IV. — Eimmération de quelques défauts de forme
V. — Le but poursuivi était de diffamer le roi et le royaume. M. — Divisions du mémoire de Berruyer.
C'était encore un des plus doctes et des plus dignes évêques de son temps que Martin Berruyer, évêque du Mans, auteur du mémoire qui va être reproduit.
Il tirait son origine d'ime famille de Touraine, féconde pour l'Eglise en hommes distingués, écrit le savant auteur de V Histoire de l'Église du Mans^ dom Piolin. Il vint de bonne heure se former au savoir dans TUniversité de Paris, y enseigna, après avoir conquis sa licence es arts, et parvint au rectorat en 1420.
II s'adonna ensuite à la théologie et fit partie de la maison de Navarre, où il se lia d une étroite amitié avec Gérard Machet. La correspondance du confesseur du roi renferme plusieurs lettres adressées à Martin Berruyer. L'évêque de Castres y professe la plus grande estime pour le savoir, l'éloquence et la piété du docteur, à cette époque doyen (non résidant) du chapitre de Tours. Il songeait à l'élever à la dignité de chancelier, à la place de Jean ChufTart, le chancelier cabochien, dont il a été déjà longuement parlé au second livTC de cet ouvrage. L'on voit que Machet comptait sur Berruyer, comme sur Cybole, pour relever les études de leur déchéance, et réaliser la réforme scolaire, qu'à défaut de Machet, devait accomplir le Cardinal d'Estoute ville.
L'évèque du Mans députa Berruyer au concile de Bâlepour le remplacer eu qualité de procureur. L'on ne trouve pas que Berruyer se soit compromis dans les odieux attentats de la schismatique assemblée. Elle lui
confia au contraire une mission fort honorable, exigeao/^iuide doctriDc et grande vertu, celle de se rendre en Bohème pour y travailler à ramener les Hussites.
Le décanat de Téglise de Saint-Martin de Tours fut la récompense de sa périlleuse mission.
En 1449, le choix du chapitre du Mans appela le docte doyen à venir s'asseoir sur le siège épiscopal de cette ville. Martin Berruyer inaugura son épiscopat en faisant bâtir son tombeau ; il fit son testament et le signa sur le sépulcre qu'il s'était fait construire.
Avec Richard de Longueil, évèque de Coutances, il fut envoyé à la rencontre de l'ambassade qui venait prendre Magdeleine de France, fiancée à Ladislas de Hongrie. En i 456, il était un des pères du concile de Vannes, et assista en cette qualité à la levée du corps de saint Vincent Ferrier.
Trompé par une aventurière qui se donnait comme favorisée de usions et de grâces extraordinaires, Berruyer en conçut un tel regret qu'il voulait se démettre de la dignité épiscopale. Ses amis l'en empêchèrent; il occupa le siège du Mans jusqu'à sa mort arrivée en 1466.
Berruyer, ne faisant pas partie de la commission nommée pour la révision du procès de Rouen, n'a pas pu la présider, ainsi que l'a écrit le savant auteur de Y Histoire de l'Église du Mans; mais par son mémoire il a préparé la réhabilitation \
Ce mémoire, un des plus courts de ceux qui sont insérés dans le second procès, est, pour la question de fond, le plus complet après la récapitulation de Bréhal. Il n'est pas, je crois, une seule question abordée parles autres que Berruyer ne touche, et il est des points de vue indiqués par lui que l'on chercherait vainement dans les travaux déjà exposés.
Il ne se perd pas dans la thèse qu'il énonce brièvement; mais il se tient dans les faits qui en montrent l'application à Jeanne. Sa division est précise, nette; l'attention ne s'égare pas. C'est ce qui fait que son travail est ici traduit presque dans son entier.
Le mémoire de Berruyer est un des derniers composés ; il porte la date du 7 avril 1456, trois mois avant le jugement réparateur. Le savant auteur avait entre les mains le procès de Rouen, et peut-être plusieurs des travaux justificatifs déjà composés; il connaissait au moins leur existence.
1. Sur Berruyer voir : Histoire de Véglise du Mans, par dom Piolin. Du Boulav, l- • p. 903. QoiCHERAT, Procès, t. III, p. 314, note; lettres inédites de Machet, f* «2 r*, iJ' • 31, 60, 61 T^, 70 V», 71 v«, 79® ; d'après une pagination.