MOXTIGNY. — LE PROCÈS INTENTE SANS FONDEMENT
plus lard ou le voit choisi pour faire partie de l'ambassade que la ville de Paris envoya vers les princes confédérés dans la ligue du bien public.
Nous avons une preuve que Montigny ne partageait pas les intolérables susceptibililés de ses collègues. Dans cette suspension de 1453, où TUniversité, sourde aux sollicitations de Tév^^que de Paris, du Parlement, du roi, aux murmures des fidèles, interrompit, durant dix-huit mois, prédications et leçons, Montigny fit entendre des conseils de modération. Sa voix ne fut pas plus écoutée que celle de Cybole. Cet apologiste de la libératrice mourut en 1471*. Puissent d'heureux chercheurs lui consacrer un jour une notice plus étendue que celle que je suis contraint de borner à ces quelques détails.
Pour composer son mémoire, Montigny n'a eu en mains que le procès de Rouen; encore se plaint-il de n'avoir pu le garder que cinq jours (f^ 157 r«), et d'en être réduit à des extraits. Cela explique une légère inexactitude qui lui est échappée. D'après lui, Jeanne se serait repentie d'avoir quitté ses parents sans leur congé ; c'est une erreur : la Pucelle n'a jamais pensé avoir commis une faute en cela ; Dieu commandait, il fallait obéir, ainsi qu'elle s'en exprime bien expressément.
Montigny ne cite nulle part les témoins entendus dans la double enquête préparatoire; c'est une preuve que son mémoire est un des premiers composés : ou l'enquête n'avait pas eu lieu, ou les transcriptions n'en étaient pas encore faites. Il se plaint du peu de temps qui lui est laissé pour son travail ; il exprime les craintes que lui fait éprouver Téminence des seigneurs et pères qui liront son écrit, et à la lin il trace la marche à suivre pour faire aboutir le procès.
Tout cela n'indiquerait-il pas que d'Estouteville aura encore chargé le professeur de droit canon de composer cette œuvre? Rien de plus naturel; le Cardinal Légat, venu à Paris après avoir entendu les premiers témoins à Rouen, aura enjoint au canoniste de prendre la plume.
Le ton de modestie, déjà remarqué dans les précédents mémoires, éclate aussi dans celui-ci. Sous ce rapport, le contraste est frappant entre les docteurs bourreaux et les docteurs apologistes. Les premiers osent bien, de leur propre aveu, se mettre en opposition avec l'Église Occidentale presque entière; hors de leur cercle, il n'existe pas iï homme en ce connaissant; loin de déférer au Siège Apostolique, ils rejettent l'appel de
1. QuicHBRAT, Frocès, t. III, p. 319, note ; Crevib», t. IV, p. 204
Jeanne à ce refuge des opprimés ; ils se prémunissent contre la possibilité de sa justice, ils écrivent au Pape la lettre si sèche rapportée dans le livre précédent.
Bien différent est l'accent des défenseurs de Tinnocence. Ils n'entendent pas prononcer un jugement absolu; ils soumettent leur sentiment à de plus habiles qu'ils ne le sont, disent-ils; tous abandonnent leur écrit au jugement du Pontife suprême, et renouvellent, souvent plusieurs fois, lexpression de leur entière docilité.
Montigny se fait remarquer, plus encore que les autres, par ce signe du vrai mérite. Le docte canoniste parle de la difficulté du sujet, de la lourdeur de son esprit. Sans autorité, sans valeur personnelle, dit-il, il appuiera ses assertions sur les canonistes de renom, en possession deTautorité dans les écoles. Il tient parole, et Ton voit qu'avec le Corpus jiiris, il connaissait fort bien ceux qui en ont été les meilleurs interprètes.
Leurs noms et leurs commentaires sont aujourd'hui fort peu connus. Aussi leurs textes et leurs noms vont-ils être supprimés. Le traité de Montigny est long quoique fort concluant. On ne trouvera ici que l'analyse des principes avec l'application qui en est faite à Jeanne.
Montigny divise son sujet en deux parties, le fond même du procès et la procédure. Pour la question de fond, il n y avait pas même matière à intenter une accusation en matière de foi. Les accusateurs, ce semble, l'ont basée sur les révélations de l'inculpée; sur son habit masculin et la part qu'elle a prise à la guerre ; sur les hommages rendus par elle aux esprits et sur ceux dont elle a été l'objet; enfin sur son défaut de soumission à l'Eglise. Montigny se propose d'établir qu'aucun de ces griefs ne rendait Jeanne suspecte dans la foi. Le défaut de soumission à l'Église ayant trait au fond et à la forme, il en sera traité dans la seconde partie; mais il faudra se rappeler ce qui en aura été dit dans la première.
Folio r.uiir«.
Les révélations de la Pucelle, considérées en elles-mêmes ou dans leurs circonstances, ne donnaient pas fondement à une poursuite pour hérésie.
L'on ne peut poursuivre pour cause d'hérésie que celui qui nie un article de foi défini par l'Église. Or, en se disant favorisée de révélations, la Pucelle ne niait aucun article défini par l'Église.
Bien plus, tout considéré, la Pucelle aurait été répréhensible de ne pas