BRÉHAL. — INIQUITÉ DES INTERROGATEURS ET DES INTERROGATIONS
erreurs contraires à renseignement révélé; ce qu'elles ne feraient pas, si leur foi n'était pas viciée par l'hérésie. Le but de ces interrogations est Je s assurer qu'ils n'ont pas reçu un enseignement opposé; l'on n'en vient aux points plus profonds de la Foi que lorsqu'on a de véhéments soupçons que les hérétiques les ont entamés de ce côté.
Ce n'était pas le cas pour Jeanne, comme on pouvait facilement le voir, et ainsi que nous l'avons démontré. Combien moins devait-on l'examiner sur les questions qui viennent d'être rappelées et sur bien d'autres semblables. Non seulement elles étaient difficiles; mais plusieurs ne concernaient la Foi ni directement, ni même par voie de conséquence.
Plusieurs interrogations étaient équivoques et captieuses. Par exemple si les esprits qui lui apparaissaient parlaient anglais ou français, si Dieu haïssait les Anglais et les Bourguignons, si ceux qui étaient du parti français croyaient fermement à sa mission divine, si elle connaissait les intentions de ceux qui lui baisaient les mains, si, plutôt que de quitter son vêtement viril, elle préférait se priver de la messe et de la communion, si elle voulait se rapporter au jugement de l'Église pour toutes ses paroles et pour tous ses actes. Ces questions et bien d'autres, pour une personne (le la condition de Jeanne, étaient équivoques, obscures, captieuses et embrouillées. Ainsi que cela a été dit pour les précédentes, c'est une indignité, c'est une iniquité souveraine. La vérité est amie de la simplicité ; elle fuit les paroles tortueuses et équivoques [dejurejurando^c, ventatis).
Dans les causes de la foi plus encore que dans les autres, il est expressément commandé de procéder simplement (c uliimo de hasreticis VI»), Simplement, c'est-à-dire ainsi que l'observe un commentateur, clairement, sans ambages, sans embarras de mots, de même que nous sommes obligés d'avoir une foi simple (c. Firmiter, de summaTrinitate). C'est en termes simples qu'il faut faire la proposition de la foi (c. qui episcopus, Wlll dist.). Jamais on ne doit en règle générale user de mots relevés, recherchés, pour poser une question; ils doivent être usités et connus pour en être renonciation (c. Relatum, dist. XXXVII). Agir autrement, c'est tendre des pièges aux âmes simples. Pour répondre, dit saint Jérôme, la première condition est de connaître ce qu'entend l'interrogateur. Un juge ecclésiastique, qui procède astucieusement, ne semble pas tant dresser des embûches à l'innocence qu'être malicieusement désireux de la voir succomber. De pareilles interrogations équivoques sont de nature à être mal comprises, et à amener
des réponses erronées, qui serviront de prétexte à un juge mal intentionné pour condamner cruellement comme une impiété ce qui nest qu'une innocente simplicité. Aussi est-ce sous les peines les plus graves, principalement dans les causes de la Foi, que cela lui est très strictement défendu par la clémentine multorum [de hœi^eticis).
Ils ont posé d'autres questions sans rapport avec la cause qu'ils disaient poursuivre ; et à ce sujet ont singulièrement tourmenté la Pucelle. Telles sont les interrogations sur son arrivée auprès du roi, sur le signe qu'elle lui avait donné, sur la couronne offerte et d'autres choses encore qui avaient trait aux secrets d'État. Ces perfides insidiateurs ont longtemps très malicieusement insisté sur tout cela ; mais, d'après le droit, l'innocence ne doit pas être abandonnée aux pièges des adversaires ; et il est bon de cacher le secret du roi (Tobie, c. XII). Honneur à la Pucelle qui par son inébranlable constance a triomphé de ces machinations. Ils l'ont en outre très diligemment questionnée sur son étendard, les peintures qui s'y trouvaient, les pannonceaux qui en étaient l'imitation, sur ses épées, ses anneaux, sur les noms Jhesus-Maria mis dans ses lettres, sur les assauts donnés à Paris, à la Charité, sur son entrée à Gompiègne, sur sa sortie, sur le saut de la tour, le cheval de l'évêque de Sentis, sur ce qu'elle pensait de la mort du duc de Bourgogne, et cent autres points, qui ne semblent nullement se rapporter à la cause de la Foi qu'ils se vantaient de vouloir venger.
Tout cela était donc inutile, frivole, entièrement en dehors du procès. Il est cependant bien connu que les procès en matière de Foi ont leurs limites déterminées. Il est certainement interdit de les dépasser dans les recherches, pour ne pas nuire par ces excursions tracassières et à la Foi et aux fidèles (c. accusatus, § sane et § sequenti de hœreticis VI«). Franchir ces limites, ce serait tourner l'Inquisition, cette institution salutairement établie pour la défense de la Foi, au détriment des fidèles et à l'oppression des innocents. Rien n'est plus strictement interdit par la clémentine multorum {circa principium de hœreticis cum notaibidem per Joan,),