LES RÉVÉLATIONS DE LA PUCELLE
« Il est donc vraisemblable que c'étaient les bons anges qui apparaissaient à Jeanne pour lui annoncer les biens qui allaient être départis à la France, lui prédire que le royaume serait arraché aux mains des ennemis.
« Un cinquième signe dos bonnes révélations, c'est la charité ou Tamour di\'in. Saint Jean dans son épitre canonique (IV) voulant enseigner aux fidèles à discerner les esprits, à connaître s'ils viennent ou ne viennent pas de Dieu, leur dit : Voici donc à quoi nous connaissons les esprits. Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair vient de Dieu Joan., IV).
« Mais les esprits qui apparaissaient à Jeanne ne dénaturaient pas le Christ; ils confessaient que Jésus-Christ est venu dans la chair, eux qui lui recommandaient particulièrement de fréquenter TÉglise catholique, de recevoir avec révérence et dévotion le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ. Ce n'est pas à cela que l'eussent portée les démons, si désireux de tromper les hommes, et de les entraîner à Tidolàlrie ; ils ne l'auraient pas avertie de travailler à son salut, ainsi que nous l'enseigne saint Augustin.
« Jeanne avait la charité pour le prochain. Elle ne voulait la mort de personne; elle empêchait de toutes ses forces l'effusion du sang, et exhortait à la paix.
« Son trépas fut très pieux et catholique. Au milieu des flammes elle acclamait le nom béni de Jésus, et elle finit très religieusement ses jours. Or le démon fait mal mourir ceux qu'il a une fois trompés; il les jette dans un suprême désespoir, ainsi que l'enseigne saint Augustin, donnant Saûl comme exemple. Satil adora le diable évoqué pur la Pythonisse, et apparaissant sous les traits de Samuel. Ce passage de la Cité de Dieu est rapporté au chapitre Nec mirum (causa XXVI, q. V).
« Outre les signes qui viennent d'être indiqués, en voici un autre qui doit porter à croire que ces apparitions étaient bonnes. Il ressort d'une réponse de Jeanne à une interrogation qui lui fut adressée. Elle dit que ses voix ou esprits lui inspiraient d'abord de l'effroi, mais qu'à la fin, et on se retirant, ils la laissaientdans la joie. Orc'estce qu'ont coutume de produire les esprits bons, ainsi que l'atteste le saint docteur (S. Thomas).
« On lit, dit-il, dans la vie de saint Antoine : « Il n'est pas difficile de discerner les bons esprits des mauvais. Si à la crainte succède la joie, sachons que le Seigneur est venu à notre aide. La sécurité de l'âme est
une marqué de la présence de la divine Majesté. Si au contraire la crainte première persévère, c'est l'ennemi qui apparaît. »
« Tout cela démontre évidemment que de pieux et justes motifs autorisaient les témoins d'une vie si chrétienne à croire à la Pucelle, au moins eh ce qu'elle annonçait par esprit prophétique. Ils étaient excités par sa vie et par ses paroles aux œuvres xie la vertu, instruits des enseig^nements de la foi, dirigés dans leur conduite, spécialement en ce qui regardait rœu\Te de sa mission. Bien des hommes, jusqu'alors esclaves du nce, embrassaient une vie vertueuse et sainte. Les haines nées de la guerre faisaient place à l'esprit de paix, l'orgueil à l'humilité et à la subordination. On peut s'en convaincre par les dépositions d'hommes notables interrogés sur la vie et la conduite de Jeanne.
« Ces brièves considérations suffisent pour la première question. »