ROBERT CYBOLE. — DIVERSES INCULPATIONS
taie, et a basé la sentence de rechute sur ce fait, que Jeanne après avoir quitté, le 24 mai, le vêtement viril, le reprit les jours suivants; le lecteur se rappelle pourquoi.
Chacun des auteurs des mémoires justificatifs a dû réfuter cette inculpation si futile. Leurs arguments étant à peu près les mêmes, j'omets cette page du chancelier Gybole, et je ne prends que ces mots qui se rapportent à la vie au milieu d'hommes d*armes, homicides, pillards et sacrilèges, u Tant que nous sommes ici-bas, dit saint Augustin, nous sommes contraints de vivre avec les méchants ; le bon grain reste mêlé avec de la paille. Pour la défense de l'État, il est parfois permis d*user des méchant et de combattre avec eux, pourvu qu'ils aient la même foi et admettent le mêmes sacrements. »
On a jugé que Jeanne était une devineresse présomptueuse ; après l'avoir jugée inventrice de révélations divines, on a voulu attribuer à la divination les prophéties qu'elle a faites. Mais si les révélations sont divines comme tant de signes l'indiquent, le fondement de l'inculpation tombe ; il faut attribuer à une source divine les prophéties faites par elle, et dont nous voyons l'accomplissement.
Elle a dit être aussi certaine du futur accomplissement de ses prophéties, que de la présence sous ses yeux de ceux qui l'interrogeaient. Les révélations divines en effet produisent la certitude, car le prophète voit les clioses qu'il annonce dans la lumière de Dieu. La prophétie existera dans l'Eglise jusqu'à la fin des temps; Dieu en communique le don aux personnes des deux sexes, selon que le demandent les besoins des élus. Le Saint-Esprit nous dit que l'absence de prophétie est la marque de la fin Jun peuple : ubi defecerit prophetia^ dissipabilur populus (Prov., XXIX.)
Nous retrouvons la prophétie dans tous les âges de l'Eglise. Elle ne révèle pas de nouveaux dogmes, mais elle est donnée pour diriger au milieu de la vicissitude des événements. Pourquoi donc tourmenter si longuement Jeanne sur ce point, alors que l'Apôtre nous ordonne de ne pas mépriser les prophéties : prop/telias nolite spemere (I Thés., V)? Il n'y a pas là de quoi accuser la jeune fille d'avoir erré de la foi ; tout y est conforme à la Sainte Écriture et aux paroles des sainis.
On a dit que Jeanne était blasphématrice contre Dieu, les saints et les saintes. Rien dans le procès n'autorise cette allégation, à moins qu'on ne voie des blasphèmes en ce qu'elle attribuait à Dieu, et à saint Michel, à sainte Catherine et à sainte Marguerite, les révélations et les prophéties
qu'elle a reçues. Mais d'après ce qui vient d'être dit, en cela elle n'eolevait rien à l'honneur qui est dû à Dieu, aux saints et aux saintes. Cest donc une accusation sans fondement. — La question des prophéties sera traitée plus longuement dans d'autres mémoires.
On a dit Jeanne contemptrice de Dieu dans les sacrements. Mais elle fréquentait l'Église, communiait plus souvent qu'à Pâques, et a requis très instamment dans sa prison de pouvoir entendre la messe. L'on insistera, et l'on dira : elle a préféré ne pas recevoir le viatique plutôt que quitter son vêtement d'homme. Ici Cybole semble avouer que Jeanne a eu tort. Il ne veut pas, dit-il, l'excuser de tout péché. Fatiguée par le mal, la dureté et la longueur de la prison, par la répétition des mêmes questions, elle a pu n'être pas toujours d'accord avec elle-même. Elle disait obéir au commandement de Dieu en gardant son vêtement. Ce n'était pas là un péché d'infidélité, cela ne provenait pas du mépris des sacrements.
Cybole ne connaissait pas les dépositions des témoins, il n'en parle nulle part. Il oubliait que Jeanne avait offert d accepter des vêtements de femme pour communier, à condition de reprendre ensuite des vêtements d'homme, que tout lui faisait un devoir de garder. La réfutation pouvait être plus vigoureuse.
Celle du refus de soumission à l'Église est une des meilleures. Elle va être traduite dans le chapitre qui suit.