‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 272 sur 381 · ENTRÉE EN FONCTIONS DE LA COMMISSION APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

ENTRÉE EN FONCTIONS DE LA COMMISSION APOSTOLIQUE

SûHMAiRE : I. — Les plaignants se présentent devant les délégués pontificaux dans l'Église Notre-Dame de Paris. — Réponse de ces derniers. — Entretien à la sacristie.

IL — Le rescrit pontifical solennellement remis, reconnu dans la grande salle de révèché. — Maugier avocat de la famille d'Arc. — Son discours. — Rouen indiqué comme lieu du procès. — Bréhal adjoint aux trois délégués. — Les demandeurs choisissent leurs procureurs. — Prévôt eau.

La commission apostolique s'attacha donc à revêtir tous ses actes des plus strictes formalités du droit, en même temps qu'elle ne négligea aucun des moyens propres à faire sur toutes les parties de la cause la lumière la plus éclatante. La remise du rescrit pontifical se fit d'une manière aussi solennelle que touchante. Il avait été adressé à la glorieuse et infortunée mère, et à ses deux fils.

Le 7 novembre 1453, Isabelle Romée, Jean et Pierre d'Arc, surnommés du Lys par les lettres d'anoblissement, se trouvaient présents à la métropole de Paris. Ils étaient en grands habits de deuil. Des dames en grand nombre se pressaient autour de la digne femme, appesantie par les ans et plus encore par la douleur. Des seigneurs entouraient les deux fils. On voyait une très nombreuse assistance de docteurs, d'ecclésiastiques et de religieux. L'archevêque de Reims, l'évêque de Paris, le grand Inquisiteur Jean Bréhal firent leur apparition. La mère et ses fils tombèrent aux genoux des prélats; Isabelle présentait l'écrit pontifical. Avec une voix entrecoupée par les sanglots, et aidée par ceux qui l'assistaient, elle dit quelle fille le ciel lui avait donnée, sa foi, son orthodoxie, sa piété ; le supplice qui lui avait été infligé; le déshonneur qui en rejaillissait sur sa mémoire, sur tous les siens ; l'appel qu'elle avait fait au refuge des opprimés; le rescrit qu'elle en avait reçu, la délégation faite aux prélats, délégation qu'elle les suppliait d'accepter et de remplir.

Le bruit de la scène s était répandu au dehors; Ton accourait et Tassistance grossissait. Les prélats répondirent que le lieu n'était pas propice; ils prescrivirent aux plaignants et aux hommes les plus marquants de les suivre à la sacristie.

Là, l'archevêque de Reims commença par consoler la mère, et puis il lui dit qu'il lui serait impossible de lui donner satisfaction aux dépens de la justice. L'affaire qu'elle voulait entreprendre était pleine de difficultt^, longue, périlleuse. Si ses démarches aboutissaient à une confirmation de la première sentence, son malheur en serait notablement aggravé. Les juges qui avaient prononcé la première sentence étaient des hommes constitués en grande dignité; il ne fallait pas facilement les réputer C4)upables d'erreur et d'injustice. C'est la coutume des condamnés d'accuser leurs juges et de les trouver iniques. Il termina en disant que par ce langage ils ne voulaient pas décliner la mission que leur donnait le Souverain Pontife. Ils la recevaient au contraire avec un souverain respect, et étaient disposés à bien la remplir. C'était pour avertir les plaignants de ne pas s'engager dans une voie qui, après de grands embarras, pourrait ne leur laisser qu'un surcroît de douleur. Il les exhortait à se pourvoir de bons conseillers, et à se munir des hommes de loi nécessaires.

Les demandeurs répondirent qu'ils étaient sûrs de l'innocence de la suppliciée, qu'ils ne requéraient que la proclamation de cette innocence, et ne réclamaient la condamnation de personne.

Les délégués leur fixèrent alors le 17 novembre et la grande salle de l'évèché, pour y accepter solennellement et juridiquement les lettres apostoliques. Une copie leur en fut laissée ; les plaignants se retirèrent en remerciant; et les prélats délibérèrent entre eux*.

Le 17 novembre, la grande salle des audiences de l'évèché était remplie. Plusieurs greffiers étaient présents, entre autres ceux qui devaient rédig^T tout le procès, Ferrebouc et Lecomte, tous deux gradués dans Tun et l'autre droit. Ils avaient assisté à la séance de Notre-Dame, et en ont laissé la relation.

Les lettres apostoliques furent présentées ; les signes en furent reconnus par les juges et par l'assistance; et lecture solennelle en fut donnée par maître Craisy, greffier de la cour épiscopale. Acte fut dressé de ce qui s'était passé.

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