‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 169 sur 381 · THOMAS BASIN ET SON MÉMOIRE SUR LA PUCELLE · texte numérisé non relu

THOMAS BASIN ET SON MÉMOIRE SUR LA PUCELLE

plan de conquête fort loué du roi et des généraux. Il méritait Thonneur, qui lui fut accordé, de haranguer le roi à son entrée à Rouen.

Le titre de conseiller royal récompensa de si hauts services. Ce ne fut pas pour l'évèque de Lisieux une raison de quitter son troupeau ; en dixsept ans d'épiscopat, il ne vint que deux fois à Paris. Un prélat de cette valeur devait être naturellement consulté dans la grande cause de la réhabih'tation de la martyre. Quoique le mémoire de Basin ne porte pas de date, il fut certainement Tun des premiers composés.

Un autre mémoire fort curieux est celui que Basin écrivit pour la réforme de l'administration de la justice. Le tableau qu'il fait de la manière dont elle se rendait au premier tribunal de la province, TEchiquier de Rouen, donne une triste idée des facilités accordées au droit pour se faire jour. Basin aurait voulu une réforme basée sur le modèle du tribunal de la Rote, à Rome. Il en décrit le fonctionnement ; il en vante FÉquité, la prompte expédition des affaires, en même temps que leur sérieuse étude. Le prélat jouit, durant tout le règne de Charles VII, d'une existence calme et honorée ; il ne devait pas en être ainsi sous le règne du successeur, Louis XI. Les écrits de Basin prouvent que Tévèque se faisait du pouvoir ridée qu'en donnent les grands théologiens et les grands canonistes du moyen âge. Assurer aux sujets la facilité de se mouvoir dans le bien, c'est l'obligation essentielle de celui qui commande; c'est la fin du pouvoir, qui n'est pas une propriété personnelle, conférée premièrement pour l'utilité de celui qui la possède. On sent que l'àme de l'évèque était profondément révoltée par la vue de l'oppression et des exactions exercées sur les multitudes. S'il reconnaît que les armées permanentes ont été une nécessité, afin de refouler l'invasion et de comprimer le brigandage, son regard lui fait voir dans l'avenir les périls qu'elles recèlent. Il voit le pouvoir central, maître de cette force irrésistible, confisquer à son profit les libertés locales et individuelles, et épuiser les peuples d'impôts, pour entretenir cet instrument de tyrannie. Aussi en aurait-il voulu la dissolution, avec la fin des nécessités qui en avaient autorisé la formation. Ce n'est pas à notre siècle qu'il faut demander si les prévisions de l'évèque étaient bien fondées.

Pareilles vues n'étaient pas celles du monarque que l'on appelle justen\ent le fondateur, ou le restaurateur de l'unité nationale. Louis XI voulait abaisser cette féodalité qui, par ses alliances avec l'envahisseur, avait mis en si grand péril Texistence de la France, durant la guerre de cent ans. Des esprits même bien intentionnés pouvaient, selon qu'ils étaient plus frappés par le besoin d'unité ou la crainte du despotisme, î^ouhaiter ou redouter l'accroissement du pouvoir royal. Basin était de ceux qui le redoutaient; il est permis de croire que ce fut le motif qui le

fit adhérer à la ligue du bien public^ avec un désintéressement que n'avaient pas tous les confédérés. La ligue fut vaincue; Tévêque de Lisieux, pour échapper aux rigueurs du vainqueur, se réfugia à Louvain.

Louis XI ayant publié une amnistie en 1465, Basin crut pouvoir aller reprendre le gouvernement de son diocèse. Dans cette vue, il se rendit à la cour que le roi tenait tantôt à Bourges, tantôt à Tours. L'audience qu'il sollicita ne lui fut accordée qu'après une attente de six mois. Loin de lui permettre de rentrer dans sa ville épiscopale, Louis XI Tcnvoya présider la cour souveraine du Roussillon récemment annexé à la France. Perpignan, à cause de ses chaleurs, était alors regardé comme meurtrier pour les Français du Nord. Basin y remplit, durant quatorze mois, à la satisfaction de tous, ses fonctions de premier magistrat, si bien que Tévèché d'Elne étant venu à vaquer, le chapitre lui demanda d'accepter le titre et les fonctions de pasteur du diocèse. Loin de vouloir répudier sa première épouse, l'évéque normand, selon l'esprit des saints canons, était en instances pour la revoir et se dévouer à ses besoins. Le crédit de Tévêque d'Avranches, Bochard, un autre apologiste de la Pucelle, avait fini par obtenir l'autorisation demandée, et Texilé se mettait en devoir de rentrer, lorsqu'il apprend que les dispositions du roi sont changées, et qu'un courrier vient à sa rencontre, muni d'un ordre lui intimant de rester à Perpignan.

Sans l'attendre, Basin quitte la ville, se dirige vers le Dauphiné, s'efforce de dépister le messager, et atteint Genève, où le duc de Savoie tenait alors sa cour. Le courrier le poursuit, perd sa trace, revient sur ses pas, finit par Tatteindre à Genève, et lui signifie le commandement dont il est le porteur.

Basin, craignant qu'on n'en veuille à sa vie, reste au-delà de la frontière; habite successivement Bàle, Louvain, Trêves; mais durant ce temps le temporel de lamense de Lisieux avait été saisi, et les frères de Févêque, chargés par lui de l'administration, jetés dans les cachots. Ils en sortirent après un an de détention, à la condition d'aller raconter à leur frère tout ce qu'ils avaient souffert, et ce qu'ils étaient menacés de souffrir encore. Louis XI mettait en jeu ces moyens barbares pour obtenir la démission de l'évéque de Lisieux: il arriva à ses fins. Le prélat persécuté se rendit à Rome auprès de Sixte IV, renonça à son évêché de Normandie, et reçut en échange le titre d'archevêque de Césarée de Palestine, in partibus in/idelium. C'était en 1474. Après quelque temps de séjour à Trêves, Tarchevèque de Césarée habita successivement Louvain, Liège, Utrecht, Bréda, €t finit par se fixer à Utrecht, où il vécut jusqu'à sa mort, arrivée le 2 décembre 1491. Les plus grands égards entourèrent Basin sur la terre étrangère ; et c'était justice.

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