LA PERSONNE DE JEANNE, C'EST-A-DIRE SON AGE, SA CONDUITE OU SA VIE
De tendres jeunes filles n'ont pas coutume d'être sorcières, deiîneresses, de former avec les démons des pactes exprès ou tacites. Les femmes, qu'ordinairement Dieu permet aux démons de tromper, sont des femmes avancées en âge ; c'est une punition de leur défaut de foi, ou de quelque autre péché particulier. Quand Jeanne reçut sa première révélation, elle n'était guère que dans sa treizième année, et on ne lui connaissait pas de vice. Bien plus, pour en venir à sa vie, elle était humble, adonnée à la dévotion, au jeûne, à la prière, passait une partie de ses journées et de ses nuits en supplications accompagnées de soupirs, de gémissements, de ruisseaux de larmes. Elle fréquentait l'église, se confessait souvent, se réconfortait du pain supersubstantiel.
C'est lorsqu'elle jeûnait qu'elle entendait surtout ses voix; il en était ainsi de Daniel, qui après son jeûne fut favorisé de l'apparition des anges (Daniel, X); elle entendait encore ses voix, à l'heure de complies, quand on sonnait VAve Maria.
A l'apparition des esprits, elle se signait du signe de la croix; l'instinct céleste qui l'animait la poussant à tracer le signe divin, terreur des démons, et moyen de les mettre en fuite. Elle n'a jamais rien demandé aux esprits, assure-t-elle, que le salut de son âme. Dès qu'elle eut entendu les
voix, elle ne se mêla plus aux jeux dissipants, ainsi qu'on peut le voir au procès.
Des informations ont été faites à son lieu d'origine sur sa vie et sur sa conduite. Toutes étant à sa louange, Tévêque de Beauvais se garda de les faire paraître dans l'instrument du procès.
Loin de la maison de son père, elle logeait, partout où elle en rencontrait, chez des femmes de piété, de bon renom^ de vertu, et se liait avec elles. Elle ne traitait avec les hommes que lorsque c'était requis pour l'exécution de sa mission. On connaît la licence qui règne dans les camps, au milieu des gens libertins qui les composent. Jeanne a gardé jusqu'à la fin de sa vie la fleur de sa virginité ; c'est ce que publie la renommée; ce ne peut être qu'un don de celui qui lui avait commandé de vivre dans pareil milieu. D'après les enquêtes déjà faites avant sa condamnation, des matrones turent chargées d'examiner le fait; son intégrité fut constatée; mais ordre fut donné de garder le secret, et de ne pas divulguer le résultat de l'examen.
Qui oserait avancer que Dieu aurait permis qu'une jeune fille d'un âge si tendre, ornée de tant et de si grandes vertus, devint le jouet des esprits de malice? Il faut dire bien plutôt qu'elle était éclairée par l'esprit de Dieu.