JEAN BOCHARD DIT DE VAUGELLES. — SON MÉMOIRE
d'épiscopat *. Son mémoire sur la Pucelle est reproduit ici tout entier, à raison même de sa brièveté. On y trouvera sur le mont Saint-Michel de Normandie une remarquable particularité, qui a échappé aux auteurs des mémoires précédents. La phrase de Bochard est longue et prolixe. On dirait une imitation gauche et mal réussie de la période cicéronienne. Laissons la parole à Tapologiste.
Il y a peu de jours, que je fus amené par les affaires de mon Église d'Avranches, dans cette ville de Paris ; et là, les vénérables et révérends Pères dans le Christ, messeigneurs l'archevêque de Reims, l'évêque de Paris, et avec eux honorable et religieuse personne, Jean Bréhal, de 1 ordre des Frères Prêcheurs, professeur de sacrée théologie, Inquisiteur de la perversité hérétique dans le royaume de France, m'ont fait un commandement, au sujet d'une affaire pour laquelle ils ont commission et spéciale délégation de la part du Siège Apostolique.
Il s'agit du procès fait à Rouen, il y a près de 25 ans, par celui qui à cette époque était le révérend père dans le Christ, le seigneur évêque de Beau vais, contre une étonnante et merveilleuse femme, universellement connue sous le nom de Jeanne la Pucelle.
Faut-il confirmer, faut-il infirmer le dit procès ? Que penser de ce qui y est allégué contre la dite Pucelle? Les révérends commissaires veulent que je leur donne mon sentiment par écrit.
J'ai vu de prime abord que c'était là un sujet grandement relevé, hérissé de grandes difficultés, sur lequel je n'aurais jamais eu la présomption de me prononcer, surtout en si peu de temps, si l'autorité des dits seigneurs commissaires n'eut été pour moi un commandement à part.
Après protestation que je ne veux rien avancer qui puisse être ou paraître contraire à la saine doctrine, il me semble que toute la question se réduit à deux points principaux. Le premier, qui est comme le fond, regarde ce qui a été allégué contre la dite Pucelle par ses adversaires et juges; le second se rapporte à la forme, à l'ordre de la procédure suivie contre elle, jusqu'à la sentence définitive et à la condamnation.
Je ne veux pas faire un traité sur ces deux points. J'ai appris que quelques prélats et docteurs de renom l'avaient fait avec grands développements, profondeur, de manière à épuiser le sujet. — C'est brièvement,
1. Sur Bochard, voir Gallia christianaj t. XI, col. 493; du Boulay, t. V, p. 706, etc.
sommairement, et comme en passant que je formulerai mon avis, tel que j'ai pu me le former sur le fond et sur la forme, d'après un extrait abrégé, dû au seigneur Paul Pontanus, avocat consistorial de grand poids, en coar de Rome.
Je donne mon sentiment tel quel, sous le bénéfice de la protestation déjà émise, et en l'abandonnant à la correction de plus sages que moi.
La question de fond. — De nombreuses inculpations ont été portées contre la dite Pucelle. Les principales semblent être les suivantes : elle disait avoir eu de fréquentes visions des esprits, à savoir de saint Michel, de sainte Catherine, de sainte Marguerite; en avoir reçu des révélations, des consolations ; elle leur a rendu un culte ; elle a prédit de science certaine plusieurs événements futurs et contingents : elle a quitté ses parents, sans licence de leur part. Portant vêtements d'homme, une armure, les cheveux courts, elle s'est jetée dans les combats ; elle n'a pas voulu, pour les faits qu'on lui reprochait, se soumettre au jugement de l'Église militante; après avoir solennellement abjuré les apparitions et les révélations de ses esprits, après avoir publiquement renoncé à son vêtement d'homme, elle a repris ce même vêtement, et a de nouveau attesté la réalité de ses visions.
Jeanne a-t-elle eu ces visions et apparitions? Sans doute ces secrets mystères de Dieu sont difficiles à pénétrer par les hommes; mais il ny a là rien qui soit impossible à sa puissance, rien de contraire à la foi catholique; car le Seigneur apparait à ceux qui ont foi en lui (Sap., c. I), et au chapitre xiv de saint Jean, il est écrit de celui qui aime Dieu : Nous tiendrom à lui et nous ferons notre demeure chez lui. — Toute la suite des Écritures, tant l'Ancien que le Nouveau Testament, nous montre que des apparitions ont eu lieu, que lesprit de prophétie a été départi, et aux hommes et aux femmes, et non seulement aux justes, mais même aux méchants.
Supposé, ce qui, — vu les paroles et les actes de la Pucelle, —semble vraisemblable, supposé quelle ait eu semblables révélations, venaientelles des bons, venaient-elles des mauvais esprits?