‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 231 sur 381 · BRÉHAL. — LA GUERRIÈRE JUSTIFIÉE ET GLORIFIÉE · texte numérisé non relu

BRÉHAL. — LA GUERRIÈRE JUSTIFIÉE ET GLORIFIÉE

elle a pressé les Anglais de faire la paix dans la justice ; elle était pleine de compassion pour les ennemis prisonniers, ou mal traités; elle en a renvoyé un grand nombre, quelquefois gratis et sans rançon. Où trouver donc là matière de juste accusation ? Saint Augustin dans son livre De verbis Domini n'a-t-il pas écrit ces paroles reproduites dans le décret [Q^ud veros, c. XXIII, q. I) : Les vrais serviteurs de Dieu peuvent justement faire la guerre, non par esprit de cupidité, par soif du sang, mais par amour de la paix, pour réprimer les méchants et assurer la sécurité des bons. Dans le livre contre Fauste, il établit que c'est quelquefois un devoir.

Voudrait-on dire que la guerre est interdite aux femmes? Où est la loi? Alléguerait-on que le texte du Deutéronome : La femme ne portera pas des vêtements d'homme^ peut se traduire : 7îe portera pas l'armure de t homme? Il faudrait dire, dans ce cas, que la raison de cette loi était d'interdire aux femmes juives les pratiques des femmes païennes aux fêtes de Mars. La loi cesse avec la cause qui Ta motivée. Dans un cas de nécessité extrême, la femme quelquefois peut avec utilité faire quelques actes de la vie militaire. De quels éloges TÉcriture sainte comble Débora! Jahel tue Sisara. On pense que Tune et Tautre ont agi par inspiration divine. Saint Jérôme parle de Judith en ces termes : « Dieu la posée en modèle non seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes. En récompense de sa chasteté, il lui a donné de vaincre celui que tous les hommes réunis ne pouvaient vaincre, et de surmonter Tinsurmontable. »

On raconte avec admiration les traits de valeur des Amazones. Tite-Live et Valère Maxime célèbrent le merveilleux trait de la jeune romaine Clélie, passant le Tibre à la nage, arrachant aux ennemis qui les amenaient captives les jeunes filles ses compagnes, et les ramenant saines et sauves à leurs parents.

Après ces citations qui sont ici abrégées, Bréhal continue :

« Qui donc n'exalterait notre Pucelle prédestinée ? Elle a commencé par se soumettre au sévère examen des prélats et des docteurs réunis à Poitiers et ailleurs; elle leur a exposé les raisons de sa mission ; et tous, d'une voix, ont décidé qu'on devait la mettre à l'œuvre*. Elle imitait ainsi l'exemple de la très chaste Judith... Judith se préparant à frapper son grand coup disait aux prêtres : Si vous reconnaissez que ce que j'ai pu exposer est de Dieu, approuvez comme venant de lui ce que j'ai résolu

1. « Quis ergô non approbet et commendet quod per istam eleclam puellam prœclare gestum videmus, prœsertira cum in primis per prœlatos ac doctores se pittavis et alibi i'Uper qualitate suœ missionis districtius se examinandam praebuerit, et raeritô admitti eamdebere voce orani dijudicatum fuerit, more castissimae Judith, etc. » (F<»184, r<>.)

d'accomplir, et priez pour qu'il confirme mon dessein. Les prêtres lui répondirent : Allez en paix, et que Dieu soit avec vous, pour nous venger de tm ennemis (Judith, VIII). :

« Qu'admirable est la divine sagesse vis-à-vis de la Pucelle! Tirée des j champs, et de la suite des brebis, elle monte prestement et sans exercice préalable des coursiers fougueux et même indomptés ; elle les lance et les modère mieux que n'aurait su faire le plus habile cavalier ; elle porte bannière et armure selon toutes les règles de Tart militaire.

« Ce qui est bien plus merveilleux, elle range les armées dans Tordre de bataille le plus parfait ; elle prescrit les règles de Tattaque, et pendant le combat, toujours la première, multipliant sa présence, elle donne à tous hardiesse et courage.

« Le triomphe accompagne ses entreprises. A travers les ennemis, parmi leurs lances et leurs glaives, elle conduit le roi à Reims pour l'y faire couronner. Le couronnement heureusement et glorieusement accompli, elle le promène à travers les villes et les forteresses qui se soumettent sans effusion de sang, les ennemis s'enfuyant épouvantés au seul souffle de son nom.

« Pourquoi insister? Il n'est pas douteux que pour confondre les ennemis et humilier tout orgueil, Dieu n'ait voulu donner à une femme Honneur de sauver le royaume*.

« C'est pour donner toute évidence à ces merveilles, que Dieu a voulu les faire annoncer de longues années avant leur accomplissement

« Rappelons d'abord la prophétie de Bède citée plus haut.

« On raconte qu'avant l'arrivée de la Pucelle, un habile astrologue de Sienne, du nom de Jean de Montalcin, avait, entre autres choses, écrit au roi notre sire les paroles suivantes : Votre victoire sera dans le conseil (Tune

1. « Etenim divinaa dispensationis mira (miraculum)est, ut puella de pascuis el posl fœtantes traducta, confestim grandes emissarios veloces atque etiam féroces leriter seu alacriter conscenderit , quin imô et suprà virorum communem induslriam calcaribus adactos direxerit et compescuerit; vexillum et arma secundum exigentiam miJitaris actus aptissime portaverit; sed, et quod multô mirabilius est, acies exercituum ordinatissime instruxerit, congrediendi et aggrediendi normam et médium non tam prœstiterit, quam semperprœsens et prima audaciam cœteriset animum prœbuerit: ac tandem in cunctis per eam maxime susceptis triumphos felices reportaverit,perhosfc5 intermedios, per enses, pergladios, regera Remis coronandum duxerit, et féliciter ac gloriosè coronatum utique per omnia salvum tandem reduxerit, urbes el oppida obsqv^ hominumcœde subjecerit, exterritos hostes solo sui nominis Ilatu profugaveril. >• {7i^i'^

BRÉHAL. — LA VIERGE LIBÉRATRICE PROPHÉTISÉE. 49a

vierge; poursuivez votre triomphe sans interruption jusqu'à la ville de Paris, etc.

« Merlin, prophète anglais, a écrit les strophes suivantes : Du bois chenu sortira lapucelle qui apportera le remède aux blessures. Dès qu'elle aura abordé les forteresses, de son souffle elle desséchera les sources du mal. Des ruisseaux de larmes couleront de ses yeux; elle remplira file dune kornble clameur. Elle sera tuée par le cerf à dix ramures, dont quatre porleront des diadèmes d'or; les six autres seront changées en cornes de buffles; elles rempliront les îles de la Bretagne d'un horrible fracas ; le bois Danois sera sur pied. D'une voix d*homme il criera : viens^ Cambrie, et joins Comouaille à ton flanc^.

« Il ue faut pas entièrement dédaigner ces vaticinations ; les prophéties de ce Merlin ne sont pas sans renom. Sigebert a écrit : « Merlin a dé- (( voilé bien des choses obscures ; il a prédit bien des événements à venir « dont plusieurs ne peuvent être compris qu'après réalisation. Le Saint- << Esprit est bien le maître de révéler ses secrets à qui il lui plaît ; ainsi « qu'il la fait par la sybille, par Balaam et semblables personnages. » Ces paroles se lisent au chapitre xxx® du XXP livre du Miroir des hktoires.

« Cette prophétie donne d'abord le lieu d'origine de la Pucelle, le bois chenu f dont il a été parlé plus haut, ex nemore canuto eliminabitur. Elimi^ nabitur, c'est-à-dire on la verra naître près de la lisière de ce bois. Or de la porte de la niaison paternelle de Jeanne, l'on voit le bois chenu, ainsi qu'il est dit au procès.

» Le remède aux blessures du royaume abattu a commencé à être ap* porté par Jeanne qui l'a rendu à la santé lorsque, au commencement de sa légation, elle vient vers le roi et les grands de la France {arces) ; ou bien lorsque, au milieu des prélats et des docteurs remplis de sagesse, elle subit à Poitiers un long et rigoureux examen ; ou encore lorsque, les armes à la main et pleine d'intrépidité, elle attaqua les principales villes du royaume (anglo-bourguignon), leurs forteresses, comme à Orléans et à Paris ; ou peut-être lorsque, avec les grands et avec une armée nombreuse, elle conduisit avec tant de bonheur, au milieu des ennemis, le roi à Reims pour l'y faire couronner.

«Par son souffle, c'est-à-dire par ses véhémentes objurgations, elle des-

1. Texte latin donné par Bréhal : « Ex nemore canuto eliminabitur puella,ut medelœ curam adhibeat. Quœ, ut omnes arces inierit, solo anhelitu suo fontes nocivos siccabit; lâcrymis miserandis manabit ipsa et clamore horrido replebit insulam. Interiiciet eam cervus decem ramorura, quorum quatuor aurea diademata gestabunt; sex ver6 residui in cornua bubalorum verlentur, quœ nefando sonitu insulas Britanniœ commovebunt ; excitabitur Daneum nemus et in humanam vocem erumpens clamabit : accède Cambria, junge lateri tuo Gomubiam. »

séchera les sources du mal, tançant les artisans de trahison, les privant de son amitié et de sa faveur.

« Des larmes de compassion couleront par ruisseaux de ses yeux; elle pleurera constamment sur les malheurs du royaume et des Français, très compatissante pour les pauvres, et même pour les ennemis humiliés.

« Elle remplira Vile d'une affreuse clameur. Le bruit de sa renommée victorieuse bouleversera la nation anglaise tout entière, qui craindra d'engager la bataille sous ses yeux.

« Elle sera tuée par un cerf à dix ramures; entendez le jeune Henri qu'une usurpation prématurée avait imposé à la France, et qui avait dix ans quand il la fit mourir. Quatre de ses rameaux portent des diadèmes d'or, parce que durant les quatre années qui suivirent la naissance du même Henri, les Anglais ont montré suffisante justice dans l'exercice de leur puissance ; mais elles se sont changées en cornes de buffles, parce qu'à la suite, foulant aux pieds toute justice, refusant toute liberlé, ils ont imposé aux peuples le joug d'une tyrannie barbare et sans frein.

« Le cri arraché par cet excès d'oppression, nefando sonitu^ le récit de tant de crimes, le bruit des plaintes et des murmures populaires, émouvront les îles de la Bretagne, et l'on réclamera en tumulte un remède, en faveur de la justice entièrement anéantie. Les mêmes excès se prolongeant, le bois Danois, c'est-à-dire Normand (les Normands étant sortis du Danemark), le bois Danois, ou la Normandie tout entière se lèvera : la révolte y éclatera partout, afin de venger tant d'injures; les peuples crieront du fond de leur^âme vers leur prince naturel. Ils diront : Viens, Cambrie, ou couronne de France, ainsi nommée de l'antique cité de Sicambrie en Pannonie. De là sortirent les Francs; ce qui a fait dire à Rémy baptisant Clovis leur premier roi : Baisse humblement la télé. Sicambre. La Normandie s'écriera donc : Viens, ô toi qui comme proscriie as été trop longtemps loin de nous ; joins à ton flanc la Cornouaille. ou l'Angleterre, désignant ainsi le tout pour la partie. Joins-la à Iod flanc, car dans notre bonheur de t'appartenir, nous comptons que par une suite de victoires tu pourras de la Normandie conquérir l'Angleterre tout entière. »

Bréhal était normand, et sous l'impression de bonheur causée par le retour si prompt de son pays à la France, il pensait à une vengeance qui! n'était pas le seul à rêver : la conquête même de l'Angleterre alors déchirée par la guerre civile. Il continue.

« Je sais que sur plusieurs points des esprits plus perspicaces pourrai^^* donner à cette prophétie un sens peut-être plus convenable, mais en telles choses il est permis à chacun d'abonder dans son sens. Ce qui est certain, c'est que tout ce que nous venons de dire s'est littéralement réalisé.

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