MONTIGNY. — LE PROCÈS INTENTÉ SANS FONDEMENT
tiré de Tavenir, quand elle annonçait aux ennemis qu'avant sept ans ils perdraient un gage plus grand que celui qui leur avait été enlevé devant Orléans. Signe alors à venir, aujourd'hui réalisé. Ce double témoignage de rÉcriture et du miracle pouvait convaincre les adversaires qui avaient tious les yeux son admirable patience, sa grande abstinence, l'inspiration ({ui lui permettait de répondre constamment à toutes et à chacune des interrogations qui lui étaient faites. C'était au point que les interrogateurs étaient confus; ils avaient les preuves sous les yeux '.
Ils devaient par suite juger que c'était de Dieu qu'elle venait et que menaient ses œuvres.
Ils voyaient, selon qu'elle l'avait annoncé, leur puissance diminuer, celle du parti royal s'accroître ; elle faisait une différence entre les Bourf^iignons et les Anglais. Les Bourguignons devaient faire leur paix, ou être soumis par les armes ; les Anglais devaient être expulsés, ce que nous voyons aujourd'hui accompli.
A l'entendre affirmer avec tant d'assurance, à la suite de tant d'autres faits, qu'avant sept ans ils perdraient un gage plus grand que celui d'Orléans, ils pouvaient soupçonner son inspiration ; ils devaient dire ce que Gamaliel, secret disciple du Sauveur, disait des apôtres : Cessez de tourmenter ces hommes; si leur parole vient de l'homme, elle tombera d'ellemême; si elle vient de Dieu, vous ne pouvez la faire trouver en défaut, et vous courez risque de combattre contre Dieu (Act. Ap., V).
Jeanne semble avoir été animée d'un esprit de prophétie qui lui faisait connaître dans le passé, dans le présent, et dans l'avenir, des secrets qui se dfîrobent au regard des hommes. Sans les avoir jamais vus, elle a reconnu Baudricourt et le roi; elle a signalé une épée cachée en terre dans 1 église de Fierbois ; elle a prédit l'avenir avec grande assurance, disant en être aussi certaine que de la présence de ceux qui étaient sous ses yeux.
Le diable, ainsi que lenseigne saint Augustin, se cache comme le font ceux qui veulent nuire. Les hommes spirituels qui, d'après l'Apôtre, jugent de tout et ne sont jugés par personne, possèdent, d'après saint Grégoire, un sens intérieur qui leur fait discerner ses fourberies des inspirations du divin esprit. On en voit des exemples dans la vie des saints, spécialement de saint Martin et de saint Benoit. La Pucelle a avoué avoir reçu de Dieu ce discernement, et n'avoir jamais été trompée par les contrefaçons de l'ennemi. Aussi, soit qu'elle parle d'elle-même et de son s^lut, soit qu'elle parle du roi, naturel héritier du royaume, comme fils
|- M Poterant adversarii credere, si voiuissent, maxime cum de ipsius patientia mira- ^'ili* ûbstinentia grandi, et iliustratione qua ad cunctas et singuias quœstiones etiam u^nicillimas eidem propositas coram constanter respondit, in tantum ut confusi Tidei^ntur interrogantes ; fuerunt ocuiatim informati. » (F® clv r«).
du roi, car, dit TApôtre, s'il est fils, il est l'héritier; soit quelle parle du royaume qu'il doit recouvrer; on ne trouvera rien d'opposé à la loi de Dieu ; tout y est conforme.
Dans le doute, c'est en bonne part qu'il fallait interpréter, ainsi que le prescrivent les saints canons.
Il y a plus : supposons qu'elle eut été trompée, et qu'au lieu d'esprit^ bons auxquels elle croyait adhérer, ce fussent des esprits mauvais qui l'illusionnaient ; ils ne lui conseillaient rien de mal ; elle n a fait, à leur persuasion, rien de répréhensible; il n'y avait pas lieu de la tenir pour hérétique, ni de la suspecter d'hérésie. Le droit canon le dit en termes exprès. Un sectaire se présente au nom d'Augustin, de Jérôme, d'Ambroise, et demande qu'on adhère à la doctrine de ces Pères; celui qui croit au sectaire pour ce motif n'adhère pas à l'hérétique ; il consene la foi catholique, ainsi que l'enseignent les canonistes. Ce qui montre d'une manière toujours plus évidente que l'on ne pouvait pas lui intenter un procès pour hérésie.
Montigny termine cette première partie par une sorte de récapitulation, où se trouvent quelques idées nouvelles qu'il est inutile de rele>^r. et il passe à la seconde.