MONTIGNY. — LE PROCÈS INTENTÉ SANS FONDEMENT
croire à ses révélations, et de ne pas obtempérer aux ordres de Dieu^ Il faut obéir aux commandements divins, et, s'il y a lieu, supporter pour cela jusqu'à l'excommunication de prélats égarés.
Or, tout pesé, il est à présumer que les révélations de Jeanne venaient de Dieu. Rien ne répugne en soi. Jésus-Christ est avec nous jusqu'à la consommation des siècles; et quoique les dons merveilleux par lesquels il manifeste sa présence ne soient plus nécessaires comme aux premiers âges de l'Eglise, il ne laisse pas d'en concéder pour la consolation des fidèles, et les diverses nécessités des temps. Jeanne par l'innocence de son âge et de sa vie, l'humilité de sa condition, était apte à recevoir ces communications. Le manière dont elle dit les avoir reçues convient aux révélations divines. Montigny énumère quelques-uns des signes déjà indiqués par Lellis et Cybole. Elles ont duré jusqu'au jour même de sa mort. En vertu de ces révélations, Jeanne a prédit des événements futurs naturellement au-dessus de la portée de l'homme. Ces prédictions venaient de Dieu, parce que le démon ne pouvait pas savoir et annoncer, avec la certitude quy mettait Jeanne, des événements de l'importance de ceux que prophétisait la Pucelle. Ces prédictions tendaient à la gloire de Dieu, parce que leur but était d'apporter la paix au royaume très chrétien ; la Pucelle en les faisant ne cherchait aucun intérêt humain. Or dans les prédictions faites par les démons il y a ambiguïté et quelque côté qui éloigne de Dieu. Les calamités de la France, et particulièrement du peuple, étaient comme intolérables ; la prière et les gémissements montaient vers le ciel, car on ne voyait pas comment tant de malheurs pouvaient humainement finir. 11 est dans l'ordre de la foi que Dieu, touché de compassion, soit intervenu par un instrument aussi apte à le manifester que l'était la Pucelle.
La Pucelle est devenue meilleure à la suite des révélations. Depuis lors elle n'a plus dansé avec ses compagnes ; elle a ressenti le désir de l'apôtre, celui de mourir pour être avec le Christ; elle était exhortée à une vie sainte, à la virginité qu'elle a gardée ; à la réception des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, dont elle s'approchait souvent, lorsqu'elle était en liberté, qu'elle réclamait dans sa prison avec grandes instances, quoiqu'on lui ait refusé jusqu'à l'audition de la messe.
Dieu était la fin de toutes ses œuvres. Loin de s'ingérer d'elle-même dans son expédition guerrière, elle a dû y être en quelque sorte contrainte par ses voix ; leurs inspirations étaient si fortes, qu'elle ne pouvait plus se supporter elle-même, ainsi qu'elle le dit.
Peut-être que si elle avait soumis à l'Eglise tout ce qui se passait en rfle, on lui aurait fait une obligation d'obtempérer*, selon cette parole
1. « Potiùs increpanda veniret si dictis revelationibus. . . non acquiesceret. »