Ainsi que ces choses le roy nostredit S"" écrivit
3. Fouace, galette faite de fleur de farine cuite sous la cendre. (Lacurne.)
sa seigneurie, et qu'il était d'avis et leur conseillait de lui ouvrir et de lui faire obéissance, ainsi que raison était et qu'ils y étaient tenus. A quoi le bailli et ceux de la garnison opposèrent grande contradiction ; mais néanmoins tous ceux de la ville étaient d'accord avec leur évèque.
Pendant que Tévêque traitait avec le bailli et avec ceux de la garnison, un saint prud'homme, Cordelier, en qui tous ceux de la ville et du pays avaient grande foi et confiance, sortit de la ville pour aller voir la Pucelle. Sitôt qu'il la vit, et d'assez loin, il s'agenouilla devant elle; et quand la Pucelle le vit, elle s'agenouilla pareillement devant lui; ils se firent l'un à l'autre grand accueil et grande révérence, et parlèrent longtemps ensemble.
Quand ils se furent séparés, le Cordelier rentra dans la ville et prêcha très grandement au peuple, en le pressant de faire son devoir envers le roi, lui remontrant comment Dieu dirigeait son fait*, et lui avait baillé pour l'accompagner et le conduire à son sacre une sainte Pucelle, qui, comme il le croyait fermement, savait autant, et avait aussi grande puissance de savoir les secrets de Dieu que saint qui fût en paradis,
après saint Jean l'Evangéliste; que, si elle voulait, elle avait assez de puissance pour faire entrer tous les gens d'armes du roi en la ville pardessus les murs, en quelque manière qu'elle voudrait, et plusieurs autres choses. Incontinent tous crièrent à vive voix : « Vive le roi Charles de France! »
Quelques-uns de ceux de la ville vinrent vers le roi lui faire obéissance pour toute la cité et lui crier merci [pardo7i)^ le suppliant de vouloir bien avoir la ville pour recommandée, de sorte qu'elle ne fût point pillée ni ravagée ^, excusant les habitants par ce qui a été dit, l'assurant que toutes les fois qu'il lui plairait, il entrerait chez eux à telle puissance qu'il voudrait.
Le roi fut content de ces offres; il ordonna que tous ceux qui composaient la garnison qui voudraient s'en aller s'en allassent, et que ceux qui voudraient demeurer demeurassent. Il leur pardonnait. Quelques-uns s'en allèrent ; la plupart restèrent, et le roi, pour éviter tout dommage et tout pillage, défendit que nul n'entrât dans la viHe sans congé. Le dimanche, le lendemain, le roi y entra à toute puissance, et fit crier, sous peine de la hart, que personne ne fût si hardi que d'entrer dans les maisons et de rien prendre contre le gré et la volonté des possesseurs; puis il s'en retourna sous sa tente où il passa toute la journée. Ceux de la ville envoyèrent vers lui grands présents en vivres et autres choses.