‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 124 sur 381 · Patricius, ibid,; Berthier, Raynaldi an. U · texte numérisé non relu

Patricius, ibid,; Berthier, Raynaldi an. U

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trouvaient. Les meilleurs avaient fui ce foyer de pestilence; quelques-uns étaient restés pour en arrêter ou restreindre les ravages. L'immense majorité des membres se composait d'une cohorte de clercs de tout degré, menés surtout par l'Université de Paris. Rien ne fait mieux connaître les hommes qui condamnèrent la Pucelle que leur conduite à Bàle, les doctrines qu'ils mirent en avant à Rouen que Tapplication qu'ils en firent à Bâle. Que Ton se rappelle que le bras droit de Cauchon est le bras droit du fameux Allemand, archevêque d'Arles. Allemand porte à Eugène IV la haine que Tévèque de Beau vais portait à la Pucelle. Courcelles, au témoignage des amis et des ennemis, est Tâme de l'assemblée de Bâle et l'artisan des décisions et des mesures qui y sont prises.

La \'ue du triomphe de la Papauté jeta les révoltés dans de vrais accès de fureur. Dès le 24 mars 1438, ils osent bien lancer des anathèmes contre le concile de Ferrare qui comptait six ou sept fois plus d'évêques qu'il n'y en avait dans leurs rangs; ils donnent à ce vrai concile un nom qui leur revient de plein droit, celui de conventicule schismatique. Ce n'était qu'un prélude; ils se mettent en devoir de faire le procès à Eugène IV. La catholicité s'émeut; les ambassadeurs des princes protestent; les états du Languedoc demandent à Charles VII d'arrêter cette rage ; le plus grand nombre des évoques restés dans la factieuse assemblée s'opposent à l'attentat : efforts inutiles ; la doctrine que l'Église réside dans les clercs et gens en ce connaissant va justifier tous les excès ; elle est hautement proclamée par le président du concile, par l'archevêque d'Arles.

A l'archevêque de Palerme, le célèbre canoniste Tudeschi, plus connu sous le nom de Panormitain, qui se trouve à Bàle comme ambassadeur du roi d'Aragon; à l'évoque de Burgos qui tous les deux voulaient réprimer l'insolence des écrivailletirs et des pédagogues^ copistanim et pedagogoruniy ainsi qu'ils appelaient le troupeau universitaire, Allemand répondait : Ce n'est pas à la dignité qu'il faut avoir égard dans les conciles; mais à la raison et à la vérité,,. La sagesse se trouve plus souvent sous un habit méprisable que sous un appareil plein de faste. Évéques^ ne méprisez pas tant les ecclésiastiques du second ordre; car le premier qui a donné son sarig pour Jésus-Christ ne fut pas un évéque, mais un lévite. Impossible d'énoncer en termes plus crus le principe du cimetière Saint- Ouen : être soumis à P Église^ c'est tenir ce que décident les clercs et gens

en ce conjiaissant. Que tout ce qui s'est fait à Bàle parte de ce principe révolutionnaire, le même archevêque le proclame dans son discours : Souvcjiez-vous, disait-il au Panormitain, que la manière de procéder dont on se sert ici nest pas nouvelle; qu^elle a été établie dès le commencement du concile et qu'on ne l'a pas changée depuis^.

Ce n'est pas le seul principe monstrueux émis dans TAssemblée. En lisant dans .Eneas Sylvius le résumé des discours de Gourcelles et de sa bande, on se croit à quatre siècles en arrière, à la discussion des droits de Thomme.

Que le lecteur en juge : « Gourcelles exposa longuement que le Pape est soumis à TEglise et au concile, parce que l'Église ne peut pas errer, et que le Pape le peut; l'Eglise est mère, le Pape est fils; l'Église est l'épouse du Christ, le Pape n'en est que le vicaire; les privilèges conférés à l'apôtre Pierre lui ont été donnés en tant qu'il représentait TEglise; le Seigneur a renvoyé le Pape à l'Église par ces paroles : dites-le à r Église ;^dir suite si le Pape n'écoute pas l'Église, il doit être regardé comme un païen et un publicain; ceux qui pensent autrement, qui nient que ce qui convient à l'Église ne convient pas au concile général, ceux-là parlent par adulation, et en vue d'acquérir des honneurs, des richesses, des dignités. » (Bel exemple de modération de langage dans un honmie que l'on dit si réservé, fait observer Sponde.)

Gourcelles disait encore : « Gabriel (prénom du Pape), qui se vante d'être Eugène IV, est coupable de blasphème contre le Saint-Esprit, par le mépris qu'il fait des décrets du concile de Bâle; ils participent à son crime ceux qui nient que le concile puisse déposer le Pape ; ce sont des avocats bavards {rabulas)\ ils parlent par entraînement, beaucoup plus que par conviction ; ils sont verbeux, mais pas éloquents.

« Il est plus vrai de dire que le Pape est vicaire de l'Église, plutôt que vicaire du Christ; il n'est pas douteux que le maître ne puisse congédier son mandataire quand il lui plaît; si l'Église le peut, il faut par voie de conséquence admettre que le concile le peut; le concile peut être rassemblé sans l'autorité du Pape ; ceux qui le nient ruinent l'Église ; il est plus qu'absurde de dire que si le Pape a consenti une fois à la réunion du concile, la révocation de ce consentement fait cesser le concile; un inférieur, quels que soient ses motifs, quelles que soient ses raisons, ne saurait jamais avoir droit sur son supérieur.

« Ce sont là autant de vérités de foi catholique, d'après les définitions du concile de Constance; quiconque les nie est hérétique; c'est un délire

1. Pour la suite de ces actes \ oit V Histoire du concitiabulCy les décrets de ses sessions; les paroles de l'archevêque d'Arles se trouvent dans ^néas Sylvius, liv. I,p. oT; elles sont traduites dans VHistoire de V église gallicane.

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dans quiconque admet la supériorité du concile, de nier que ce soient là autant de vérités de foi *. »

Les constituants de 89 ont-ils fait d'autres raisonnements pour établir la souveraineté nationale, et faire de Louis XVI leur commis?

L'Université de Paris a anathématisé la Pucelle à rencontre des peuples qui étaient grandement édifiés, à rencontre de tout TOccident qui voyait dans la jeune fille une envoyée du ciel. A Bàle elle a été plus loin encore. Elle a anathématisé Eugène IV à Tencontre de TOrient et de TOccident réunis autour de sa personne, et renouant en lui le lien de Tunité rompue. Une tourbe de clercs, marchant à la suite de T Université de Paris, a osé excommunier l'univers chrétien et prononcer contre le grand Pontife une sentence, qui est identique à celle qui fut prononcée contre Jeanne.

Le 25 juin 1439, les schismatiques de Bâle portaient le décret suivant : « Le saint Synode de Bâle, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, représentant TEglise universelle, prononce, décerne et déclare par cet écrit, que Gabriel précédemment appelé le Pape Eugène IV a été et est notoirement et manifestement contumace, désobéissant aux commandements de rÉglise universelle, endurci dans une rébellion ouverte, violateur habituel et contempteur des saints canons synodaux, perturbateur notoire de la paix et de Tunité de TÉglise, le scandale notoire de TÉglise universelle, simouiaque, parjure, incorrigible, schismatique, en dehors de la foi, hérétique obstiné, dilapidateur des droits et des biens de l'Eglise, administrateur infructueux et funeste du Pontificat Romain, et qu'il est, par suite, indigne de tout titre, degré, honneur et dignité ; voilà pourquoi le saint concile le déclare privé de droit de la Papauté et du Pontificat Romain; il le dépose, le prive, le dépouille de ces dignités; et déclare qu'il faut procéder à l'application des autres peines qu'il peut avoir encourues^. Pour voir combien cette sentence ressemble à celle prononcée contre Jeanne, il suffit de les rapprocher. Le sort de Jeanne, s'ils l'avaient pu, eût été celui d'Eugène IV ; c'est bien ce que signifient ces paroles : qu'il faut procéder à l'application des peines du droit. C'était l'abandon de l'hérétique au bras séculier; et la peine contre l'hérétique obstiné, c'était le bûcher.

Loin que le pouvoir séculier fût décidé à exécuter semblable sentence, un cri d'indignation s'éleva dans la catholicité; l'on déchira en bien des endroits la sentence que les Absalons avaient ordonné d'afficher dans toutes les églises du monde chrétien. Les princes avaient horreur de voir rouvrir l'épouvantable schisme, qui durant 40 ans avait fait à l'Église de

1. iEneas Sylvius, Concilium basiîeense, reproduit dans Sponde, Ann, eccles.y 143 g XXIV, par du Boulât, t. V, p. 446 circiter.

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