BRÉHAL. — LA PUCELLE PROPHÉTISÉE
« On trouve aussi une autre prophétie mentionnée dans notre premier chapitre. On y lit : 0 lis insigne y arrosé par les princes, le semeur te plaça dans un délectable verger, au milieu de vastes campagnes. Sans cesse fleurs et roses d'un merveilleux parfum te forment ceinture.
« Le lis est dans la stupeur , le verger dans l'effroi. Des animaux divers, ks uns étrangers, les autres nourris dans le verget^ s'unissant cornes à cornes, ont presque suffoqué le lis. Il s'étiole par sa propre rosée; on le resserre; on lui arrache une à une ses racines; ils croient l'anéantir de leurs souffles d'aspic.
« Mais voici la vierge originaire du lieu d'où se répandit le brutal venin. Elle est distinguée par un petit signe rouge, qui émerge derrière son oreille droite; son parler est lent; son cou est court. Par elle ils seront ignominieusement bannis du verger; elle donnera au lis des courants rafraîchissants; elle chassera le serpent; elle montrera où est le venin. Par elle le gardien du lis, Charles appelé fils de Charles, sera couronné à Reims d'un laurier fait d'une main non mortelle.
« Autour se soumettront des voisins turbulents; les sources trembleront; le peuple criera : vive le lis, loin la brute (le léopard) ; fleurisse le verger. Il viendra dans les campagnes de File, en joigiiant une flotte à d'autres flottes; et là bien des brutes périront dans la défaite.
« Ui paix naîtra alors pour beaucoup ; bien des clés reconnaîtront d'elles-mêmes celui qui les fit. Les citoyens d'une illustre cité porteront la peine de leur parjure; ils se rappelleront de longs gémissements, et à l'entrée plusieurs murs s'écrouleront.
« Alors le verger du lis sera en quelque sorte comme pour les brutes (?) et il fleurira pendant longtemps^.
« Cette prophétie contient un grand éloge des armes et de la couronne
1. «0 insigne lilium, roratum principibus, agris pluribus asatore in vîrgulto delectabili insitum, immortale, floribus et rosis mire redolentibus quiâ quasi vallatum, stupescatIilium,contremiscatvirgultum. Nam diversa brutalia advena (?) alitaque inprœdicto ▼irgulto, comua comibus adhœrendo, quasi penitùs suffocabunt et quasi marcescensrore prias nato (seu privato), anguste et pauiisper radices peneevellendo, aspideis anhelitibas vastare putabunt.
'< Sed à puellà oriundà unde primum brutale venenum effusum est, antecedenteque aare retrô dextrâ modico signo coccineo, remisse fabulante, collo modico, à virgulto triste exulabunt. Fontes irrigues dicto lilio adunando, serpentera ex(r& tollendo, venenumque cuilibet notiflcando, lilicolam Karolum filium Garoli nuncupatum, laureà Hemisnon manu mortali factâ faustè laureabit. Subdent se circiter fines turbidi, fontes tremebunt, clamescet populus : vivat lilium, fugiat brutum, pullulet virgultum. Ascendet ad campum insulœ, classe classibus applicando, et ibidem plurima bruta inani clade peribunt. Multorum pax tune efficietur; multorum claves ultrô suum opificem recognoscent. Cives civitatis inclytœ clade perjura punientur singultus plurimos in se memorando, et mûri plurimi ruent intrando. Tune erit lilii virgultum sicut brutis aliquo modo (???), et sic efflorebit tempore longo. »
de France signifiée par le lis, divinement transmis par le céleste agriculteur. C'est encore Téloge du royaume désigné comme un verger. 11 se recommande par ses princes, par ses prélats et par ses sages, qui sont notoirement Téclat de la France.
« Elle annonce ensuite la secousse du royaume, et sa presque totale destruction. Elle sera causée partie par des bêtes étrangères, les Anglâié; partie par des bêtes indigènes, nourries dans le pays, s unissant pour Técraser du poids de leurs cruels ravages. Le royaume accablé par de longs désastres, privé de ses princes, les uns prisonniers, les autres massacrés, sera successivement désolé ou consumé par de perfides conjurations. U lis s'étiolera dans sa propre rosée, c'est-à-dire dans son esprit d'antique fidélité, et il sera regardé comme entièrement dévasté.
« Le prophète décrit ensuite le lieu d'origine de la Pucelle par cette mystérieuse circonlocution : le lieu d'où se répandit d'abord le brutal venin. Nous avons exposé, comme nous l'avons su, le sens de ces mots, en parlant du lieu de naissance de Jeanne ; niais conmie cette explication ne>t pas sans quelque obscurité, nous laissons à un esprit plus pénétrant den donner une meilleure.
(( Sont ensuite indiqués quelques signes distinctifs de Jeanne et comme une partie de son signalement, à savoir, la tache rouge derrière son oreille droite, son doux et lent parler, la brièveté de son cou.
« Viennent après cela la déroute et la ruine des Anglais ; de puissantes alliances de princes avec le roi, et d'anciens traités renouvelés {le traiu (TArras) ; par suite sont mises au jour les perfides conjurations de plusieurs traîtres {ceux qui n'adhérèrent pas au traité d'Arras^ Luxembourg, Cauchon^ etc.).
« L'on voit bien clairement exprimés et le couronnement du roi, et la soumission libre et spontanée de plusieurs de ceux qui auparavant avaient fait soumission aux Anglais. L'allégresse populaire, le calme et la paix suite de ces événements, se trouvent aussi marqués. Le prophète exprime et le crime des Parisiens parjures et leur repentir. Il conclut par la délivrance du pays de la présence des ennemis, et l'annonce d'une longue paix qui surviendra.
« Dans cette prophétie plusieurs passages sont assez obscurs, tandis que d'autres sont très clairs et très explicites. Il me semble quïl y a des transpositions, et que les parties n'en sont pas disposées selon l'ordre des év»-nements. Cela se voit souvent chez les prophètes inspirés ; et cela s'explique par la figure de langage appelée en littérature ujtepcv ^po-repsv,
« Je n'ai pas insisté plus longuement sur cette prophétie, parce que plusieurs peut-être ne la trouvent pas assez authentique. Je l'ai cependant insérée, parce que comme le dit le poète : si chaque point n'est pas pro-