CHAPITRE V
CAMPAGNE APRÈS LE SACRE
Sommaire : I. — Le roi devant Paris. — Escarmouches, attaques; blessure de la Pucelle. — Uelraite. — Matériel de guerre des Parisiens, et miraculeuse préservation des assiégeants. — Terreur à l'intérieur de la ville. — Le roi se retire faute de vivres: dispositions préalables. — Prise et reprise de Chûteau-Gaillard.
H. — Martyre de la Pucelle.
Après que le roi fut ainsi couronné, lui, la Pucelle et son armée s'en vinrent devant la ville de Paris, et le long du chemin, plusieurs châteaux et forteresses se rendirent au roi. Le roi et son armée demeurèrent devant la ville de Paris durant quelques jours, pendant lesquels la Pucelle et grand nombre de nos gens entrent et passent en ladite ville et y donnent de grands assauts * [sic] ; mais ils se retirèrent à cause de la
I . II n'est pas possible que le Greffier ait voulu dire que les assiégeants sont entrés dans Paris. 11 faut vraisemblablement sous-entendre les faubourgs, les environs de Paris. Le mot rti/ies, qui vient un peu plus bas, doit, ce semble, être pris dans le sens de fossés. On voit au reste que le greffier rochelois connaissait mal cette partie de l'histoire de la Libératrice.
nuit, lorsque la Pucelle qui était es dites ruhes [dans les fossés) fut blessée à la jambe; elle fut promptement guérie.
Il est vrai que c'était très merveilleuse chose que le grand nombre de canons et de coulevrines que ceux de Paris tiraient contre nos gens : mais jamais homme n'en fut ni blessé ni tué, du moins qu'on ait pu le savoir, si ce n'est Jean de Villeneuve, bourgeois de La Rochelle, qui fut tué d'un coup de canon. Il advint que plusieurs de nos gens furent frappés desdits canons, mais sans en recevoir aucun mal. Ils ramassaient les pierres qui les avaient atteints, et les montraient à ceux qui étaient sur les murailles.
Les bourgeois de Paris, pas plus que les Anglais et les Bourguignons qui étaient avec eux, ne furent pas si hardis que de tenter une sortie contre nos gens. Tant que le roi notre seigneur fut devant Paris, les habitants avaient si grande peur que lorsque la Pucelle et nos gens donnèrent l'assaut, ils s'enfuyaient dans les églises, pensant que la ville était prise. C'est ce que plusieurs religieux, et d'autres qui se trouvaient alors à Paris, rapportèrent au roi notre seigneur.
Le roi, par manque de vivres, s'en retourna les renouveler sur la rivière de Loire, laissant le plus grand nombre de ses gens en garnison dans les villes, les châteaux et places qu'il avait pris, pour continuer la guerre et opposer* leurs fortifications à ceux de Paris.
Item. — Bientôt après, La Hire et ses gens prirent par escalade le château de Gaillard, château très fort dans lequel Mgr de Barbazan était prisonnier. Il fut délivré et s'en vint devers le roi. Mais, quelque temps après, les Anglais vinrent assiéger le dit château, et parce qu*il n'y avait pas de vivres, le château se remit en Tobéissance du roi (des Anglais).
Les lignes suivantes ont été probablement ajoutées:
Item. — Les Bourguignons et les Anglais mirent le siège devant Compiègne où était la Pucelle. Dans une sortie qu'elle fit, elle fut prise et remise prisonnière à Mgr Jean de Luxembourg qui la bailla aux Anglais. Ceux-ci, après l'avoir ténue quelque temps en prison, la firent brûler à Rouen en Normandie sur faux témoignages et fausses accusations.