Aperçus nouveaux, p. 9o-155, et Procès, t. V, p
chicane qui voudrait infirmer le jugement, en montrent le bien fonde, et le rendent, selon l'expression vulgaire, inattaquable.
Le procès de Cauchon manque de pièces essentielles, par exemple de celle qui devrait établir la diffamation préalable. Ce qu'il renferme de plus clair, ce sont des contradictions; les douze articles, censés résumer les aveux de Jeanne, jurent avec ces aveux inscrits dans les pages qui précèdent ; canoniquement, l'abjuration, la rechute, telles qu'elles sont rapportées, sont une dérision ; il est facile d'être dégagé en supprimant dans une œuvre ce que les hommes compétents doivent y trouver avant tout. Que l'on se rappelle ce que Ton a lu dans les mémoires précédents, et que l'on juge à quel point le paléographe est dans l'erreur.
Le procès de réhabilitation, dit-il, est diff'us et confus. Pour détruire les Tuileries il a suffi de quelques forcenés, de quelques barils de pétrole, et d^un jour de fureur. Pour les relever, il faudrait des milliers de bras, des années, des millions, et des architectes de valeur. Il est encore plus facile de calomnier le plus saint des honmies que d'incendier les Tuileries ; il suffit d'être sans conscience, pervers; il sera souvent plus difficile de rétablir une réputation injustement noircie que de relever les Tuileries ; pour bien des mémoires, cela ne se fera qu'au jour des grandes révélations. Les juges de la réhabilitation avaient à venger la plus noircie des femmes; à dissiper des calomnies savantes, qui prétendaient s appuyer sur le droit «M^clésiastique. Il fallait venger et la victime et le droit lui-même; les venger si pleinement, que le verdict fût resplendissant de vérité, et de tout point inattaquable. Ils l'ont fait, et magnifiquement.
Que devait-il en résulter, sinon une immense quantité de pièces, ainsi que Quicherat lui-même l'avoue? L'éditeur du double procès a renfermé Ifi premier dans un seul volume ; encore dans la moitié du livre, il y a double texte, puisque la minute se trouve au bas de la rédaction en latin. Il a consacré près de deux volumes au procès de réhabilitation, et ainsi ([u'il le dit, il en faudrait un troisième pour les pièces qu'il a dédaignées. La difficulté de coordonner tant de documents était beaucoup plus grande pour les greffiers. Le texte du premier procès n'est guère que le cinquième du second. Les greffiers eussent-ils été moins habiles, cela ne prouverait rien contre la marche du procès, qu'il est facile de suivre avec une attention un peu soutenue.
La division en neuf chapitres me semble bonne. On y trouve, il est vrai, <-e qui n'est pas dans le premier, le texte de grand nombre de citations avec relation de l'exécution ; n'est-ce pas ce que l'on voit encore dans les dossiers de nos jours? Ce qui semble surtout exciter la bile de Quicherat, ce sont les mémoires insérés a\i procès avec leurs discussions théologiques, leurs renvois à la jurisprudence canonique et civile. Les questions à traiter
étaient fort ardues ; les théologiens et les canonistes se respectaient trop pour les résoudre par Timagi nation, ou pour donner leur sentiment personnel, sans Tappuyer du sentiment des maîtres. Dans les ouvrages de ce genre de Tordre civil, les jurisconsultes ne renvoient-ils pas aux articles du Code, ne citent-ils pas les décisions des cours, la doctrine admise en jurisprudence? Comment pourraient-ils étayer autrement leurs solutions?
Il y a dans les manuscrits plus de fautes de copistes ? Cela doit être, puisque les manuscrits à reproduire sont cinq ou six fois plus longs; un changement brusque de rédaction? Cela n'atteint pas plus la marche du procès que les fautes des calligraphes. Alors que ces copistes auraient fait des fautes, il n'y aurait pas à incriminer le procès en lui-même. Sans pouvoir com^>arer avec d'autres documents similaires, ces fautes de transcription semblent assez légères. Paléographe d'occasion, à l'aide d'un manuel, celui qui écrit ces lignes, après quelques jours de tâtonnement, a pu déchiffrer les mémoires qu'il a donnés ici, sans être arrêté par des difficultés atteignant le vrai sens et la suite de la phrase. Le paléographe diplômé qui lui a transcrit le mémoire de Bréhal ne semble avoir remarqué dans la transcription que les difficultés qu'offrent la plupart des manuscrits de Tépoque.
Il est nécessaire d'insister puisque, entraînés par l'autorité de Quicherat, des auteurs même catholiques semblent préférer l'œuvre juridique de Cauchon à celle des juges de la réhabilitation. Qu'il soit donc permis do répéter encore, puisque la gloire de Jeanne l'exige, qu'il ne faut pas étendre l'autorité de Quicherat au delà des limites de ce qui est de sa compétence, la paléographie. On aurait tort de se laisser prendre à une modération plus apparente que réelle. Élevé par l'Université césarienne, homme de la génération de 1830, il partageait à l'égard de l'Église les préjugés haineux et mesquins d'une époque où la bourgeoisie, fille d'Arouet. se promettait si niaisement un règne sans fin.
Il reste à exposer, en les dégageant des formules juridiques, la suite il le fond des travaux de la commission apostolique.