‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 125 sur 381 · Acta concUiorumy t. IX, col. U · texte numérisé non relu

Acta concUiorumy t. IX, col. U

si profondes blessures. Leurs ambassadeurs à Bàle ne voulurent pas assister à la séance.

La plupart des évèquos ne le voulurent pas non plus ; le pseudo-cardinal archevêque d'Arles les avait fait remplacer, en mettant i leurs places les châsses des saints. La prétendue sentence fut rendue par environ 400 clercs, ou, comme les appelait le Panormitain, gribouilleurs de papiers^ pédagogue!^. Il n'y avait que sept ou huit évoques ayant des diocèses. Les 20 mitres qui se trouvaient à la séance étaient la plupart sur la tète d'abbés, d'évèques in partibus^ ou de création du pseudo-concile. L'histoire assigne les causes particulières qui avaient retenu à Bàle les évèques qui y étaient restés; et ces causes n'ont rien d'apostolique.

Que l'Université de Paris ait inspiré ce suprême attentat, ce sont ses historiens qui le disent. Crevier parlant des discussions qui amenèrent la prétendue déposition d'Eugène écrit : « Les docteurs de Paris étaient bien décidés pour ce parti et singulièrement Thomas Courcelles, théologien aussi recommandable par sa piété que par son profond savoir. Ce docteur parla avec une très grande force dans le concile en faveur des articles (qu'Eugène était hérétique)*, et encore : « Nicolas Lami, aussi théologien de Paris, fit un personnage dans cette môme querelle. Il entre en lice contre le célèbre Panormitain (Tudeschi, archevêque de Palerme), excellent jurisconsulte, si ses variations ne les décréditaient pas... Nicolas Land appela de l'opposition du Panormitain au concile même *. »

Il fallait pourtant donner un Pape à l'Église, quoique les rebelles en usurpassent toutes les fonctions ; mais si l'époque de Luther approchait, les peuples n'étaient pas encore mûrs pour voir une Église sans Pape. La situation était embarrassante. Non seulement les princes protestaient; mais l'assemblée schismatiquc était dénuée de tous les éléments nécessaires pour faire un Pape. L'archevêque d'Arles était le seul qui prît le titre de cardinal, et il le faisait illégalement. Pour sortir de la difficulté, il fut arrêté que l'on déléguerait à trois membres de l'assemblée le droit de nommer trente-trois électeurs du futur Pontife. Le choix tomba sur trois simples prêtres, parmi lesquels Courcelles. L'élection du chef de l'Église étant l'acte le plus élevé du cardinalat, ces trois prêtres se trouvaient investis équivalemment du droit de créer des cardinaux. Le conclave ainsi composé compta trois docteurs de l'Université de Paris; et l'on y devine Courcelles.

Le lieu où il se réunit fut aussi burlesque que le choix qu'il allait faire. Une salle de bal fut appropriée pour recevoir les électeurs. La loi des clercs et gens en ce connaissait formant l'Église fut appliquée jusque

i. Crevier, t. IV, p. 105.

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dans la distribution des cellules. La proposition de donner les meilleures aux évêques fut rejetée; le sort en décida; la plus commode échut à un simple prêtre, la plus incommode à un évêque*. De là sortit le pseudo- Félix V, le dernier antipape qui souille les annales de l'Eglise.

Il avait gouverné la Savoie avec sagesse sous le nom d'Amédée VIII, et le titre de duc lui avait été conféré par l'empereur Sîgismond. Sans abdiquer, il avait comme résigné le gouvernement de son duché à son fils, s'était retiré dans la belle solitude de Ripailles, et là, avec quelques joyeux compagnons, sous un costume qui se rapprochait de celui des ermites, il y menait la vie qui devait enrichir la langue française d'une expression nouvelle. C'est là que vinrent le trouver les suffrages du conrlave de Bàle; il était simple laïque, mais apparenté aux maisons souveraines de l'Europe, et en possession d'un duché. Il accepta, et prit le nom de Félix V (novembre 1439).

Il fallait le faire agréer par les pays catholiques. Courcelles se mit en campagne; en août 1440, escorté de nombreux collègues de l'Université de Paris, il plaide la cause à Bourges dans une assembh'e du clergé français. Il ne fut pas heureux; Charles VII protesta d'une manière ferme que l'homme de Ripailles ne serait jamais pour lui Félix V, mais seulement son cousin de Savoie. Un de ses grands titres de gloire est d'avoir tenu parole. L'éloquence de Courcelles n'obtint pas plus de succès sur ce point dans les diètes d'Allemagne, où il se rendit pour faire accepter le Pape de sa création.

Ce ne fut pas la faute de l'Université de Paris ; elle composa des traités en faveur de l'antipape '. En septembre 1441 , elle recevait un de ses envoyés, Antoine de Boracieux. Le délégué la mécontenta. La Pragmatique Sanction de Bourges, plusieurs décrets de Bâle sont si restrictifs de l'autorité pontificale que le pseudo-Félix, d'accord en cela avec le vrai pape Eugène IV, en demandait l'abrogation et les déclarait hérétiques. Ces propositions déplurent singulièrement à la corporation, pas assez cependant pour lui faire quitter la voie du schisme, dans laquelle elle s'était engagée après avoir si puissamment contribué à l'ouvrir'.

Quand l'abandonna-t-elle? Il serait difficile de le dire. Son historien Crevier s'exprime en ces termes : « L'Université de Paris fit un grand rôle pendant toute la durée de la querelle (de l'antipape et du Pape légitime), qui fut longue et fastidieuse (elle dura dix ans). Outre les députés qu elle avait à Bâle, entre lesquels se distingua jusqu'à la fin Thomas Courcelles, il ne se tint pas d'assemblée sur les affaires de l'Église, soit

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