‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 133 sur 381 · CUV · texte numérisé non relu

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Le mémoire de Bouille est un des plus courts. Le lecteur en parcourra de plus complets et de plus profonds. Tel qu'il est, il intéresse par sa limpidité et sa simplicité. Le savant théologien nous avertit lui-même qu'il ne veut pas tout dire ; son but principal est d'attirer l'attention de plus doctes que lui, affirme-t-il dans sa modestie. Laissant aux juristes le soin de relever les vices de la procédure, il s'attachera à quatre chefs principaux : les révélations, le port dTiabits masculins, la soumission à l'Église, et les XII articles. C'est pour l'honneur du roi qu'il veut

l. M. DE Beaurepaire, Recherches^ p. 125.

que la révision soit entreprise. Mais il faut le laisser nous le dire lui-même, et nous exposer le plan de son travail.

« A rtionneur du roi des rois, protecteur de Finnocence, moi, Guillaume Bouille, doyen de Noyon, le dernier des théologiens, j'ai cru, quoique fort pauvre écrivain, devoir composer Tœuvre sommaire qui suit; ce sont quelques remarques courtes et générales sur l'original du procfô poursuivi autrefois à Rouen contre Jeanne, vulgairement dite la Pucelle. Elles sont destinées à exciter les plus habiles maîtres en droit divin et humain, à approfondir plus amplement la vérité sur l'inique jugement rendu d'une manière telle quelle par feu Pierre Cauchon, alors évèque de Beauvais, contre la dite Jeanne la Pucelle, tombée aux mains de l'ennemi, alors qu'elle combattait pour la défense du royaume contre de violents envahisseurs.

« La Gaule, au témoignage de saint Jérôme, étant le seul pays exempt de monstres, c'est-à-dire de fauteurs des impiétés de l'hérésie, l'honneur du très chrétien roi des Français * demande qu'on n'ensevelisse pas dans l'oubli la sentence aussi inique, aussi scandaleuse qu'attentatoire à l'honneur de la couronne, prononcée par ce même évêque de Beauvais, ennemi du roi, et notoirement dévoré du désir de le déshonorer.

« Laisser dans le silence cette inique condamnation, serait manifestement laisser porter atteinte à l'honneur royal ; puisque c'est en combattant sous les drapeaux du roi que la Pucelle a été condamnée comme hérétique et invocatrice des démons. Quelle tache dans l'avenir, si les ennemis pouvaient dire qu'un roi de France a entretenu dans son armée une femme hérétique, et en communication avec les démons! Le Sage nous dit de repousser pareille infamie, quand il écrit : Ayez soin de conserver bon renom; et l'on a bien souvent cité ces paroles d'Augustin: Abandonner le soin de sa réputation^ alors surtout qu'en la noircissant on noircit un royaume ou toute une nation^ c'est cruauté,

« Je crois donc, la suite du procès bien considérée, et après mùr examen de la conduite, de la vie et de la mort de la Pucelle, que c'est faire œuvre de piété et de salut public que de soutenir son innocence. Elle travaillait pour la restauration de ce royaume de France si souvent prédite par elle. « N'a-t-elle pas chassé, rempli d'effroi les insolents ennemis du royaume? Ses saints avis n'ont-ils pas réveillé les courages endormis? Ne les a-t-elle pas fait courir aux armes pour expulser les féroces envahisseurs? Depuis son apparition, leur force ou leur puissance alanguie a-t-elle cessé de faiblir?

« Rien, d'ailleurs, dans tout le cours du procès, n'indique de sa pari

1. Les auteurs des mémoires disent constamment reaî Froncorum, jamais rex Francis.

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