LA SUITE DE L'HISTOIRE DE LA PUCELLE JUSQU'A SON SUPPLICE
Sommaire : I. — La faveur dont le duc d'Alençon jouissait auprès de la Pucelle. — Il demande en vain de Tamener à la conquête de la Normandie. -^ Combien il fut peu sensé d'arrêter les conquêtes de la Pucelle. — Ses incroyables exploits, ce qu'elle a fait en quatre mois. — Inaction du roi. — 11 retient la Pucelle auprès de lui. — Tristesse de l'héroïne. — Conquête de quelques places. — Échec devant La Charité. — Les causes.
U. — La Pucelle mécontente quitte le roi sans prendre congé de la cour. — Son arrivée à Lagny. — Elle taille en pièces une compagnie d'ennemis. — Effroi dans Paris. — Les villes dans lesquelles elle séjourne. — Le siège de Compiègne. — La Pucelle se jette dans la ville, le 24 mai. — Engagement, embuscade : comment elle est prise.
ill. — Prison de la Pucelle. — Elle est vendue aux Anglais. — Ce qu'elle dit des villes qu'elle a rendues au roi. — Prisonnière à Rouen. — Combien les Anglais désirent la trouver coupable. — Leurs incriminations. — La sentence et l'exécution.
ï V . — Toute-puissance de La Trémoille. — Comment et par qui il est renversé. —
Inaction du roi à partir de Saint-Denis et surtout du supplice de la Pucelle. — Elle
seule a fait les conquêtes. — Ce que, par pusillanimité, il sacrifie au traité d'Arras.
— Le roi et les princes du sang étant inactifs, la défense revient à de simples
chevaliers.
Comme le duc d*Alençon se partit di] roy. — Le duc d'Alençon avait toujours été en la compagnie de la Pucelle : c'était lui qui l'avait toujours conduite sur le chemin du couronnement du roi à Reims, et de Reims. III. 13
jusqu'à Paris. Quand le roi fut arrivé à Gien, ledit d'Âlençon s'en alla vers sa femme en sa vicomte de Beaumont, et les autres capitaines chacun en sa frontière; la Pucelle resta près du roi, très ennuyée de pareil DÉPART, et surtout de celui du duc d*Alençon qu'elle aimait très fort, faisant pour lui ce qu'elle n'eût pas fait pour un autre.
Peu de temps après, ledit d'Alençon assembla des gens pour entrer au pays de Normandie, vers les marches de Bretagne et du Maine. A cette fin il requit et fit requérir le roi pour qu'il lui plût de lui envoyer la Pucelle, et que, par son moyen, plusieurs se mettraient en sa compagnie qui ne bougeraient pas, si elle ne se mettait pas elle-même en campagne. Messire Regnault de Chartres, le seigneur de La Trémoille, le sire de Gaucourt, qui gouvernaient alors la personne du roi et le fait de sa guerre, ne voulurent jamais y consentir; ils ne voulurent ni faire, ni consentir que la Pucelle et le duc d'Alençon fussent ensemble ; et il ne put depuis la recouvrer.
Comme le roy demoura a [cessa de) parsuivre la guerre. — Quand le roi fut arrivé audit lieu de Gien, lui et ceux qui le gouvernaient firent semblant de penser que c'était assez du voyage qu'il avait fait ; et de longtemps après, le roi n'entreprit sur ses ennemis aucun dessein où il voulût être en personne. On pourrait bien dire que c'était par fol conseil*, si lui et eux eussent voulu considérer la très grande grâce que Dieu lui avait faite, et avait faite à son royaume, par l'entreprise de la Pucelle, messagère de Dieu sur ce point, comme on pouvait le reconnaître par ses faits.
Elle fit des choses incroyables à ceux qui ne les avaient pas vues, et Ton peut dire qu'elle en aurait fait encore, si le roi et ses conseillers se fussent bien conduits et bien maintenus envers elle. C'est en tout point manifeste, car en moins de quatre mois, elle délivra et mit en l'obéissance du roi sept cités, à savoir Orléans, Troyes-en-Champagne, Châlons, Reims, Laon, Soissons et Senlis, et plusieurs villes et châteaux; elle gagna la bataille de Patay ; par son moyen le roi fut sacré et couronné à Reims, et tous, chevaliers, écuyers et autres gens de guerre, furent très bien contents de servir le roi en sa compagnie, encore qu'ils fussent petitement soldés.
A la suite de ce qui vient d'être rapporté, le roi passa son temps aux pays de Touraine, de Poitou et de Berry. La Pucelle fut la plupart du
1. Et depuis de long-tems aprèSy le roy n'entreprint nulle chose à faire sur ses ennemys où il vousist estre en personne. On powroit bien dire que ce estait par son conseU, se lui et eulx eussent voulu regarder la très grant grâce que Dieu avait faite à lui et à son royaulme par l'entreprise de la Pucelle^ message de Dieu en ceste partie^ comme par ses faiz povoit estre aperceu, — Quicherat propose de lire « fol conseil », au lieu de son conseil^ ce qui semble fondé.
temps auprès de lui, très marrie de ce qu'il n'entreprenait pas de conquérir de ses places sur ses ennemis.
Le roi étant en sa ville de Bourges, elle prit quelques capitaines et conquit trois ou quatre places sur la rivière de la Loire, dans les environs de la ville de La Charité, qui était tenue par les Bourguignons. Après ces succès, le maréchal de Boussac et d'autres capitaines se joignirent à elle, et bientôt après elle mit le siège devant ledit lieu de La Charité. Elle y resta un certain espace de temps, mais parce que le roi n'en vint pas ' à lui envoyer des vivres et de l'argent, pour entretenir sa compagnie, elle dut lever son siège et se retirer à sa grande déplaisance.
L'alinéa qui suit est une interpolation^ comme l'observe justement Quicherat. Non seulement il fait double emploi avec ce qui suit^ mais il place à la fin d'avril un départ qu'immédiatement après il place à la fin de mars.
En Tan MCCCCXXX, vers la fin du mois d'avril, la Pucelle, très mécontente des gens du conseil du roi sur le fait de la guerre, partit d'auprès du roi, et s'en alla en la ville de Compiègne, sur la rivière de l'Oise.
Comme la Plcelle se partit du roy. — En l'an MCCCCXXX (v. st.) le
jour de mars, le roi étant en la ville de Sully sur-Loire, la Pucelle
qui, pour l'avoir vu et entendu, savait tout le fait, et la manière que le roi et son conseil tenaient pour le recouvrement du royaume, et en était TRÈS MAL CONTEXTE, trouva moycu de se retirer d'auprès d'eux. Sans que le roi le sût et sans prendre congé de lui, elle fit semblant d'aller se récréer*, et, au lieu de retourner, elle alla à la ville de Lagny-sur-Marne, parce que ceux de la place faisaient bonne guerre aux Anglais de Paris et d^ailleurs.
Elle n'y fut guère sans que les Anglais se réunissent pour faire une course devant ladite place. Elle sut leur venue, fit monter ses gens h cheval, et alla à leur rencontre malgré leur nombre supérieur, entre la
dite place et , elle ordonna à ses gens de se jeter sur leurs rangs ; ils
trouvèrent peu de résistance, et de trois à quatre cents Anglais restèrent sur le terrain. La venue de la Pucelle fit grande rumeur et grand bruit a Paris, et dans d'autres places opposées au roi. Après cet exploit, la
1. « Pour ce que le roy ne fîst finance de lui envoyer vivres ne argent pour entretenir sa compaignie. »
2. « Sans le sceu du roy, ne prendre congé de lui, elle fist semblant d'aller en aucun esbat. »
Pucelle passa le reste de son temps jusqu'au mois de mai, à Senlis, à Crépy-en- Valois, à Compiègne et à Soissons.
Gomme elle vint a Compiègne, et la fut prise. — En l'an MCCCCXXX, le XXIV* jour dudit mois de mai, la Pucelle informée à Crépy oîi elle était, que le duc de Bourgogne avec grand nombre de gens d'armes et d'autres, et le comte d'Arondel, étaient venus assiéger Compiègne, partit de Crépy sur le minuit, à latAte de trois à quatre cents combattants. Comme on lui observait qu'elle avait peu de gens pour passer au milieu de l'armée des Bourguignons et des Anglais, elle répondit : « Par mon Martin^ nous sommes assez ^ f irai voir mes bons amis de Compiègne ». Elle arriva vers le soleil levant ; et sans perte ni empêchement, soit pour elle, soit pour ses gens, elle entra dans la cité. Ce môme jour les Bourguignons et les Anglais vinrent à l'escarmouche, en la prairie, devant la ville. Il fut fait de grands faits d'armes d'un côté et de l'autre.
Les Bourguignons et les Anglais, sachant que la Pucelle était dans la ville, pensèrent bien que ceux de dedans sailliraient à grand effort, et pour cela les Bourguignons mirent une grosse troupe de leurs gens en embuscade derrière une grande montagne voisine, appelée le Mont de Clairoy. Sur les neuf heures du matin, la Pucelle apprit que l'escarmouche était forte et grande en la prairie devant la ville. Elle s'arma, fit armer ses gens, les fit monter à cheval, et vint se jeter dans la mêlée. Aussitôt après sa venue les ennemis reculèrent et furent mis en chasse. La Pucelle chargea fort du côté des Bourguignons. Ceux qui étaient en embuscade, voyant leurs gens revenir en grand désarroi, sortirent du lieu où ils étaient cachés, et à coups d'éperons vinrent se mettre entre le pont de la ville, la Pucelle et sa compagnie. Une partie d'entre eux tournèrent droit à la Pucelle ; ils étaient si nombreux que ceux de sa compagnie ne purent en réalité soutenir Tattaque, et dirent à la Pucelle : « Songez à rentrer dans la ville, ou, vous et nous, sommes perdus ! »
La prinse de la Plcelle. — Quand la Pucelle les eut ouï ainsi parler, elle leur dit très marrie : « Taisez-vous, il ne tiendra quà vous qu ils soient drconfils. Ne pensez quà frapper sur eux, » Pour chose qu'elle dit, ses gens ne voulurent point la croire, et de force la firent retourner vers le ponl. Quand les Bourguignons et les Anglais virent qu'elle revenait sur ses pas pour regagner la ville, ils se postèrent en grand nombre au bout du pont. Là se firent de grandes armes {f/rands exploits). Le capitaine de la place, voyant la grande multitude d'Anglais et de Bourguignons prêts à entrer sur son pont, dans la crainte de perdre la place à lui confiée, fit lever le pont de la ville et fermer la porte. La Pucelle demeura ainsi fermée dehors, n'ayant que peu de gens avec elle.
Quand les ennemis la virent en cet étal, tous s'efl'orcèrent de la pren-
LA CHRONIQUE DE PERCEVAL DE CAGNY. i97
dre; elle résista très fort contre eux, et en la parfin elle fut prise par cinq ou six ensemble, les uns mettant la main sur elle, les autres sur son cheval, chacun d'eux disant : « Rendez-vous à moi, et baillez la foi ! » Elle répondit : « f ai juré et baillé ma foi à autre qu'à vous^ et je lin tiendrai mon serment » ; et en disant ces mots, elle fut menée au logis de Messire Jean de Luxembourg.
Comme la Plxélle fut mise en prison. — Messire Jean de Luxemboui^ la fit garder en son logis trois ou quatre jours, et après cela, tandis qu'il restait au siège devant la ville, il fit mener la Pucelle en un château nommé Beaulieu, en Vermandois. Elle y fut détenue prisonnière l'espace de quatre mois ou environ ^ Ensuite ledit de Luxembourg, par l'entremise de l'évêque de Thérouanne, son frère, chancelier de France pour le roi anglais, la livra, pour le prix de quinze ou seize mille saints, comptés au même Luxembourg, au duc de Bedford, lieutenant en France du roi d'Angleterre, son neveu. La Pucelle fut ainsi mise entre les mains des Anglais, et menée au château de Rouen, où ledit Bedford faisait pour lors sa demeure.
Comme elle était en prison au château de Beaulieu, celui qui avait été
son maître d'hôtel avant sa prise, et qui la servit en prison, lui dit un
jour : « Cette pauvre ville de Compiègne que vous avez tant aimée, sera
cette fois remise es mains et en la subjection des ennemis de France », et
elle lui répondit : « Non sera, car toutes les places que le roi du Ciel a
RÉDDITES ET REMISES EN LA MAIN ET OBÉISSANCE DU GENTIL ROI ChaRLÉS, PAR MON MOTEX, NE SERONT POINT REPRISES PAR SES ENNEMIS EN TANT Qu'lL FERA DILIGENCE DE LES GARDER. »
Comme LA Pucelle FUT JUGÉE A MORT EN l'an MCCCCXXXI, le xxiv'' jour du ^oiSDEMAY*. — Le duc de Bedford, l'évêque de Thérouanne et plusieurs autres du conseil du roi d'Angleterre, avaient vu et connu les très grandes merveilles advenues à l'honneur et au profit du roi, par l'arrivée et les entreprises de la Pucelle. — Ainsi que je l'ai déclaré ci-dessus, ses Paroles et ses faits semblaient miraculeux à tous ceux qui avaient été en sa compagnie. — Donc Bedford et les dessus nommés la tinrent en leurs
*• U chroniqueur comprend sans doute dans ces quatre mois la captivité au chà- 'wu de Beaurevoir, dont il ne parle pas.
*-Perceval de Cagny vivait loin du drame de Rouen, qu'on prit tant de soin de ûénaïufgj. — Le 24 mai eut lieu au cimetière de Saint-Ouen la scène de la prétendue "^jûfalion. Ce fut le 30 mai que la sentence fut intimée à la Martyre, et qu'elle fut eiecuiée. Toute la phrase du chroniqueur, fort longue, est embrouillée et peu fran- Ç*'8€. Le manuscrit primitif doit être mal reproduit.
prisons à Rouen. Très envieux de sa vie et de son état, ils la questionnèrent et la firent questionner de toutes les manières qu'ils purent et surent, désirant de tout leur pouvoir savoir trouver en elle et sur elle quelque semblant d'hérésie, soit en ce qu'elle se disait messagère de Dieu, soit en ce qu'elle se tenait en habit désordonné, vêtue en homme, chevauchait armée, et par paroles et par faits se mêlait de tous les faits d'armes que le connétable et les maréchaux pourraient et devraient faire en temps de guerre. Sur ces cas ils la prêchèrent, et en présence de plusieurs évêques, abbés et autres clercs, ils firent lire plusieurs articles contre elle ; en la parfin ils émirent leurs avis, et par eux elle fut jugée, et condamnée à être brûlée.
Quand la Pucelle fut arse. — On devine que pour une exécution de si grand cas, les gens de la justice du roi d'Angleterre à Rouen firent préparer un lieu convenable, et ordonnèrent tous les apprêts de justice, pour que cette exécution put être vue de très grand peuple. Ledit xxiv* jour de mai, environ l'heure de midi, la Pucelle fut amenée, le visage enveloppé, du château au lieu où le feu était prêt. Certaines choses furent lues en ladite place, et après, elle fut liée au poteau et brûlée. Ainsi l'ont rapporté ceux qui disaient Tavoir vu*.
Perceval de Cagny a continué sa Chronique jusqu'en 1438. 11 peut être utile pour l'histoire de la Pucelle de recueillir les passages suivants :
« En l'an MCCCCXXXlll, le iv du mois de juin, le sire de LaTrémoille qui avoit, seul et pour le tout, le gouvernement du corps du roy,de toutes ses finances, et des forteresses de son domaine estant en son obéissance, fut pris par nuictau chastel de Chinon, le roi logé dedans. Fit cette prise le sire de Bueil ; à ce que l'on dit par l'ordonnance de la reine de Sicile et de (Charles d'Anjou, son fils, à l'aide du sire de Gaucourt et d'autres. »
A propos du traité d'Arras, Cagny a encore un mot sur la Pucelle. La Pucelle prédisait ce traité lorsque le 17 mars elle répondait aux accusateurs de Rouen : « Vous verrez que les Français gagneront bientôt une grande besogne ^ que Dieu enverra aux Français; et tant quil branlera presque tout le royaiune ». Le retour du duc de Bourgogne au parti français produisit en effet un ébranlement dans tout le royaume. Les Anglais perdirent leur grand appui ; mais le tout-puissant duc mit à sa réconciliation des conditions fort onéreuses et très humiliantes pour
1. Ces derniers mois sont une protestation contre la fausse pucelle, qui faisait parler d'elle au moment où de Cagny écrivait.
le roi. Elles indignent le vieux serviteur des d'Alençon. Il écrit à cette occasion :
« Depuis que le roy s'en vint de la ville de Sainct-Denys, il montra si petit vouloir de se mettre sur {en campagne) pour conquérir son royaume, que tous ses chevaliers et escuyers et les bonnes villes de son obéissance s'en donnoient très grande merveille. Il sembloit à la plupart que ses plus proches conseillers étoient fort de son vouloir, et qu'il leur suffisoit de passer le tems et de vivre, surtout depuis la prise de la Pucelle, par laquelle le roy avoit reçu et acquis de très grands honneurs, et les biens cy-dessus déclarés, et cela uniquement par son moyen et ses bonnes entreprises. Le roy et ses conseillers, depuis ladite prise, se trouvèrent plus abaissés de bon vouloir que par avant ; si bien que pour que le roy put vivre et demeurer en son royaume, et s'y trouver en paix, aucun d'eux ne sut imaginer d'autre moyen que de pouvoir faire des appointemens avec le roy d'Angleterre et le duc de Bourgogne. Le roy montra bien qu'il en avoit très grand vouloir, puisque il aima mieux donner très largement des héritages de la couronne et de ses meubles, que de s'armer et soutenir le faix de la guerre. »
Il écrit encore à la même date : « Comme on peut le voir par ce qui est écrit cy-dessus, le roy et les prochains de son conseil n'avaient pas grande volonté de s'armer et de faire la guerre de leur personne. Pour cela les seigneurs du sang du roy par deçà la Seine, les ducs d'Alençon et de Bourbon, et Messire Charles d'Anjou, s'en sont passés aisément. Ils ont entièrement laissé démener la guerre au comte de Richemont, connétable de France, et à de simples capitaines de grand courage et bon vouloir, nommés LaHire et Potonde Xaintrailles et autres, quigrandement à leur pouvoir ont soutenu le faix et la guerre du roy. »
£n interrompant la mission de la Pucelle, le roi et ses conseillers ont attiré sur la France vingt ans de guerre, les humiliations du traité d'Arras avec ses suites, la période dite des « Écorcheurs », et empêché des faveurs qu'elle promettait.
REMARQUES CRITIQUES
C'est près de trente ans après la publication de son grand ouvrage, que J, Quicherat édita la relation qui va suivre, d'abord dans la Revue hisiarique française^ et ensuite dans une plaquette tirée à soixante exemplaires. Voici comment le célèbre éruditnous fait connaître le document qu'il a tiré de la poussière des archives.
« C'est un extrait, fait au xvi* siècle, de l'un des registres depuis longtemps détruits de l'hôtel de ville de La Rochelle. Le manuscrit existe à la bibliothèque publique de La Rochelle. Il forme un cahier qui s'annonce sous ce titre : « Extrait de la matricule des maires^ échevins de la ville de La Rochelle, contenue au livre Noir estant en parchemin^ dans lequel sont insérez les choses qui sont survenues de remarque et dignes de mémoire en chascune mairie, commençant en l'an mil cent quatre-vingtdix-neuf, maire Robert de Monttniral ».
Le texte fut soigneusement copié pour Quicherat par Tarchiviste du département, M. de Richemont.
C'est une relation des gestes de la Pucelle, jusqu'à l'attaque contre Paris inclusivement, avec une mention en quelques lignes de la prise de la Pucelle, de sa captivité et de son inique supplice.
Il n'y a pas de doute possible, dit Quicherat, que la relation n'ait été faite par le greffier de l'hôtel de ville, durant le temps si court où Jeanne d'Arc était sur la scène, non pas au jour le jour, mais apparemment après la tentative infructueuse contre Paris. On aura ajouté plus tard le paragraphe sur la fin de l'héroïne.
La Rochelle fut une des villes les plus fidèles au parti national. Rien de plus émouvant que sa résistance au traité de Brétigny qui )a livrait à l'Angleterre. Le passage du chroniqueur Froissard a été cité dans le précédent volume ^ Charles VII encore dauphin y convoqua une assemblée des notables, où l'accident d'un plancher qui s'écroula sous le poids des assistants faillit le faire périr. La Rochelle envoya des secours pécu-
\ . La Paysanne et VlnspiréCy p. 254.