I. Procès, t. 1, p
2 mai, le procès ne relate qu'un boniment caritatif qui lui fut administré dans la prison. On le redoubla le 2 mai près de la grande salle du château. Le 9 mai on essaya d'ébranler le courage de l'accusée en étalant devant elle les instruments de torture ; sa fermeté d'âme grandit avec les menaces.
Cependant Cauchon ne voulait pas pour complice la seule Université de Paris; il tenait à se couvrir de l'autorité de tout ecclésiastique gradué qu'il espérait devoir être assez timide ou assez complaisant pour s'associer à son forfait. Tel ne fut pas le célèbre canoniste Lohier; il se trouvait de passage à Rouen; Cauchon voulut connaître son sentiment ; Lohier énuméra quelques-uns des vices de la procédure; mais il sentit si bien à quoi l'exposait sa franchise, qu'aussitôt après il sortit de Rouen: il prit le chemin de Rome; il y mourut doyen du tribunal de la Rote. C'était alors le premier tribunal du monde; et cela dit assez la valeur de celui qui y occupa le premier rang*. Le chanoine Houppeville, aussi courageux que Lohier, fut moins prudent; il resta â Rouen ; il fut jeté en prison et n'échappa à supplice pire encore que grâce à de puissantes intercessions ^ Le chanoine Fontaine avait d'abord été investi de la confiance de Cauchon ; sa conscience se révolta des complaisances qu'on exigeait de sa docilité; il prit la fuite pour éviter le châtiment réservé à sa probité'. Isambarl de la Pierre, de l'ordre des Prêcheurs, suggéra à l'accusée une réponse qui, en faisant disparaître une équivoque, mettait en pleine lumière la parfaite orthodoxie de la jeune fille; il fut l'objet de menaces de mort, et n'échappa que grâce à l'entremise de son confrère. Le Maître, le sousinquisiteur, forcé de siéger â côté de Cauchon^.
Ces faits étaient connus à Rouen, lorsque Cauchon soumit aux docteurs, licenciés et bacheliers de Normandie, les XII articles qu'il avait envoyés à l'Université de Paris. On conçoit aisément sous quelle impression les avis furent formulés. Beaucoup de consulteurs s'en rapportèrent aux doctes personnages qui entouraient les deux juges. Presque tous firent des concessions. Les bacheliers Minier, Pigache, Grouchet refusèrent de se prononcer; c'est aussi la conclusion embarrassée de Jean Basset, officiai de Rouen. Le bachelier Rodolphe Sauvage, tout en qualifiant durement chacun des articles, termina par la vraie solution, le renvoi au Saint- Siège. Le vénérable évêque d'Avranches, saint Avit, l'indiqua hautement et clairement; il déplut souverainement et Cauchon défendit que sa consultation fût mention née ^