‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 258 sur 381 · BRÉBAL. — LA PRÉTENDUE RECHUTE · texte numérisé non relu

BRÉBAL. — LA PRÉTENDUE RECHUTE

Mais, objectera-t-on, si elle n'a pas erré, pourquoi s'est-elle soumise à Tabjuration? pourquoi a-t-elle souscrit la formule de rétractation? Il a été suffisamment répondu au chapitre précédent; elle est de plus justifiée par sa simplicité. L'ignorance du fait est cause d'erreur même pour les plus prudents {L.inomniFF, de régula juii$) : une autre excuse est l'insuffisance de l'âge; les mineurs au-dessous de vingt-cinq ans peuvent ignorer la loi (FF,dejtiris et facH ignorantia régula).

Sans plus longue discussion, pour apprécier le caractère de ce prétendu relaps, il suffit de rappeler ce qui se lit dans le procès-verbal et dans les informations. Sur quoi en effet se fonde-t-on pour soutenir qu'il y a eu rechute? Sur deux choses : elle a repris son vêtement d'homme, et elle a adhéré avec beaucoup de fermeté à ses révélations et à ses visions. Mais qui donc, je le demande, osera conclure delà qu'il y a rechute dans l'hérésie, alors que de soi cela n'appartient nullement à la Foi catholique, n'en est nullement une dépendance, ainsi que cela a été prouvé plus haut ?

Il est absurde de vouloir convaincre quelqu'un d'hérésie dans une matière où il n'y a nul péril pour la foi. En toutes ces choses, rien ne répugne à la Foi catholique. Loin de là, comme il a été démontré, tout ce que Jeanne a dit à ce sujet respire merveilleusement la piété chrétienne ; tout tend au bien public. La haine seule a pu y trouver matière à une chute et à une rechute dans l'hérésie.

Je vais plus loin. Si l'on pèse mûrement et sans malveillance les réponses de Jeanne, non seulement la piété dont elles sont empreintes la justifie de toute erreur dans la Foi, mais encore de toute faute morale. Elle a dit en effet ne pas avoir pris le vêtement d'homme par conseil humain. Elle savait, affirmait-elle, la manière dont elle l'avait pris, elle ignorait comment et quand elle devait le quitter. Elle insinuait que c'était l'habit qui convenait aux fins de sa mission, que, comme on le voit, elle ne CROYAIT PAS TERMINÉE ^ Il a été parlé assez longuement de tout cela d^à; mais ici elle a ajouté une nouvelle raison. Elle a repris son vêtement parce que l'on n'avait pas tenu à son égard les promesses faites. On ne

difficillibus quœsitis per longum processus impetita fuerit, ln nullo tamen responso invenitur à fidei reclitudine déviasse, dicuntque qui prœsentes fuerunt, quod vix doc- TissiMusac PERiTissiMushomoscivissetaut potuissettantis etiam subtilibus quœstionibus ade6 solide ac constanter rkspondere. » (F<» 196 v.)

1. « Inferens quod habitus ille finibus suœ legationis congruebat, quam nbcduu, ut apparet, peractax credebat. )^ (F® 197 v».)

lui avait pas donné les prisons gracieuses ou ecclésiastiques; et surtout, vivant parmi les hommes, il était pour elle beaucoup plus convenable de porter des vêtements d'homme que des vêtements de femme. Cette réponse est pleinement corroborée par les dépositions de ceux qui affirment que des milords anglais avaient dans sa prison livré de violents assauts à sa pudeur.

Qui donc, à moins d'être atteint de démince ou de déure, trouvera ici matière à reproche* ? Qui ne la trouvera souverainement louable de s'être saisie pour défendre sa virginité de tous les moyens possibles, d'avoir pris un vêtement et plus commode pour la défense, et moins propre à exciter les désirs coupables ? Loin de nous de voir une faute dans ce qui n'est fait que pour le bien {c.deocddendis, c. XXIII, q. Y).

Les informations font connaître une autre excuse fort Intime. Les gardes lui avaient enlevé ses vêtements de femme et les avaient remplacés par des vêtements d'homme. Elle en fit des plaintes ; mais forcée par des nécessités naturelles et pour se rendre aux lieux secrets, elle se passa les habits d'homme mis sous sa main. Et pour cela, l'on s'écria qu'elle était retombée dans l'hérésie! et l'on a eu l'impiété de la condamner comme telle !

Une autre raison pour laquelle ils feignirent de la trouver relapse, ce fut parce qu'elle adhérait à ses révélations : et cependant si on les considère mûrement dans toutes leurs circonstances, non seulement on les trouvera certainement solides, réelles, vraies ; mais encore salutaires et saintes. Profecto non solum reales, solide et verje; sedetsan* atque sa!«ct£ REPDTABUNTUR. Y adhérer avec constance et persévérance était pour elle un mérite et non un crime, vertu et non témérité, religion et non illusion ; piété et non dépravation ; Propter quod si ipsis constanter atqce

PER8EVERANTER ADHiESlT, LAUDI NON CRÏMINI ; VIRTUTl NON TEMERITATI ; REUGIOM NON ERRORT ; PIETATI NON PRAVITATI, POTIUS ADSCRTBENDUM EST. Maîs il nOUS

semble qu'il suffit de ce que nous avons dit plus haut sur ces révélations.

1. « Quis ergô eam, nisi vesanus sit aut delirus, ex hoc reprehensibilem, annon potius somme commendabilem existimabit? » {Ibidem.)

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