L.\ PUCELLE JUSQU'A SON ENTRÉE A ORLÉANS
Sommaire : l. — Arrivée de la Pucelle. — Son âge, son pays, son costume. — Vains efforts pour la tromper sur la personne du roi. — Explications qu'elle donne sur son passé.
H. — L*examen auquel elle est soumise ne révèle rien que de favorable. — Son amour de la confession et de la communion, son incroyable abstinence. — Elle émerveille les docteurs de Poitiers. — Gardée auprès de la dame Rabateau. — Détails sur Tépée de Fierbois. — Armée, elle excelle dans les exercices de la guerre, et spécialement le maniement du cheval. — L'écu de son étendard. — Sa lettre aux Anglais. — Sa sainte vie. — Son zèle à faire confesser la cour.
L'an de grâce mil quatre cent vingt et neuf fut maire de la La Rochelle honorable homme, sire Hugues Guibert.
Item, — Le xxxiii® jour dudit mois de février', vient devers le roi notre seigneur, qui était à Chinon, une Pucelle de Tâge de seize à dix-sept ans, née à Vaucouleurs en la duché de Lorraine* laquelle avait nom Jeanne et était en habits d'homme, c'est à savoir : pourpoint noir, chausses attachées^, robe courte de gros gris noir, cheveux [coupés) ronds, et noirs, et un chapeau noir sur la tôte. Elle avait en sa compagnie quatre écuyers qui la conduisaient. Quand elle fut arrivé audit lieu de Chinon, où, comme il est dit, le roi était, elle demanda à lui parler. Et alors on lui montra Monsg' Charles de Bourbon, en feignant que c'était le roi ; mais elle dit aussitôt^ que ce n'était pas le roi, et qu'elle le connaîtrait bien, si elle le voyait, encore que jamais elle ne l'eût vu*. Après l'on fit venir un écuyer en feignant que c'était le roi; mais elle connut bien qu'il ne l'était pas; et bientôt après le roi sortit d'une
1. La Pucelle partit de Vaucouleurs le 23 février et n'arriva à Chinon que le 6 mars. Ni Vaucouleurs, ni Domrémy ne relevaient du duché de Lorraine, mais bien, ecclésiastiquement, de 1 evèché de Toul qui était comme le cœur des pays compris sous le nom de Lorraine. Le greffier aura confondu le diocèse et le duché. Ceux qui aujourd'hui disent évêque de tel département, ou curé de telle commune, commettent une faute encore plus inexcusable.