‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 216 sur 381 · JEAN BOCHARD DIT DE VAUCELLES. — SON MÉMOIRE · texte numérisé non relu

JEAN BOCHARD DIT DE VAUCELLES. — SON MÉMOIRE

mer, pour y être très particulièrement honoré. C'est le récit de nos vieilles histoires. Le Bienheureux Aubert, alors évêque d'Avranches, y fit bâtir, en l'honneur et sur Tordre même de TArchange, une église fameuse appelée depuis église de Saint-Michel en Tombe. Or c'est le seul lieu de la Normandie qui n'ait pas été subjugué par les Anglais. Tout le duché était conquis. Les lieux circon voisins, pendant la durée des guerres, étaient ennemis du mont Saint-Michel. Blocus très rigoureux et prolongés, machines merveilleuses, embuscades, trahisons, engins de tout genre, tout a été mis en œuvre, sans que les Anglais aient pu parvenir à s'en rendre les maîtres. Le Bienheureux Archange en personne a couvert ce lieu d'une particulière et souveraine protection.

Aussi le roi très chrétien peut-il s'approprier les paroles de Daniel, et dire avec ce prophète : Voilà que Michel, le premier parmi les princes premiers, est venu à mon aide.

Il est encore vraisemblable que c'étaient sainte Catherine et sainte Marguerite qui apparaissaient à la Pucelle. Depuis son enfance, et presque dès les premières lueurs de sa raison, Jeanne, sans jamais se démentir, a professé pour elles une singulière dévotion. Pour la soutenir, et aussi parce que les femmes peuvent agir avec les femmes plus familièrement que les hommes, Dieu a voulu révéler à la Pucelle par ces saintes vierges ses secrets mystères, conformément à la mission de miséricorde et de compassion dont il l'avait investie.

Pour ce qui est du vêtement d'homme, des armes, des cheveux coupés, des batailles auxquelles la Pucelle a pris part, il ne semble pas qu'il y ait là juste sujet de blâme.

Dès qu'elle était envoyée par Dieu, ainsi que, d'après ce qui vient d'être dit, c'est maintenant supposé, il convenait que par disposition divine elle portât les vêtements, adoptât les mœurs, la tenue, en harmonie avec la fin de sa légation. C'est d'autant plus vrai qu'en tout cela il n'y a rien de mauvais par nature, et qui ne puisse être fait sans péché, lorsqu'un besoin raisonnable le demande.

Pour la fin de sa mission, elle devait porter les armes, surtout les armes défensives, et par suite se faire couper les cheveux, vêtir un habit d'homme plutôt qu'un habit de femme. C'était bien plus convenable pour la garde de sa virginité et de sa chasteté. Une adolescente, à la fleur de Tâge, en costume de femme, eût été une constante excitation au libertinage, pour ceux que de toutes ses forces elle portait à la vertu.

La défense faite, au xvii* chapitre du Deutéronome, à la femme de ne pas prendre des vêtements d'homme, à Thomme de ne pas prendre des vêtements de femme, avait pour but d'écarter des Juifs des occasions de débauche et d'idolâtrie tout à la fois. Mais, lorsque sous un vétemenl d'homme la chasteté est mieux sauvegardée dans soi et dans les autres, pourquoi n'y aurait-on pas recours?

Pour semblables motifs, plusieurs femmes ont porté des vêtements d'homme et se sont coupé les cheveux. Telles sainte Thècle disciple de l'apôtre saint Paul, sainte Eugénie, la bienheureuse Nathalie épouse du bienheureux martyr Adrien, les saintes Maxime, Euphrosine, Audoène et bien d'autres.

L'on ne doit pas davantage lui faire un crime d'avoir quitté ses parents sans leur licence, puisque c'était l'esprit de Dieu qui la poussait. Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Cette obligation prime toutes les autres, môme celles dont on est tenu envers son père et sa mère. Il est vraisemblable que si elle leur avait demandé congé, ils auraient voulu, et avec raison, connaître les motifs d'un semblable éloignement, pénétrer des secrets qu'elle ne pouvait pas révéler. Si elle avait découvert la vérité tout entière, ils l'eussent regardée comme tombée en démence, n'eussent pas cru à sa mission et l'eussent fort maltraitée.

Il n'est pas étonnant qu'elle ait prédit un avenir incertain par sa nature, dès que nous admettons que, par le ministère des esprits bienheureux, elle était enseignée, dirigée, par celui dont l'éternel regard voit tout à l'état de présent.

Pour ce qui est d'avoir refusé de se soumettre au jugement de l'Eglise militante, ses actes et ses paroles attentivement examinés ne me semblent fournir matière à aucun blâme.

Tous les points sur lesquels elle a été pressée de se soumettre au jugement de l'Église militante, Jeanne affirme les tenir de Dieu par révélation. Elle en avait par suite la connaissance la plus absolue, et la certitude la plus complète, tandis que c'était chose inconnue et peut-être incroyable à tout autre qu'à elle-même. En cas semblable, personne ne doit être contraint d'abjurer pareilles communications; sans quoi le commandement semblerait être inique et injuste. Ce que l'on sait ainsi, avec tant de certitude par révélation, laisse libre selon la parole de l'Apôtre: Là oùe^t l'esprit de Dieu, là est la liberté (II Cor., IV) ; et encore : Si vous êtes conduit par l'esprit, vous n'êtes plus sous la loi (Gai., V). La loi du Saint-Esprit est une loi supérieure, exemptant de toute loi contraire.

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