‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 215 sur 381 · JEAN BOCHARD DIT DE VAUCELLES. — SON MÉMOIRE · texte numérisé non relu

JEAN BOCHARD DIT DE VAUCELLES. — SON MÉMOIRE

Pour répondre, il faut, ce semble, considéper deux choses : quelle était la fin, et quels ont été la vie, les mœurs, le trépas de cette Jeune fille?

Les actions humaines, en effet, tirent principalement leur bonté ou leur malice, de la fin qui les inspire. C'est une maxime de morale que celuilà est bon qui se propose une fin bonne ; que celui-là est mauvais qui se propose une fin mauvaise. Les esprits bons poussent à une vie bonne, c'est-à-dire à des mœurs honnêtes; ils mènent aune fin chrétienne.

Dans cette jeune fille, les paroles, les affirmations, et, ce qui est autrement certain, les actes, les œuvres, ont manifesté clairement à tous quelle était sa fin spéciale, le but de sa mission.

Ce royaume très chrétien était réduit à la dernière extrémité ; les Anglais roccu paient par la plus injuste des usurpations. Jeanne est venue pour les expulser fort légitimement et fort justement; pour remettre sur le trône notre roi Charles actuellement régnant, alors comme chassé et banni de son royaume ; elle est venue pour le faire sacrer et couronner. Comment tout cela a été accompli, les faits le proclament.

II n'y a là rien que de bon et d'honnête, non seulement en soi, mais encore dans les circonstances et dans la manière dont la Pucelle a tout conduit. Avant de donner le moindre assaut aux ennemis, avant la plus petite attaque, par un procédé plein de miséricorde et d'humanité, elle les a avertis et sommés au nom du Seigneur de se retirer paisiblement, de rendre justement ce qu'ils occupaient et détenaient injustement.

Jeanne ne se lassait pas d'invoquer le nom et le secours de Dieu; elle le faisait avec piété et dévotion; elle fréquentait assidûment les sacrements de Confession et de la divine Eucharistie.

Cette jeune fille candide, seule, au milieu de tant de gens, et de quelle condition ! a gardé sans tache son intégrale virginité.

Elle n'a pas cessé de réprimer dans les autres au nom du Seigneur, et de toute l'étendue de son pouvoir, la perversité des mœurs, les excès condamnables, tout acte illicite, tels que blasphèmes^ jurements, violences, homicides, larcins et semblables iniquités. Tout cela manifeste, et la bonté de la fin pour laquelle elle était spécialement suscitée, et l'éclatante honnêteté de sa vie et de ses mœurs.

Une révélation pourrait seule nous faire connaître avec certitude quel fut son trépas. Ce que l'on peut dire, c'est qu'on l'a vue toujours plus parfaite à mesure qu'elle approchait de sa fin. Des milliers de spectateurs l'ont entendue invoquer sans cesse, à grands cris, Jésus, la bienheureuse vierge, les saints et les saintes ; ils l'ont vue au milieu des flammes rendre son esprit à Dieu pieusement, catholiquement.

11 semble en résulter et, à mon avis. Ton peut conclure que la Pucelle

a été envoyée par le Dieu de miséricorde et de justice pour les fins déjà indiquées.

On peut tirer un nouveau motif de la considération de ceux qu'elle combattait. Les Anglais étaient alors enflés de présomptueuse témérité et d'un intolérable orgueil. Us oubliaient que, pour être fort, Ton n'est pas pour cela en sécurité. Ce n'est pas dans mon arc que j'espérerai^ et ce n'est pas mon glaive qui me sauvera^ disait le roi-prophète (ps. XLOI). Ce n'est pas le nombre des combattants qui décide de l'issue des batailles^ c'est du cielgue vient la victoire, est-il écrit au premier livre des Machabées (c. m). C'est par Toubli de ces oracles que les Anglais ont mérité d'être précipités du faite d'un orgueil sans mesure. Dieu qui a choisi l'infirmité pour confondre la force, qui donne sa grâce aux humbles autant qu'il la refuse aux superbes, Dieu qui a établi comme loi universelle de la nature que les contraires seraient guéris par les contraires. Dieu a voulu renverser tant de hauteur par la victoire de la bassesse. Et comment opposer plus de bassesse à tant d'élévation ! Jeanne était la plus simple des filles, d'environ treize ans, nourrie aux champs, loin de la foule, à la suite des troupeaux: et c'est là, à la suite des brebis, que Dieu l'appelle. Comment prendre plus bas? Tout comme pour briser l'orgueil de Lucifer, il était impossible de trouver plus d'humilité que n'en possédait la très sacrée vierge Marie.

Que les esprits qui apparaissaient à la Pucelle fussent saint Micbel sainte Catherine et sainte Marguerite, cela me parait vraisemblable pour saint Michel.

Saint Michel fut autrefois le guide du peuple de Dieu. Il transmettait à ce peuple les révélations du ciel, ainsi que l'enseigne la glose au vi* chapitre des Juges et au x' de Daniel. Maintenant que l'ancien peuple est dispersé, que l'Église est fondée, la foi établie ; il ne saurait être douteux que le bienheureux Archange ne préside à la conduite de l'Église et de toute la Chrétienté. Mais parmi tous les royaumes de la Chrétienté, il doit, plus que sur tout autre, veiller sur ce royaume de France, auquel un éclat particulier dans le culte divin, le flambeau de la foi toujours conservé dans sa pureté et sans obscurcissement, ont fait donner, comme témoignage d'une spéciale et particulière prérogative, même parles autres nations, le nom de très chrétien.

On peut l'induire encore d'un fait singulier. Dans mon diocèse d'Avranches, l'Archange se choisit autrefois une roche au milieu des flots de la

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