pour aucuns rappors senestres, le roy eust conceu hayne et maltalent contre lui, en telle manière que par ses lettres avoit fait faire deffense que aucun recueil, faveur, ou passage, ne luy feussent donnez pour venir en son armée, la Pucelle de sa grâce pour le roy le voulsist recevoir au service du roy pour y emploier son corps, sa puissance et toute sa seigneurie, en lui pardonnant toute offense. Et à celle heure furent illec, le duc d'Alencon et tous les haulx seigneurs de lost qui la Pucelle en requisirent, laquelle le leur octroya, parmy ce que en leur présence elle receupt le serment dudit connestable de loyaument servir le roy, sans jamais dire ne faire chose que tourner luy doyt à desplaisance Et à cesle promesse tenir ferme sans enfraindre, et de lui estre contraire se trouvé estoit deffaillant, s'obligèrent lesdicls seigneurs à la Pucelle par lectres de leur scellé.

Si fut adonc ordonné que ducosté de Solloingne mettroit siège le connestable devant e pont de Baugency, mais le vendredy xvn« jour dudit mois de juing fist le bailly d'Evreux qui fust dedans Baugenci requérir à la Pucelle trailié qui fait fut et accordé entour minuit, en telle manière que es mains du duc d'Alencon et de la Pucelle pour le roy Charles de France, Anglois rendroient le pont et le chastel, leurs vies sauves, lendemain à heure de soleil levant, et sans emporter ni mener fors leurs chevaulx et harnois avec aucuns de leurs meubles montant pour chacun ung marc d'argent seulement, s'en pourroient franchement aler es pais de leur partie ; mais armer ne se dévoient jusques après dix jours passés, et par cette manière se deppartirent Anglois qui estoient nombrez à v° combattants, qui le pont et le chastel rendirent le samedi xvin« jour de juing mil CCGCXXIX.

Gomment Meiiln fut recouvré par la fuite des seigneurs de Scalles, de Talbort et MES5IRE Jehan Fastol chevaliers anglois. — En la ville de Mehung entrèrent une nuitée les sires de Scalles, de Talbort, Fastol qui ou chastel de Baugenci ne peurent avoir entrée par l'empeschementdu siège; et cuidans faire le siège désemparer, la nuit de la composition assaillirent Anglois le pont de Mehung, mais ledit xvni^ jour de juing, tantost que de Baugency furent Anglois deppartiz vint l'avant-garde des François devant Mehung, et aussitost toute la puissance en bataille ordonnée. Adoncques cessièrent Anglois lassauU du pont et de toute leur puissance yssirent aux champs, et tant àpié comme à cheval semisrent en batailles ; mais à relraire se commencièrent délaisians Mehung avec leurs vivres et abillements, et leur chemin prindrent par la Beausse du costé par devers Patay et partirent hastivement.

Le duc d'Alençon, la Pucelle, le conte de Vendosme, le sire de saincte Sévère et de Boussac mareschal, messire Loys de Gulaut admirai de France, le sire de Labrel, le sire de Laval, le sire de (îhauvigny, et autres grans seigneurs qui en batailles ordonnées chevauchèrent et tant asprement poursuiirent Anglois que près Pathoy les aconsuirent au lieu dit Goynces, et furent tant près tenuz que plus ne peurent la bataille eschever, et en ordonnance se misrent contre lesquels assemblèrent François à bataille, et en peu deures furent Anglois desconfiz, dont fut l'occision nombrée sur le champ par les héraulx danglelerre à plus de ii™ii« Anglois. En cette bataille qui fut le xvni* jour de juing mil llllXXIX, furent prins les seigneurs de Talbort et de Scalles avec plusieurs chiefs de guerre et autres nobles du pais dangleterre, qui bien furent nombres à v" hommes. Si commença la chace sur les fuians jusques près les portes

1. Le mot à genoulx a été omis dans la Chronique éditée par Vallet de Viriville.

Dyehyille, en laquelle chace furent plusieurs Anglois occis. Contre les Ânglois fuiant fermèrent les bonnes gens Dyenville les portes, montèrent sur la muraille à leurs defTenses, et ou chastel fut à peu de compaignie un escuier anglois lieutenant du capitaine, qui le chastel avoit en garde: lequel congnoissant la desconiiture des Anglois traita avec les bonnes gens du chastel rendre, sa vie sauve, et list serment d'être bon et loyal François, à quoi ilz le recourent. Grant avoir et grans richesses demourèrent en celle ville qui par les Anglois y avoicnt été laissiez à leur partir pour aller à la bataille, avec grant quantité de trait, de canons et autres abillements de guerre, de vivres et marchandises, et en Tobéissance du roy se réduisirent ceux Dyenville. Dedans Mehung entrèrent François après la fuite des Anglois et toute pillèrent la ville.

Et de la bataille s'enfuit mcssire Jean Fastol. Et quant Anglois que en plusieurs places furent en pais de Beausse, sicommc à Montpipeau, saint Simon et autres forteresses, ouirent nouvelles de ceste déconfiture, hastivement prinstrent la fuite laide et honteuse, et le feu boutèrent dedans.

Après lesquelles tant glorieuses \ictoires et recouvrement de villes et chasteaux faites ledit xviu* jour de juing retourna toute larmée dedans Orléans, ou receuz furent à grant joye par les gens d'église bourgois et commun peuple, qui à Dieu en rendirent grâces et louanges. Et bien cuidèrent les prodeshommes du clergié et bourgois d'Orléans que là dcust le roy venir, pour lequel recevoir ilz firent les rues tendre a ciel, et grant appareil vouloient faire pour honorer à sa joyeuse venue, mais dedans Sully se tint sans venir à Orléans, dont ne furent mie contons d'aucuns qui entour le roy estoient, et atant demoura la chose à celle fois. Pourquoi la Pucelle ala par devers le roy, et tant fist que le xxn^jour de juing cellui an il vint à Chasteauneuf sur Loire; auquel lieu se tirèrent par devers lui les seigneurs et chiefs de guerre, et là tint aucuns conseilz de guerre, après lesqueulx il retourna à Sully, et à Orléans vint la Pucelle qui toutes gens darmes fit tirer par devers le roy, avecques abillements vivres et charroys. Dont se parti la Pucelle Dorléans, qui à Gien ala ou vint le roy à puissance, et par héraulx manda aux capitaines et autres qui les villes et forteresses de Bonny, Cosne, la Charité tenoient, que en son obéissance se rendissent dont ils furent reflTusans.

En la ville de Baugency séjourna après la bataille le comte de Richemont connestable de France par aucuns jours, attendant responce du duc Jean d'Alançon et de la Pucelle, de haulx seigneurs qui fors sestoient portez du roy appaisier et lui faire pardonner son nialtalent; à quoy ils ne peurent avenir, et ne voult le roy souffrir qu'il alast par devers lui pour le servir, dont il fut en grant desplaisance.

Du RECouvRKMEM DE BosNY-suR-LoinE. — En la ville de Gien ala le roy durant ces choses, lequel envoia devant Bonny mcssire Loys de Culant son admirai atout grant gent ; et le dimanche après saint Jehan MlllIXXIX lui fut rendu.

Et pour ce que désirant fut la Pucelle que avant que le roy emploiast sa puissance à recouvrer ses villes ne ses chasteaux, elle le menast tout droit à Rains pour illec être couronné et recevoir la saincte uncion royal, à quoy estoient aucuns doppinion roiilraire tendans ad ce que preniirreinent le roy assiégeast Cosne et la Charité, pour les pais de Berry, d'Orléans, et du fleuve do Loire nestoier, sur ces choses tint à Gien de grans conseils, pendant lesquels fut la royne illec menée en espérance d'estre menée couronner à Reins avec le roy; et eulx séjournans illec vindrent au service du roy a grant puissance les barons et haulx seigneurs de plusieurs contrées du royaulme. Si fut en la fin le roy délibéré en son conseil de la royne renvoier à Bourges, et sans meclre aucuns sièges sur Loire prendroit chemin droit à Rains pour sa consécracion recevoir; adoncques retourna la royne à Bourges et de Gien se parti le roy le jour saint Pierre ou mois de juing MCCCCXIX, à toute puissance, et tenant sa voye dn>it à Rains, sadrecia en Aucerrois et par ses héraulx manda aux bourgois de la cité d'Aucerre, à ceux de Gravant, de Coulanges-les- Vineuses, qui pour le roy anglois et le duc

de Bourgoigne se tenoient, que en son obéissance se rendissent ; auquel mandement ilz obéirent et en sa grâce les receupt, et autres villes et chasteaulx de la contrée et bénignement leur pardonna toutes offenses. Si administrèrent au roy vivres et charroys abondamment pour son host soustenir, et en tout ce que requérir leur voult semploièrent en son service. Dedans Aucerre nentra pas le roy à celle fois ; mais pour la possession en prendre et le serment recevoir du ciergié et des bourgois renvoya de haulx seigneurs, et ce fait passa la rivière dyonne. Et de toutes pars alla chacun jour son host croissant tant de haulx seigneurs barons et nobles, comme bourgois et gens de commun. Et chevauchant pais et recevant villes et places en obéissance tint son chemin droit à la cité de Troies en Champaigne, dedans laquelle le duc de Bourgoigne avait establi plusieurs cappi laines au nombre de \^ hommes darmes pour résister contre le roy.

Du SIÈGE MIS PAR LE ROY DEVANT LA CITÉ DE Troyes. — Devaut Troics viut Ic roy Charles de France, le mercredi vi® jour de juillet MCCCCXXIX, et là mist siège de toutes pars. Si fist son appareil et ses bombardes asseoir et assortir sur la rive des fossez de la cité que forte fut et bien closes de murailles, contre laquelle il commanda faire ses bombardes gecter.

(Page 216 et si:iv.) TEXTE DE LA CHRONIQUE DE TOURNAY.

En ce dessus dit an mil nileXXVIlI, estoient Englès, à grosse puissance en pays de Gascongne, faisans guerre à tous les pays de entour, et par espécial devant Blois et Orliens, où estoient plusieurs villes et forteresses tenans le parti du roi de France, qui pour lors se tenoità Chinon, avec belle compaignie de gens d'armes, pour deffendre son pays et résister aux Englès ses adversaires. Et estoient en sa compaignie le marescal de Bousat, mons' de Gaucourt, mons' de Rays, La Hire et pluiseurs aultres gentilzhommes et grand nombre de Sauldoiers, qui deffendoient le pays contre les dits Englès; mais nonobstant quelque deffence que ils feissent ou poussent faire, leurs adversaires prévalloient et tousjours conquestoient pays ; dont le roi estoit moult dolant ; mais ce ne lui povait aidier à cause que le heure ne estoit point venue, en laquelle Dieu le estoit à mettre hors de opprobre et de misère. Et fait à présumer et à croire que pour aulcuns peschiés ou de princes ou de peuples, le ayde de Dieu fut attargée, le roi toujours lui requerrant son ayde et souccours, et mandant souventes fois aux collèges des églises cathédrales de son royaulme faire processions et exhorter le peuple eulx amender et prier pour lui et son roiaulme, considérant et ramenant en sa mémoire que les persécutions de guerre, mortalité et famine sont vergues de Dieu à punir les énormités du peuple ou des princes.

Les Englès dont, eux efforchant mettre tout le pays à leur obéissance se assemblèrent en grand nombre, et assegièrent la ville et cité de Orliens, devant laquelle ilz furent longuement, faisans plusieurs maulx au pays de entour et plusieurs envayes et assaulx à icelle ville par fait de canons, veuglaires, serpentines et aultres hostils de guerre. Mais ceulx de ladite ville se deffendoient si puissamment et vaillamment que rien n'y conquestoient, fors perte des leurs. Et eulx, volants que par assault ne povoient avoir la ville et que moult y perdoient, se advisèrent et conclurent affamer icelle : et, pour ce faire, ils firent trenquis et bastilles encloant ladite ville et eulx contre les courses de leurs anemis; et ne laissoint passer par terre ne par eaue, quelques marchandises ne vivres, dont ceulx de la dite ville se poussent sustenter ou aidier. Et ceulx de ladite ville de Orliens, eulx voiands en tel dangier et aiant peu de

espérance estre soucourrus, sinon de Dieu principalement, se retournèrent vers lui, requerrant que par sa bonté et miséricorde, il lui pleust être à eulx propice, selon que ii sçavoit que il leur estoit nécessité. Et souvent faisoient processions et dévotes prières tout le temps dudit siège, toujours requerrant le ayde et miséricorde de Dieu. Et quand il pleut à Dieu oïr les prières, tant du roi de France comme de ceux d'Orliens et autres villes dudit roiaulme, et que sa volunté fut les aidier et souccourir et jetter de l'opprobre où ils estoient, il ne excita ne promeut les corages des hommes robustes et exercités à la guerre à eulx oster le Ghehoriel et faix de toute calamité et misère, adfin que ils ne extimassent la victoire venir de eulx; mais leur voeillant monstrer que toute force vient de lui et que merveilleusement et miraculeusement il fait toutes ses oevres, il anima et enhardi ung fueble et tendre corps féminin, aiant vescu tout son temps en purité et casteté, sans quelque reproce ni suspicion de mal fait. Lequel corps féminin et nommé Jchenne estoit de Loraine, de une petite ville dite Mareulle, séante entre la cité de Mes et le pont à Mouisson, distoiante II lieues de ladite cité et III dudit Pont; et avoit icelle Jehenne demouré et servi iliec, grand espace de temps, en aulcune censé dudit lieu.

Quand dont il pleut à Dieu subvenir et conforter le dit roiaulme de France, ceste dite Jehenne, le roi estant à Chinon, vers l'entrée du quaresme du dessus dit an, comparut devant lui en habit de escuier, et se déclara estre Pucelle et envolée de Dieu à subpéditer et expulser les Englès, par armes, se partir ne se voellent amiablement, de son roiaulme et brefvemont le mener sacrer et couronner en la ville de Rains, malgré tous ses hayneulx et mortels anemys.

Adonl le roi, entendant les parolles et promesses de la dite Jehenne estante en habits dissimulé, les tint pour légières et vaines, sans y adjouter foi. Et ladite Jehenne continuante ses parolles et disante que le ayde de Dieu, duquel elle estoit envolée, ne doit estre refusée, mais joieusement reçupte, le roi comme sage et prudent, toujours espérant avoir aulcun souccours de la grâce de Dieu, et commémorant que anchiènement femmes avoient fait merveilles, comme Judith et aultres, assembla son conseil et autres clercs, adfin que la chose arguée et débatue par bonne et meure délibération, il peust sravoir se aulcune conjecture de divine ayde povoit estre sentie en cesle femme. Lesquelz clercs et conseil disputant la matière par plusieurs et diverses journées, et considéranl et srachant que les oëvres de Dieu sont incongneues, et que plusieurs fois il avoit Tait merveilleux et miraculeux souccours aux siens, conclurent et dirent au roi, en ceste manière : « Très chier sire, la matière que il vous a pieu nous déclarer et mettre en conseil passe entendement humain, et ne est qui en sceust jugier, ni affermer, car les o^hres du seul et souverain seigneur se diversifient et sont inscrutables. Mais entendu la nécessité de votre très digne et excellente personne, avec aussi celle de votre roiaulme, et considéré les continuées prières de vostre peuple, espérant en Dieu, et de tous aultres amants paix et justice, et mesinement ramené que on ne scet la volunté du seigneur, il nous semble estre bon non rejetter ne refuser la pucelle, qui se dist estre envolée de Dieu pour vostre souccours et ayde, nonobstant que ses promesses soient sups oëvres humaines. Mais point ne disons no entendons que légièrement créedz à elle : car le dyable est subtil et décepvable, tendant tout tirera lui. Et pour ce, il est juste et raisonnable que, selon la sainte escripture, le fachiés esprouver par deux manières, c'est assavoir: par prudence humaine, en enquérant de sa vie, de ses meurs et de son intention, comme dit St Pol : Probate spirilus si en Deo sunt, et par dévotes oroisons, enquerre signe de aulcune oëvre ou apparence divine, par (|uoi on puist jugier que elle est venue de Dieu, ainsi que il fut dit au roi Acliaz : que il demandast signe, quand Dieu lui faisoit promesse de victoire, en lui disant : jiete tibi siynum a Domino Dco tuo, et semblablemenl fist Gédéon, qui demanda signe et plusieurs aultres. »

Lesqueles n manières le roi tint et observa selon son conseil, envers ladite Pucelle, c'est assavoir : probation de prudence humaine et inquisition de signe de Dieu par

oroison. Pour la première, il fist la disle Pucelle tenir et estre avec lui, en sa court mieulx de vi semaines, et le fist communiquier avec toutes gens, et aussi examiner par seigneurs de église et aultres clercs subtilement, elle tousjours accompagnié de gens de dévotion, dames, damoiselles, vesves et pucelles, et aulcunes fois de gens d'armes et aultres, en la présence du roi. Mais en quelque manière que ce feust, privé ment ou publiquement, ne fust veu ne trouvé en elle, fors bien, humilité, patience, virginité, dévotion et honneste simplesse. Et de sa naissance et vie furent oyes pluiseurs choses merveilleuses, conformantes à vérité. Et quand à la seconde manière de inquisition de signe par oroison, elle interroguée de ce, respondi que devant la ville de Orliens, et non ailleurs, le monstreroil ; car ainsi lui était ordonné de Dieu. Et le roi, après la dite probation faite de la Pucelle, autant que à lui estoit possible, considérant la response de icelle à lui-mesme dite touchant démonstrer aulcun signe de son envoi, et voiant la constance et persévérance de elle requerrante instamment alor à Orliens, pour démonstrer aulcun signe de divin souccours, ne vollut empescher le voiage, mais lui espérant en Dieu assembla ses gens d'armes, qui estoient expars par le pays, et les fist aprester, pour conduire ladite Pucelle vers ladite ville, sans se voulloir monstrer répugnant au Saint-Esperit, ou ingrat de la bonté et miséricorde de Dieu et indigne estre de lui souccouru, comme il avoit trouvé en délibération de conseil. Et ladite pucelle, volante les préparations qui se faisoient pour le souccours de ladite ville de Orliens, fist, par le oltroi du roi, escripre unes lettres, lesquelles elle envoia aux capitaines des Englès tenant siège devant icelle, desquelles la teneur s'ensuit.

« Jhesus, Maria! toi, roi d'Engleterre, et toi, duc de Becquefort, qui te dis régent de France, vous Guillemme de la Polie, conte de Sulfort, Jehan sire de Taleboth, et Thomas sire d'Escables, qui te dis lieutenant du duc de Becquefort, faites raison au roi du ciel de son sang roial ; rendes à la Pucelle, envoiée de Dieu, le roi du chiel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France ; car elle est chi venue de par Dieu, réclamer tout le sang et droit roial, et preste de faire paix, se raison lui vouliez faire, vous déportans de France, et paiant le roi de ce que le avez tenue. Et vous tous, archiers et compaignons de guerre, gentilz et aultres estans devant la ville de Orliens, partez vous de par Dieu, et vous en alez en vostre pays, et se ainsi ne le faites, attendez les nouvelles de la Pucelle, qui brefvement vous visettera à votre grand domages. Et toi, roi d'Engleterre, fai ce que je te ai escript : que se tu ne le fais, je suis cief de guerre, aians puissance et commission de Dieu de bouter et encachier forciblement tes gens, partout où les ataindrerai es parties de France. Que se ils voellent obéir, je arai merchi de eulx, et, sinon, je les ferai occir. Je sui chi venue de par Dieu, le roi du ciel, pour vous expulser de France, et tous ceulx qui voudront faire trayson, malengin ou domage au roiaulme très cristien. Et ne mettez en vostre oppinion tenir le dit roiaulme de Dieu, le roi du ciel, lil de la vierge Marie, car Charte, vrai héritier de icelui, le tenra, voeilliés ou non ; c'est la volonté du roi du ciel et de la terre. Et ce lui est révélé par moi, qui sui Pucelle, et que il entrera à Paris à bonne compaignie; et se vous ne vouliez croire les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferrons dedens à horrions et y ferons tel hahai, que, passé mil ans, ne fut si grand en France. Faites donc raison, et créedz la Pucelle. Que se vous ne le faites, le roi du ciel lui envolera et donra plus de force, que ne lui pourez livrer de assaulx, et pareillement à ses bonnes gens d'armes. Et aux horrions verra-on qui ara le meilleur droit de Dieu du ciel. Toi dont, roi d'Engleterre, et toi, duc de Becquefort, la Pucelle vous prie que vous issiés du pays, car elle ne vous voelt détruire, en cas que lui faites raison ; mais se vous ne le créedz, tel cop poura venir, que les Franchois en sa compaignie feront le plus beau fait que onques fut vu en cristienneté.

Et envolez response se vouliez faire paix et vous partir de Orliens ; que se vous ne le faites, altendez-moi à votre grand domage et brief.

Escript mardi de ceste sepmaine sainte et pénultime de mars mil Ull*, XXVill. Et ces choses ainsi faites, et le armée de France assemblée et preste, la dite Pucelle se parti de Chinon, tirant vers Orliens, le joedi xxi* de apvril, mil lUI' XXIX, étalai Blois, où elle attendi les vivres et puissance qui se debvoient mettre dedens la dite ville de Orliens, jusques an joedi ensicvant, et adont elle se parti du dit Blois, aiant son estandard de blancq satin, auquel estoit figuré Jhesu Christ séand sur les arches, monstrant ses plaies, et à caseun lez, un angel tenant une fleur de lis.

Et estoient en sa compaignie mens" le marescal de Bousac, mons*' de Gaucourt, mons' de Rays, Lahirc et plusieurs aultres grands seigneurs» en nombre de tous combattans environ m (trois) mil, que de pied que de cheval. Et menèrent avec eulx parmi la Saloingne, environ LX carios de tous vivres, et IH1« XXX V chargés de bestail. Et Tendemain, ilz vinrent à la dite ville de Orliens, emprès la rivière, où ceulx de la dite ville les vinrent quérir par navires, malgré les Englès, qui ne osèrent issir de leurs trenquis et bastilles, ne faire quelque résistence. Et la Pucelle, volante que on le avoit mené du costé de la Saloingne, et que elle ne avait trouvé les Englés,fut très couroucée vers les capitaines, et commencha plorer. Et incontinent charga la compaignie que ilz retournassent au dit Blois querre les vivres que ilz y avoienl laissiés, et que ilz les amenassent du côté de la Biausse, et que elle les adevanceroit avecques une partie de ceulx de la ville de Orliens, et bien leur dist que rien ne doutassent, et que ils ne trouveroient quelque empeiscement. Et adont entra la dite Pucelle en la ville, et ses gens retournèrent au dit Blois, en obéissant et accomplissant son dit. Et après ilz se partirent dudit Blois, aiant le sourplus de vivre et grand nombre de bestail, comme bœfs, porcs et moutons, le mardi lu' de mai.

Et Tendemain, veille de TAscension, ilz vinrent à Orliens du dit costé de la Biausse, sans quelque empeiscement à Taler ne au venir, par trait ne auUrement, combien que les Englès se assemblèrent environ xini^ combatans, pour les envaïr au retour, mais ilz ne osèrent, car la dite Pucelle, aiante grosse puissance de ceulx de ladite ville, ala au devant de eulx, et les reçupt malgré leurs anemis, et les conduisit en ladite ville.

Et tosl après que Jesdits vivres furent en la ville de Orliens, la Pucelle aiante son estandart et sa puissance, ala assaillir la bastille de St-Leu, qui estoit forte et de grand dcffense, une partie de ses gens de cheval ordonnez à garder que les Englès de aultre costé ne leur feissent souccours ; et la dite Pucelle, avec ceulx de sa route, venus à ladite basteillc, firent tant, parmi le ayde et volunté de Dieu, que elle fut prise par vive force de assault, et y morurent environ CLX Englès sans les prisonniers qui furent environ XllU (/4). Et là conquirent grands vivres et plusieurs pièches de artillerie et aultres bagues, sans quelque perte des leurs, sinon n hommes. Et adont se relraivrent, menans tout en ladite ville.

Et lendemain feste de l'Ascension de Jhesu-Crist, la dite Pucelle aiante son estandart en la main, issi de ladite ville de Orliens avec sa puissance du costé de la Saloingne, et monstra semblant assaillir leur bastille. Et par une fainte retraite que elle commanda faire, les Englès sallirent hors de icelle après eulx à grand puissance. Et adont ladite Pucelle et Lahire voiands les dits Englès estre issus retournèrent vigoreusement supz eulx, et les reboutèrent et poursievirent si asprement, que à paines se poiirent retraire en leur fort ; et là morurent XXX englès. Et fut le ung de leurs fors pris et un bolvercq et grand nombre de vitailles. Et les Englès, voiands que ainsi ils estoient reboutez, deffirèrent 111 bastilles qui estoient du dit costé de la Saloingne, et tous se retraiyrent on leur grande bastille du bout du pont.

Et ceste nuite, tint la dite Pucelle et les siens les champs, jusques au cler Jour, dudit costé de la Saloingne. Et le dit jour commenchié esclarchir, et la Pucelle et ses gens appointiés et ordonnez, se elTorchièrent envaïr ladite grande bastille du bout du pont, qui estoit moult forte et comme imprenable, et où estoit grand nombre d'Englès et belle ordonnance de deiïense de bombardes, canons et aultre trait à poure.

Laquele bastille fut telement défendue par lesdits Englès, que, par tout le jour, Franchois rien ne y conquirent. Et ceste envaïe se continuant jusques assez tart du vespre, la Pucelle, comme il pleut à Dieu, fut bléchée par trait lui entrant environ ung pôle en la poitrine, deseure la dextre mamelle ; de laquelle bléchureelle se monstra plus estre lie (sic) que tourblée, et demandante un peu de oie d'olive, avec coton tira elle meismes le trait de sa poitrine et mist le dit oie dessups et dict : « Maintenant ne ont les Englès comme rien de puissance, car ceste bléchure est le signe de leur confusion et misère, révélé à moi de par Dieu, et de moi non déclaré jusques à présent. » Et incontinent, elle appointée et armée, se tirante à part et appoiante sups sa lance, tenans icelle de la main, fist semblant faire oration à Dieu, la face eslevée vers le ciel. Et, ce fait, elle retourna aux gens d'armes et leur monstra ung lieu de ladite bastille, leur commandant que ilz le envaïssent par là et entrent en icelle, lesquelz obéissans, tous de ung commun accord avec elle la première, assaillirent icelle et telement le oppressèrent, que. Dieu aidant, promplement fut prise de force. Et eulx dedens entrez, y eubt, que pris que mors, environ v'' Englès des principaulx de leur est. Et lesdits Englès voiands la dite bastille estre prise et eulx cuidans retraire dedens la tour du pont, ledit pont fondi et chéi en le eaue, dessupz lequel estoit Classedas, ung de leurs ciefs souverains, et aullres grands seigneurs avec lui, jusques environ XXX, qui tous furent noiez. Et ceste chose fut tenue comme miraculeuse. Et, en ceste conqueste, gaignièrent les Franchois grand habondance de vivres et de artilleries, comme bombardes, canons, serpentines, veuglaires et aultres engiens et bagages. Et, le meisme jour assez tart, entra la dite Pucelle avec ses gens, en la ville de Orliens, en grand joie de coer et rendant grâces à Dieu de la dite victoire, et menans leurs prisonniers devant eulx : et leurs gens reveus, après la dite conqueste et assaut, ne trouvèrent que V hommes moins et peu de bléchiés. Et de ceste journée dirent aulcuns et affermèrent que durant ledit assault, furent véus deux blancs oiseaulx sups les espaulles de ladite Pucelle. Et les Englès prisonniers dirent et congneurent que il leur sembloit que les Franchois se monstroient être trois fois plus que ilz ne estoient, et que par ce avoient été si espo veniez, que ilz ne avoient quelque puissance de eulx deffendre.

Et, le dimence après et endemain de la dite victoire et conqueste, au point du jour, les aultres englès des Bastilles, du côté de la Biausse voiands leur maie adventure et doubtans la puissance de la dite Pucelle, habandonnèrent leurs places et bastilles, et s'enfuyrent tous ensemble, qui bien estoient nombres XXV*». combatants, que de pied que de cheval. Et ceulx de la ville de Orliens, avec ladite Pucelle, voiands la fuite desdits Englès, issirentdeladite ville, en nombre de environ v^ chevaulcheurs, et férirent en la queue, et en occirent et prirent aulcuns, sans ce que ilz se retournassent ne monstrassent quelque défense. Et la Pucelle, ce voiands, fit retraire ses gens, sans souffrir que plus les poursievissent, disans que, puisque ilz se partoient, on ne les dedvoit trop aggresser, et mesmement ce que il estoit dimence, jour et feste du sabbat de Dieu, et aussi pour ce que elle leur avoit donné jour de eulx en aller jusques au lundi. Et eulx retrais en la dite ville et reposez la nuitée se partirent de icelle, l'endemain matin, et alèrent es bastilles que les dits Englès avaient délaissé, es esquels ilz trouvèrent pluiseurs vitailles, artilleries et aultres habillements de guerre, vaillables grand somme de argent.

Et ces choses ainsi faites, la Pucelle manda au roi toute la besongne ainssi que elle estoit; lequel, oïand ces nouvelles, fut moult Joieux, et, lost après, se parti de Chinon, pour aler devers elle, et vint en la ville de Tours, le vendredi devant la Penthecouste ensievant. Et il venant en icelle ville, ladite Pucelle, qui peu avant y estoit venue, ala audevant de lui son estandart en sa main, et lui fist révérence, se inclinante dessups son cheval le plus bas que elle peut, le cief descouvert; et le roi à cest abordement osta son caperon et le embracha en la suslevant ; et, comme il sembla à pluiseurs, voullentiers le euist baisée de la joie que il avoit. Et cette joieuse obviation

faite, ils enirèrent en ladite \ille de Tours, et se mirent en leurs hostelz. Et Tendemain vinrent nouvelles au roi que le sire de Scables et le sire de Talieboth et grand nombre de Engiès, escappez du siège de Orliens, se estoient mis et enclos à Gergeau, à fiaugentis et à Meun : lesqueles nouvelles oyes, il manda hastivement le bastard de Orliens et Poton de Saint-Traille, qui avoient esté capitaines de ladite ville, le siège durant, et pluiscurs aultrcs seigneurs, estans en garnison et forteresses de là entour. Et eulx assemblez à Tours, le roi leur commanda aler avec la Pucelle après les dits Engiès. Et adont se parti ladite Pucelle de Tours, à bonne puissance de gens d'armes, et alèrent asségier la ville de Gergeau, où ledit sire de Talieboth et celui de Scables estoient avec grand nombre d'Englès ; et est icelle ville supz la rivière de Loire, à viii lieues de Orliens. Et eulx venus devant ladite ville subitement y firent un grand et merveilleux assault, lequel ils continuèrent, tant que ilz la prirent par force et là fut pris le sire de Talieboth et le sire de Scables, lesqueh la Pucelle laissa aler, par aulcun traitié que ilz promirent entretenir.

Et ce fait, aulcuns des cappitaines dirent à ladite Pucelle que elle avoit mal fait de laissier aler les anemis du roi, ausquelz ellerespondi que briefvement seroient repris aultre part, et que ilz ne tenroient chose que ilz euissent promis.

Et de là s'en allèrent à Meun, qui est à v lieues de Orliens, au dessoubz de ladite rivière, et le prirent de assault et de là à Raugentis. Mais eulx venus illec, la garnison avec aussi la plus grand partie de ceulx de ladite ville, se estoient partis et enalez, et adont ceulx qui estoient demourez ou casliel les reçuprent et leur livrèrent ladite ville et le castiel. Et, après ce, la Pucelle, avec les cappitaines et gens d'armes, s'en alèrent audevant et contre vi" Engiès, qui venoient pour souccourrir leurs gens, avec lesquelz se estoient mis le sire de Talieboth et celui de Scables, que ladite Pucelle avoit laissié aler, comme dessupz est dit, et aussi pluiseurs aultres Engiès, lesquelz avant s'enfuioient. Lesqueles n armées se entrecontrèrent emprès Patay, en Biausse, à vi lieues de Orliens. Et illec se portèrent les Franchois si vaillamment que. Dieu aidant, lesdits Engiès furent desconfis et près tous mors. Et là furent repris le sire de Scables et celui de Talieboth et pluiseurs aultres. Et cesle baptaille faite, et les prisonniers emmenez avec toute la despoulle, grand joie fut faite et loenges rendues à Dieu, congnoissans que toute victoire vient de lui. Et les prisonnière présentez au roi, il les reçupt très liement, en remerciant ladite Pucelle et les cappitaines, et rendant grâces à Dieu, qui donnoit corage à une femme de teles emprises. Et adont se parti le roi, de Tours et ala à Orliens, avec plusieurs seigneurs, chevalliers, escuiers, cappitaines et aultres; et, illec venu fut reccu à grandjoie.

Et après ces choses ainssi aciefvécs, le roi, par le conseil de la Pucelle et de aulcuns seigneurs de sa court, se parti de la ville de Orliens, aiant belle compaignfe de gens d'armes, et tira vers la ville et cité de Rains, pour être sacrez et couronnez. Et, en faisant ledit voiage, mist en son obéissance pluiseurs villes et forteresses alors tenues des Engiès, c'est assavoir: Aussoire, Sens, Troies, Chalon et aultres pluiseurs. Et, après ce, le roi vint et entra en ladite ville de Kains, le samedi xvi« de juillet du dessupzdit an mil III^XXIX à vu du vespre, et, l'endemain à m heures du matin, ala en l'église Nostre-Dame, avec pluiseurs seigneurs et aultres. Et eulx entrez dedens ladite église, elle fut close jusques à ix heures, et adont ladite église ouverte, le roy fut sacrez et couronnez par monseigneur le archevé(iue de ladite ville et cité de Rains. Et, ce fait, les seigneurs, qui là estoient, lui firent hommage tel que il appertenoit à leurs seignouries et tenemens. Et adont list le roi un que ducs, que contes, et environ ii<= chevalliers.

Et après se parti de ladite ville, prenant chemin vers Paris. Et, en ceste voie, se rendirent à lui les villes qui s'ensièvent, c'est assavoir : Laon, Soissons, Compiègne, Casteau-Tieri, Senlis, Beauvais, Laingni et pluiseurs aultres forteresses et casteaux. Et fait à présupposer et extimer que se tondis euist procédé avant, tôst eust reconquesté tout son roiaulme, car les Engiès et autres ses adversaires estoient si esbahisel elféminez.

que à paines se osoient amonstrer ne defTendre la pluspart de eulx, sans espérance de éviter la mort, fors par fuir. Et le roi ainsi besongnant vint à Saint-Denys avec son armée, et lui, entré en Tabaye, fit célébrer les obsèques et service du roi Charle son père, vi« de ce nom.

Et, en tout ce voiage, la Pucelle ne avoit aultre intention, fors de elle et ses gens assaillir la ville et cité de Paris ; devant laquele elle fist plusieurs courses, avec les siens, et partout là entour. Et estoit courouchée que aultremcnt ne se faisoit; mais les cappitaines ne se accordèrent assallir ladite ville; ains, par aulcuns du conseil du roi, firent retraire leurs gens d'armes, dont il convint que ladite Pucelle se reslraiisl à Saint-Denis, où le roi se tenoit. Et m jours après, le roi créand aulcuns de son conseil, contre le gré de ladite Pucelle, s'en ala menant icclle avec lui, oullre la rivière de Loire. Et là se tint tout le yver, sans gaire bcsongnicr au fait de la guerre, dont ladite Pucelle estoit très mal contente, mais ne le povoit amender.

L'an mil llll* et XXX, tantost après Pasques, Philippe, duc de Bourgongue, et sire Jehan de Lucembourcq, conte de Lingni, avec plusieurs cappitaines d'Kngleterre, et aians grand puissance de gens d'armes, Englès, Bourguignons, Picars et Portugalais, s'en alèrent en France et conquestèrent aulcunes villes et forteresses, qui se estoient rendues au roi, au voiage de Paris, comme dessupz est dit; et tant que les dessudits, avec leur armée, vinrent devant Compiengne, et y mirent le siège, et se fortifièrent de bolvers et bastilles pour les afTamer. Et avoit ledit duc de Bourgongne grand nombre de Portingalois avec lui à cause que il avoit espousé la fille du roi de Portingal, dont les nocpces avoient été faites au mois de janvier précèdent, en la ville de Bruges; èsquels on flst pluiseurs esbatement de joustes, tournois et aultres noblesses sumpteuses...

[Ici le chroniqueur raconte les prodigalités du duc à ses noces ] Leduc de Bourgongue dont, avec ses allez et armée, estant fortifiez devant ledite ville de Ck)rapiengne pour icelle affamer, et aulcun bon cappitaine, de nom Guillaume de Flavi, estant dedens et bien deffendant icelle avec le ayde des manans et habitans, le roi, i)ar aulcun de son conseil, envoia en leur ayde Jehenne la Pucelle avec n^ hommes Ylaliens, Et ladite Pucelle, venue en ladite ville, et, aulcun jour, issue pour grever leurs anemis, avec ceulx de la ville et lesdits Ytaliens, après longe escarmuce par eulx faite, et cuidans rentrer en icelle, furent si opprimez et constrains de leurs adversaires, que ladite Pucelle fut retenue prisonnière et livrée en la main de messire Jehan de Lucembourcq, lequel envoia ladite Pucelle ou castiel de Biaulieu, commandant icelle emprisonner en une tour. Et après la prise de ladite Pucelle, le duc de Bourgongne, pour aulcuns ses affaires de Braibant et de Liège, se parti dudit siège, laissant ses gens illec; lesquelz y furent, avec le aultre armée, que la Toussaint approchoit.

[Ici le chroniqueur raconte la délivrance de Compiègne et puis reprend l'histoire de Jeanne.]

Ce siège durant, Jehenne la Pucelle estoit enfermée et tenue prisonnnière en une tour ou castiel de Biaulieu, de laquelle elle cuidante escaper, sailli de haut embas : dont telement fut bléciée que aler ne s'en peut, et fut reprise et menée à Biaurewart, où elle fut prisonnière tant que ledit siège fut deffait ; et adont messire Jehan de Lucenibourgle délivra aux Englès, lesquels le menèrent à Bouen, où longemenl fut tenue prisonnière. Et depuis dirent et affermèrent pluiseurs que, par le envie des capitaines de France, avec la faveur que aulcuns du conseil du roi avoient à Philippe, duc de Bourgongne et audit messire Jehan de Lucembourcq, on trouva couleur de faire morir ladite Pucelle par feu, en ladite ville de Bouen, non trouvant en elle aultre cause ne culpe, fors que elle avoit esté, durans toutes les dessupzdiles conquesles, en habit dissimulé.

(Becueil des Chroniques de Flandre, 111, p. 405-417.)

PROCÈS DE LA PUCELLR (Histoire de Charles VII, liv. !ï, ch. xv et xvi, p. 8<).

Mirabanluroinnos ferme quod ad intorrogationes de lidei capitulis, etlam doclis el liUeratis viris salis difliciles, lalis msUcana juvencula tam prudenler et caute responden*L. El quuni assessoruin, qui acrius et fervenlius Anglorum querela? faulores alque defensoros exsislebant, Iota ad hoc versaretur intentio, ut callidis etcaptiosis interrogalionibus capta, criminis ha»reseos adjudicaretur rea, et per hoc de medio lollerelur, nihil lameii validum aul efficax ad hoc ox ipsius dictis aut assertionibus extrahere potuerunl.

Fuf'ratonim rev(»ra, ut ab his qui ojus convei'salionein el mores cognoveranl leslabatur, priusquam ad rogem accossisset, ac etiam poslquam inter armatonim cohorles observata fuit, multum devola, quoties poteral, ecclesias et oratoria frequentans. Tbi autom dum rure pascendo pecori insistorel, si audiret campanœ sonum pro elevalione divini Corporis el Sanguinis vel pro saiulalione Beala^ Maria», cum magiio devolionis n*rvore solita oral genu (leclcre et Deum exorare. Sed el Deo suam vovisse virginitalem afiirmabat: de cujus violatione, liceldiu inler armatorum grèges el impudicorum ac moribus perdilissimorum virorum fuissel conversata, numquam tamen aliquam infamiam perluiit. Quinimo, cum per muHeres experlas, eliam inler Anglorum existons manus, super sua inlegritale examinala inspcclaque fuissel, non aliud de ea experiri potuerunl nec inferre, nisi quod intemerala virginalia claustra servaret. Excusabat ipsa viriiis vestis habilum atque tegumenlum, pra'ceptum de assumendo et utendoeo , alque armis divinitus sibi factum asserens, ne viros, inler quos diu noctuque in expei ditionibus bellicis obversari haberet, ad iliicitam sui alliceretconcupisoentiani, si amiclum inuliebrem portasset; quod vix profecto inhiberi potuissel.

Sed certe, cujuscuniciuc in ea seu simulacrum seu spécimen virtutis ehicere potuissel, vix eral ut. apud quos tenebatur, se potuissel justificare, cum nihil ferventiusaul propensius quam ipsam perditum iri et exslingui afîectarent. Una enim omnium Anglorum sententia voxque communis erat se nunquam posse cum Francis feliciler dimicare, aiit de cis reportare victoriam, quamdiu illa Puella, quam sortilegani ac malelicam difîamabant, vilam ageret in humanis. Atqui quomodo innocentia secura evadere, quidve prodesse, inler lot acerbissimorum inimicorum et calumnialorum manus posset, quales eidem Puelko ipsi Anglici crant, atque alii permulti, qui animosius eorum partes defendebant et judicio assidebant, qui eam loto annisu, quacumquo Nia, perditum iri cupiebant?

Quum autem super iis, quas afiirmabat Sanctarum Virginum apparitiones fadas, in una eademque confessione perseveranter maneret, diuque et multoties ileratis examinationibus fatigata, sirniil etiam squalore et inedia diutini carceris macerala «M confecla fuisset (in quo quidem ab Anglicis militibus, tam intus carcerem, quam a foris juxta ostium jugiter excubantibus, asservabatur), ferunt, judicibus sibi, si id facerel, impunitatem liberalionemque pollicentibus, aliquando eam abnegasse se habuisse veras hujusmodi apparitiones aut divinas revelationes ; ad hoc tamen inductam ut, coram assidentibus in judicio, ea ulterius se dicturam asserturamve abjurarel. Quœl cum ita factum fuisset, nec minus propter hoc a duritia et asperitate carceris laxaretur, aliquot post decursis diebus, vulgatum exstitit eam dixisse se propterea fuisse correptam quod hujusmodi apparitiones el revelationes se abnegassel habuisse, denuoque Sanctas easdem sibi in carcere apparuisse, qua.» de hoc ipsam dire increparanl.

(juum aulem ad judices ea res perlai a fuisset, ipsa ilerum ad judicium publice exhibila, tanquam in abjuratam ha^resim relapsa, judicala exstitit el relicla ul lahs

brachio sœcularis potestaiis. Quam illico rapientes exsecntores totaque Anglorum manus, qui in magno aumero cum rege suo Henricotum erantRothomagi, spectante innumera pœne populorum muliitudino tam de civitale ipsa quam de agris et vicinis oppidis (nam plurimi velut ad speclaculum publicnm propterea ad eamdem urbem confluxerant), ipsa Johanna, Deum semper invocans auxiliatorem et gloriosam Domini nostri Jesu Christi Genilricem, igné consumpta exlilit.

Collecti etiam fuerunt universi cineres, quos illic ignis tam de lignis quam de ipsis corpore et ossibus reliquerat, et de ponte in Soquanam projecii, ne quid reliquiarum ejusdem aliqua forsan posset superstitione tolli et servari. Et talis quidem fmis hujus transitorioî vita; Johanna} fuit.

Exspectabit forte hujus historié lector nostrum de hujus Puella} gestis judicium, de qua per omnem Galliam ea lempestate celeberrima fama fuit. Nos vero audenter dicimus et aflirmamus quod, ex processu facto contra eam (quem ipsi vidimus postquam, ejectis Anglis, Normannia sub Caroli ditionem, velut postliminio, redierat) non suflicienter constat ipsam de alicujus erronei dogmatis, contra veritatem doclrinac calholicaî, asserlione convictam vel in jure confessam; ac per hoc hœresis atque relapsus satis manifeste defuisse fundamentum. Quanquam etiam, pra3terhoc, polerat processus hujusmodi ex multis capitibusargui vitiosus, coram capitalibus inimicis sœpe per eam recusatis, denegato sibi etiam omni consilio^quœ simplexpuellaeratjactus et habitus: quemadraodum ex libello quem desuper, ab eodem Carolo expelito a nobis consilio, edidlmus, si ei ad cujus vcnerit manus eum légère vacaverit, lalius poterit apparere. Pulsis enim de Nonnannia Anglicis, idem Carolus par plures regni sui prœlatos et divini atque humani juris doctos homines, diligenter processum pra^dictum examinari et discuti fecit ; ei de ea materia plures ad eum libelles conscripserunt. Quibus, coram certis a sede apostolica ad cognoscendum et judicandum de hujusmodi materia judicibus delegatis, exhibilis et mature perspectis, per eosdem judices in sententiam, quam diximusy exstitil condescensum.et sentcntia, contra eam data sub Anglorum imperio, cassata et revocata.

Mirabitur forsan aliquis, si a Deo missa erat, quomodo sic capi et suppliciis affiei potuerit ; sed nuUus admirari ration abili ter poterit, qui sine ulla hœsitatione crédit sanctum sanctorum Dominum et Salvatorem nostrum, sanctos prophetas et apostolos a Deo missos ob doctrinam salutis et fidei Deique voluntatem hominibus insinuandum et evangelizandum, variis cruciatibus et suppliciis afTectos, triumphali martyrio hanc vitam fîniisse mortalem ; quum etiam legamus in veteri Teslamento populum Israeliticum, a Deo jussum Ghananaîorum gentes exterminare et contra suos hostes et idolâtras pugnare, tam propter sua peccata aut alicujus etiam ex eis, aliquando prœvalentibus eis hostibus, cecidisse et corruisse. Quis enim novit sensum Domini, aut quis consiliarius ejus fuit? Non tamen ita hœc dicimus, quod eamdem Johannam, modo quem diximus ex hac misera vita prœreptam, apostolorum aut sanctorum martyrum velimus meritis coœquare ; sed quod minime repugnantia aut inter se incompatibilia repulamus, et quod a Deo, ad subveniendum regno et genti Francorum adversus hostes suos Anglicos, qui tune regnum ipsum gravissime opprimebant, ad ipsorum Francorum Anglorumque conterendam superbiam, et ut ne quis «ponat carnem brachium suum, » sed non in Deo, sed in se ipso solo de suisque viribusglorietur, dicta Johanna a Deo missa fuerit; et nihilominus quod eam Deus, vel ob régis vel gentis Francorum démérita, utpote quod tantorum beneticiorum, quanta Deus per eam ipsis mirabiliter conlulerat, ingrati, non proinde débitas egerint gratias divinitati, aut victorias eis concessas non gratiae Dei, sed suis meritis aut viribus attribuerint (quœ mérita profecto nulla nisi mala tune erant, quum mores corruptissimi essent, seu alia causa aliqua, justa quidem, quoniam non est apud Deum iniquitas, licet a nobis minime cognita), ab hostibus capi et supplicie sic eam afQci permiserit, gratiam quam gratis nec merentibus dederat, ab indignis ac ingratis subtrahendo. Sœpe enim quod divina pietas dédit gratis, tulit ingratis. Quod autem per fœminas interdum cum armis, interdum

sine armis, suis subvenlionem el victoriarum solatia de hostibus Deus coniulerit, testes sunt historiœ de Debbora, Judith et Esther, quœ canoni divinarum Scripturanim inseruntur.

(Extrait de divers manuscrits.)

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