‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 89 sur 327 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Campagne de la loire.

Sommaire : I. — Le greffier affirme à tort que le roi se rendit à Orléans avec la Pucelle. — Siège de Jargeau. — SufTolk ne veut se rendre qu'à la Pucelle. — Nombre des défenseurs de Jargeau, d'après Suffolk. — Reddition de Baugency. — Les conditions.

II. — Victoire de Patay, les morts et les prisonniers. — Le nombre des combattants de Tannée française, d'après une lettre du roi. — Détails intéressants sur la manière dont on rendit grâces à Dieu à La Rochelle.

Iteni. — Après ces événements, la Pucelle s'en alla vers le roi pour le prendre et Tamener à Orléans. Elle demeura quelques jours avec lui, et quittant de nouveau Orléans *, elle ella mettre le siège devant Jargeau, où étaient le comte de Suffolk, le comte de la Poule, et d'autres seigneurs anglais, à grande puissance.

Aussitôt que la Pucelle fut devant Jargeau, le comte de Suffolk en sortit pour aller vers Mons^ le bâtard d'Orléans lui demander que l'on ne donnât pas l'assaut à la ville, et qu'il la rendrait ^ ; mais, ce nonobstant, la place fut assaillie par l'un des côtés sur l'ordre de la Pucelle, et fui promptement prise d'assaut le vendredi x* jour de juin {le immche 12) de l'an MCCCCXXIX.

Quant le comte de Suffolk vit que la ville était prise, et que Mons' d'Alençon qui y était ', et d'autres seigneurs voulaient le faire prisonnier, "dit qu'il ne se rendrait pas à eux, dût-il être mort; et il cria à haute ^Oix : « Je me rends à la Pucelle qui est la plus vaillante femme du monde, ^*îui doit tous nous subjuguer et mettre à confusion ». Et, de fait, il vint ■ ^ Pucelle et se rendit à elle ; et ledit comte de la Poule fut remis PJ'isonnier à mondit seigneur d'Alençon.

* • Le chroniqueur a Tair d'indiquer que le roi vint à Orléans, ce qui est une erreur. ^- Celait un piège. Il attendait du secours.

^* 11 avait le titre de généralissime, et à ce titre le comte de Suffolk fut remis entre ^<^* ïïïains.

A ladite prise mourut messire Alexandre de la Poule, et bien de cinq à six cents Anglais, et les autres furent faits prisonniers. Le comte de Suffolk, après qu'il se fut ainsi rendu, attesta et affirma par serment qu'il y avait dans Jargeau cinq cents chevaliers, écuyers et autres gens d'armes des meilleurs de toute l'Angleterre, et deux cents archers d'élite aussi, des meilleurs d'Angleterre.

Gela fait, la Pucelle et les seigneurs susnommés allèrent mettre le si^c devant Baugency où se trouvaient de quatre à cinq cents Anglais, qui remirent bientôt la place en la main du roi, et en sortirent^ à la condition de ne pas s'armer contre le roi jusqu'à un certain temps.

Aussitôt après que ladite reddition fut faite, ce qui fut le xvui« jour de juin, Talbot, Fastre {Fastolf)^ Hongrefort, Remston de Galles, d'autres capitaines et plusieurs Anglais qui étaient nouvellement arrivés sur la Loire, jusques au nombre d'environ trois cents combattants [trois mille et plus)^ quittèrent la place, et dans leur fuite furent poursuivis par nos gens, si bien que prisonniers ou morts il en resta sur place plus de deux mille six cents. Il n'échappa aucun des chefs anglais que tous ne fussent pris.

Nos gens étaient bien seize mille combattants et plus, ainsi que sur ces choses * le roi notredit seigneur l'écrivit à Mons' le maire et à Mess" de La Rochelle, gens d'église et autres.

Ces lettres reçues, M. le maire s'en alla incontinent en l'église Saint- Barthélémy [Saint- Ber tomme) de cette ville, où se rendirent le plus grand nombre de messieurs les bourgeois. Là il fut ordonné de faire promptement sonner les services par toutes les églises de la ville, que chacun s'assemblât en l'église de sa paroisse pour y remercier Notre Seigneur des nouvelles reçues, en chantant le Te Deum laudamus, et par d'autres prières et oraisons ; que ce même jour au soir feux nouveaux fussent faits par les carefours de la ville, et qu'il y eût le lendemain générale et dévote procession en l'église Notre-Dame de Losne. Il fut fait ainsi qu'il avait été ordonné; et aux petits enfants il fut donné à chacun une fouace % pour que devant ladite procession, ils criassent à haute [pleine) voix : NotH! Noël!

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