IWd., t. V, p
3. Sur d'Estouteville, voir doni Pommeray, Hist. des archevêques de Rouen; Giacomics, VUœ pontificumt col. 1135 et 1273; Gallia christiana, t. m, col. 1129 et t. XI, col. 90; De BouLAY, t. V, p. 56; Crevier, t. IV, p. 70; Gassendi, iVoftVia ecclesise diniensis, p. 160.
Tous les amis de Jeanne d'Arc doivent grande reconnaissance au digne fils de saint Dominique, Jean Bréhal. Personne plus que lui n'a contribué à nous conserver l'histoire de la libératrice, puisqu'il est VUrne de la réhabilitation, par laquelle elle nous est arrivée dans sa plénitude et dans son inébranlable certitude. Depuis l'ouverture de cette grande cause par le cardinal d'Estouteville, le 2 mai 1452, jusqu'à son heureuse issue, le 7 juillet 1436, Bréhal est partout. « Il voyagea par toute la France, dit Quicheraty pour informer sur la vie de Jeanne d'Arc ; il se mit en correspondance avec les plus fameux docteurs du royaume et de l'étranger, pour avoir leur opinion sur une matière si délicate \ » Pourquoi faut-il que nous n'ayons sur le religieux qui a tant de droits à nos sympathies que les trop courts détails fournis par Quétif et Échard, dans l'ouvrage consacré aux écrivains de leur ordre? Les auteurs qui parlent de Jean Bréhal ne font que reproduire ce qu'en disent Quétif et Échard.
Bréhal était Normand d'origine. Il entra au couvent des Frères Prêcheurs d'Evreux, prit le degré de docteur, mais dans une autre université que celle de Paris ; ce qui le rendait libre des serments par lesquels cette dernière cherchait à s'attacher ses gradués. Le fils de saint Dominique fut de son temps en grande réputation de doctrine et de vertu, et soutint pour la cause des Ordres mendiants et du Saint-Siège une vive polémique contre la corporation des docteurs parisiens. Une des plus intolérables prétentions de l'Université de Paris était de vouloir que les religieux ne pussent, du moins au temps pascal, entendre les confessions des fidèles qu'avec l'autorisation des curés. C'est en vain que les Papes ont cent fois protesté, et déclaré qu'en vertu de la plénitude de leur pouvoir, ils accordaient juridiction aux Ordres mendiants. Jusqu'à sa ruine, l'Université de Paris a contesté pareil privilège. Bréhal pour le défendre écrivit sous le titre : Du pouvoir qu'ont les ordres mendiants d^ entendre les confessions des fidèlesj un volume plusieurs fois réimprimé, disent Quétif et Échard. Il était alors prieur du couvent Saint- Jacques à Paris, et Grand Inquisiteur de la Foi. C'est en cette qualité qu'il a assisté aux deux premières enquêtes dont il vient d'être parlé*.
Il a été chargé dès lors de mener l'affaire de la réhabilitation, ainsi que cela ressort d'une note du receveur général des finances du Langue-^ doc. On lit dans ses registres : « A maître Jean Bréhal, docteur en théolo^
i.Procé», t. II, p* 70.
24 Seripiofes ordinis prsedkatorum Quétif et ëcuard, 1. 1, col. 815.
gie, religieux de Tordre de saint Augustin (saint Dominique), Inquisiteur de la foi catholique, la somme de trente-sept livres, dix sols et vingt écus d'or, fut donnée par le roi, au mois de décembre 1452, pour lui aider à vivre en besognant (travaillant) au fait de Texamen du procès de feue Jeanne la Pucelle*. »
Charles VII voulait que les choses se fissent grandement, et Bréhal entra pleinement dans ses vues. Nous en avons une preuve dans la lettre suivante, écrite par le zélé fils de saint Dominique à Tun de ses plus doctes frères d'Allemagne ;
« A très religieuse et très renommée personne Frère Léonard, célèbre professeur de théologie, lecteur au couvent des Frères Prêcheurs de Vienne en Teutonie.
« Veuillez d'abord, très illustre maître et père, agréer la sincère vénération d'un frère inconnu et souiïrir qu'il se recommande à vous, dont la renommée lui a fait connaître les éclatants mérites. Je vous écris pour une affaire qui intéresse la gloire du roi très chrétien des Français, qui a grandement à cœur que, pour l'honneur de notre ordre, j'obtiemie de votre sagesse qu'il connaît, une œu^Te encore plus grande que le sujet n'en est nouveau.
« Sa Majesté pense que dans le passé son honneur fut très grandement lésé par les Anglais ses ennemis à l'occasion suivante. Une jeune fille très simple, une vierge, suscitée par une inspiration divine, ainsi que cela semble démontré avec une évidence presque irréfragable*, conduisit, il y a quelques années, fort heureusement la guerre en sa faveur. Les Anglais intentèrent à la vierge un procès en matière de foi, et finirent par la faire mourir dans les flammes, toujours au nom de la Foi. Sa Majesté désire par suite très grandement que la lumière soit faite sur le procès et la sentence, et, dans ce but, elle s'est adressée au chétif Inquisiteur de son royaume. Elle m'a commis le soin, elle m'a enjoint de requérir, après communication des documents nécessaires et de fidèles extraits, le sentiment des sages, partout où je le croirai utile. Sa Majesté, voulant écarter dans une cause qui la touche de près tout soupçon de partialité, tient surtout à avoir le sentiment des savants étrangers à son royaume.
« Voilà pourquoi j'envoie à Votre Révérence, par l'intermédiaire du vaillant chevalier sire Léonard, ambassadeur de l'illustrissime seigneur d'Autriche, les pièces qui, après un simple coup d œil, la mettront au courant du sujet, la priant, pour l'honneur de notre ordi'e, de m'envoyer un écrit digne de son mérite et de sa célébrité. L'illustre Léonard, dont
1. (iodefroy, Hist. ile Charles VII, p. 903, reproduit par Quichkrat, t. V, p. 277.