Elle fera tant que
Escript le inardy de la ^ grant sepmaine : entendez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle.
Au duc de Bethford qui se dit régent le royaulme de France pour le roy d'Angleterre.
En la ville d'Orléans vint la Pucelle le pénultième jour davril l'an mil IIIIXXIX et tantost sceust que de ses lettres et de tout le contenu, les chiefs du siège ne tindrent compte; mais tindrent et réputèrent tous ses fais et deceulx qui créance y adjoutaicnt héréses en la saincte foy, dont firent les héraulx prendre et en feu les vouldrent ardoir; laquelle prinse venue à la congnoissance du bastart d'Orléans, qui adonc fut à Orléans, manda aux Anglois, par son hérault que les héraulx lui renvoiassenl, en leur faisant savoir que se mourir les faisoient, que d'une lelle mort feroit mourir leurs héraulx, qui pour faist des prisonniers estoient à Orléans ou il les fiz empescher, et tous prisonniers Anglois qui lors estoient en bien grant nombre; et tantost furent les héraulx rendus.
PuissA>'CE VENUE A Orléans. — Le mardi ni" jour de may vindrent à Orléans les garnisons de Montargis, Gien, Chasteauregnart du pays de Gastinois, de Chasteaudun avec grand nombre de gens de pié garnis de traits et de guisarmes. Si vindrent le soir nouvelles que par la Beausse venoient de Blois le mareschal de Sainte-Sévère et le sire de Raiz qui les vivres et l'artillerie amenoient, et doubta len que audevant deussent aller Anglois. Pourquoy le mercredi matin, veille de l'Ascension nu^ jour de may rail llIIXlX, très bien malin, se partirent d'Orléans le bastard et la Pucelle armée à grant compaignie de gens d'armes et de trait, et estendart déploie, allèrent au devant des vivres qu'ilz rançon Irèrent, et par devant les Anglois qui de leurs bastides n'osèrent yssir passèrent, et dedans Orléans entrèrent environ prime.
Prinse de la Bastide de Saint-Lou. — DOrléans yssirent ledit jour environ heure de midi aucuns des nobles avec grand nombre de gens de trait et de commun, qui fier et merveilleux assault livrèrent contre Anglois qui la bastide Saint-Lou tenoient : laquelle fut moult défensable et fortiffiée, et grandement garnie avoit esté par le sire de Talbort tant de gens, de vivres, comme dabillements. En cellui assault furent moult grevez François, et le dit assault durant, y vint hastivement la Pucelle armée à estandart déploie, dont enforça Tassault de plus en plus. Depuis la venue de laquelle ne fut Anglois qui François peust illec blécier; mais sur eux conquirent François la bastide, et ou clocher de l'église se retrairent Anglois et là recommencièrent François lassault et longuement dura. Pendant lequel fist Talbort yssir Anglois à puissance des autres bastides pour ses gens secourir; mais à celle heure estoient yssis d'Orléans les chiefs de guerre avec toute leur puissance, qui aux champs se misent en batailles ordonnées entre la bastide assaillie et les autres bastides anglesches, attendans illec Anglois pour les combattre ; mais audedans de leurs bastides fit le sire de Talbort Anglois retraire, délaissant en abandon les Anglois de la bastide Saint-Lou, qui par puissance furent conquis environ vespre ; dont fut l'occision nombrée à vin" hommes, et arse fut et démolie la bastide en laquelle François conquisrent très grant quantité de vivres et d'autres biens, et atant rentrèrent à Orléans la Pucelle avec les grans seigneurs et leur puissance, dont par toutes les églises à celle heure furent rendues à Dieu grâces et louanges en hymnes et oroisons dévotes, à son de cloches, que bien ouyrent Anglois, qui de puissance par ceste perte et de courage furent fort abessiés.
Désirant fut la Pucelle Anglois faire partir du siège ; pour ce requist les chiefs de guerre que à toute puissance yssissent le jour de l'Ascension pour assaillir la bastidci Saint-Laurent où furent touz les plus grands chiefs de guerre et le plus de la puissance des Anglois, et quelconque doubte ne feist que tantost ne les deust conquerre, ançois se tenoit seure de les avoir et disoit ouvertement que Icure estoit venue; mais dyssir