ROBERT CYBOLE. — LES RÉVÉLATIONS
léans ; pour cela ils lui représentaient les calamités du royaume et lui disaient qu'il plaisait à Dieu d'y mettre un terme par une pauvre (ille.
Secourir le roi, relever la France, délivrer Orléans, est-ce là un but saint et salutaire, qui mérite d'être poursuivi ? Tout intérêt particulier à part, s'écrie Cybole, qu'on en fasse juge non pas un Français ou un Anglais, mais le premier homme venu, pourvu qu'il ne soit pas dénué de raison.
« Mais, s'écriera quelqu'un, quelle assertion! est-ce que Jeanne ne venait pas pour détruire les Anglais, verser leur sang, un sang chrétien? N'est-ce pas contraire à la charité, à l'amour du prochain, aux commandements de Dieu? Je réponds : dans une guerre juste, le but poursuivi c'est la paix du royaume, des cités, de leurs habitants ; selon le mot de saint Augustin au comte Boniface : Von fait la guerre pour avoir la paix. N'ailez pas croire qu'on ne puisse pas plaire à Dieu, en maniant les armeSj etc. ; et dans le livre de la Cité de Dieu : Nous faisons la guerre pour avoir la paix. La paix ne s'obtient pas sans l'effusion du sang des ennemis, mais ce 7i' est pas celte effusion que l'on cherche; cette effusion est un accident.
« Aussi que l'on remarque les paroles attribuées par Jeanne à ses voix : elles ne disaient pas que la Pucelle tuerait, mettrait en pièces les Anglais ennemis du roi ; mais qu'elle les refoulerait, qu'ils seraient chassés du royaume, que le siège d'Orléans serait levé. Qu'on en pèse le sens ; il ne présente à l'esprit rien do cruel, rien d'inhumain.
a Ces œuvres étaient notoirement fort salutaires, non seulement pour la France, mais encore pour la chrétienté entière; très propres à relever le culte divin. Le bouleversement de la France est une source d'offenses contre Dieu, de maux pour le peuple chrétien entier. Telle est la place que le royaume de France occupe dans la République chrétienne, telle est sa gloire et son prestige qu'il est appelé le très chrétien, glorieux surnom qu'il doit à Téclat, que par la grâce de Dieu conservent dans son sein ta doctrine de la foi, le culte divin ; qu'il doit aussi à la défense du Siège Apostolique, pour le secours et la protection duquel les rois et le peuple de France furent toujours debout [fuerunt semper accincti). Chasser les perturbateurs d'un tel royaume... loin d'être un but blâmable, est au contraire un but salutaire et digne de grands éloges. »
Ainsi ce troisième signe, non moins que les deux premiers, nous montre que ces apparitions venaient des bons esprits et étaient ordonnées par une particulière disposition de la providence de Dieu.
Etait-ce bien le but que se proposait Jeanne? Cybole répond en rappelant les paroles qui établissent la pureté de sa foi, de son désintéressement, de son humilité.
Les ennemis de Jeanne avaient bien osé échafauder une accusation d'idolâtrie sur les hommages qu'elle rendait aux saintes, tels que embrasser leurs genoux, baiser la terre par où elles avaient passé.
Cybole répond : les saintes qu'elle honorait sont les saintes de ce nom qui sont dans le ciel. Lies actes de son culte ne dépassent pas le culte de dulie. On baise la main, les pieds d'un saint vivant, des évèques, du Pape, et l'on baiserait la trace de leurs pas, qu'il n'y aurait pas lieu à une accusation d'idolâtrie. Jeanne répond au promoteur qu'elle ne sait pas rendre aux saintes tout l'honneur qui leur est dû, parce qu'elle n'établit pas de différence entre celles qui lui apparaissent, et sainte Catherine et sainte Marguerite qui sont dans le ciel.
Ce n'est pas aux saintes qu'elle fait ses oblations; elle les fait à la messe entre les mains du prêtre, à l'honneur de Dieu et des saintes susdites.
Interrogée comment elle les invoquait, elle répond qu'elle réclame Dieu et Notre-Dame de lui donner conseil et réconfort, et ils les lui envoient.
On lui demande la formule de sa prière ; elle la donne, la voici : Très doux Dieu, en t honneur de votre sainte passion^ je vous requiers^ si vous m'aimez, que vous me révéliez ce que je dois répondre à ces gens d'Église, Je sais bien, quant à t habit j le commandement comme je l'ai pris; mais je ne sais point par quelle manière je dois le laisser; pour ce^ plaise à vom à moi renseigner,
« Qui donc osera dire que cette prière n'est pas pleine de piété, de dévotion, de foi, qu'on y trouve l'ombre d'invocation des démons? »
Qu'on remarque encore les trois choses qu'elle demandait â Dieu par ses saintes: la première, c'était le succès de son expédition, et que Dieu aidât aux Français ; la seconde, qu'il gardât les villes de l'obéissance du roi ; la troisième, le salut de son âme. Demandes pleines de foi et de piété; preuve nouvelle de la pureté de ses intentions.
Cybole aborde ensuite l'inculpation tirée du vêtement d'homme, des armes offensives et défensives, de la vie au milieu d*hommes de guerre, homicides, pillards, sacrilèges.
Le pharisaïsme des bourreaux de Rouen en a fait une accusation capi-