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lice, scandaleuse, perturbatrice de la paix et de la concorde, subversive de VordrcL hiérarchique ; elle la dénonce comme telle aux autres universités et à Tépiscopat. Elle déclare suspendus de leurs grades universitaires, inhabiles à les acquérir, les religieux mendiants, tant que leurs Ordres respectifs n'auront pas renoncé à la Bulle de faveur.
Ceci se passait le 22 mai 1456, au moment même où le procès en réhabilitation était poussé avec plus de vigueur. L'ordre des Frères Prêcheurs, à raison même de la place prééminente qu'il occupait dans la confiance des fidèles, était plus qu'aucun autre l'objet des jalousies de TUniversité. Bréhal, Grand-Inquisiteur, supérieur du couvent Saint-Jacques de Pans, était par position appelé à tenir tète à l'orage. Il le fit, et composa, à cette occasion, son traité du pouvoir qu'ont les ordres mendiants d'entendre les confessions des fidèles. C'était le point principal du litige. L'Université soutenait que, sous peine d'avoir à recommencer leurs confessions, les fidèles devaient se confesser à leur curé, ou à ceux que le curé aurait autorisés.
Le connétable de Richemond s'interposa pour amener la paix. Le 18 février 1457, il se présenta en compagnie de l'archevêque de Reims et de l'évèque de Paris, escorté des religieux dégradés, dans une asserahlée générale de l'Université. Il demanda la permission de parler en français et le fit en faveur de la concorde. Bréhal se contenta d'ajouter : Présupposé premièrement les conclusions prises par Monseigneur le Connétable ci-présenty nous vous requérons et supplions très humblement, tant que faire pouvons, qu'à celles requêtes et conclusions vous plaise obtempérer, à nom recevoir comme membre et suppôts.
La soumission fut trouvée insuffisante, hautaine et refusée comme telle. Le Connétable prit alors les religieux à part, et il fut statué que le prieur des Augustins, plus souple que Bréhal, parlerait en termes plus expUcites. Richemond ramena les dégradés en disant: Messieurs, je vous ramène m bons religieux vos suppôts qui n'étaient pas bien avisés, quand ils ont fait leur supplication, et maintenant je vous les ramène mieux avisés. Le prieur des Augustins fit une soumission qui fut agréée, et l'Université rendit aux Ordres Mendiants les privilèges attachés aux degrés scolaires. Mais le Général des dominicains, averti sans doute par Bréhal, protesta contre les conditions de cette paix ; et ses subordonnés furent encore, durajit quelque temps, suspendus des degrés universitaires \
III. — C'est lorsque la querelle venait d'éclater avec plus d'acuité, que Bréhal fut appelé par la commission apostolique à composer sa \'a^^te
1. Sur cette querelle voir Grevier, t. IV, p. 224 et seq. Du Boula y, t. V, p. 601 els^l-
RÉCAPITULATION DU GRAND INQUISITEUR JEAN BRÉHAL. 451
récapitulation. Ce traité ne se sent pas des préoccupations que le débat devait causer au premier représentant des inculpés. La récapitulation est complète; il est peu ou point d'aperçus indiqués dans les mémoires précédents qui ne se trouvent dans celui-ci ; et il en est de nouveaux. Bréhal a donné à son travail une forme personnelle; il ne fait qu'une ou deux fois allusion aux travaux qu'il est censé résumer.
Ayant en mains toutes les pièces, il devait être et il est beaucoup plus affirmatif que les auteurs des traités précédents. Sans développer aussi longuement ses majeures que Bourdeilles, il insiste cependant aussi sur des considérations mystiques, qui feront sans doute sourire ceux qui ne réfléchissent pas que Dieu apporte dans les merveilles du monde surnaturel Tordre, le nombre, le poids et la mesure, qu'il apporte dans les merveilles du monde de la nature. Je ne les ai pas supprimées; mais j'ai abrégé les développements qu'il donne à ses majeures, élagué nombre de textes qu'il cite pour les prouver. Je me suis attaché à reproduire intégralement l'application qu'il en fait à sa cliente, sans rien ajouter de moi-même, mais aussi sans être esclave des mots et des tours de phrase.
IV. — Bréhal divise son œuvre en deux parties. Dans la première, il traite du fond de la cause ; dans la seconde, de la forme ou de la procédure. Cette dernière est peut-être plus remarquable que la première. La conduite de la martyre y est présentée dans son vrai jour; celle de l'Université, malgré les précautions dont l'auteur s'entoure pour restreindre le nombre des coupables, y est enfin jugée. L'on verra qu'il ne veut pas que tous les coupables restent impunis. Ses appréciations doivent désormais servir de flambeau à l'historien de la Pucelle.
V. — Bréhal débute par quelques considérations générales sur la vérité. Tout l'invoque. Même ceux qui embrassent le faux veulent le parer des couleurs du vrai. C'est une grande iniquité de trahir volontairement la vérité par amour du mal. L'asile naturel de la vérité, c'est le juge et le docteur. Elle ne peut pas recevoir d'injure plus grave que d'être trahie par ces deux défenseurs attitrés. Quand cette trahison est constatée, il ne faut pas hésiter; le sage alors a un double devoir à remplir : dire la vérité et manifester l'imposteur ; le remplir est œuvre sainte.
Voilà pourquoi, continue Bréhal, sous le bénéfice des restrictions prescrites par l'humilité, après avoir protesté de mon obéissance au Saint- Siège, auquel je suis heureux, dit-il, de soumettre toutes mes paroles et tous mes écrits, je crois que dans la cause poursuivie et jugée contre Jeanne, dite la Pucelle, la vérité a été évidemment et énormément lésée de la double manière indiquée. Elle l'a été par les prétendus juges, qui
ont jugé contre la vérité de la justice; par les assesseurs et les conseiller?, dont les avis ont été au préjudice de la vérité.
Dans toute la suite de la cause deux considérations se présentent: Sur quoi se sont basés les juges pour ouvrir et poursuivre le procès? Comment Tont-ils conduit et conclu ? La première regarde le fond ; la seconde la forme. Ce sera Tobjet de la présente consultation. La première comprend neuf chapitres. Bréhal en donne les titres.