ENTRÉE EN FONCTIONS DE LA COMMISSION APOSTOLIQUE
Les demandeurs étaient venus avec leur avocat. C'était un des plus fameux du temps, maître Maugier. Il avait été revêtu des plus hautes dignités (le l'Université, député par elle au concile de Bâie et de Rouen, et Pavait soutenue dans ses plus chaudes querelles. Peu ami de Rome, il reçut néanmoins parfois des admonestations de la part de sa corporation. Au nom de Tassistance, il sollicita la permission de traduire en français les lettres apostoliques, et de dire quelques mots sur le fond du procès. Les délégués firent des difficultés. Ce n'était pas opportun, disaient-ils, vu que le procès n'était pas ouvert, et que la partie adverse n'était pas citée. Cependant l'assistance appuyait Maugier à demi-voix ; les juges finirent par accorder, en mettant pour condition que l'avocat serait bref.
Maugier commença par une protestation souvent renouvelés dans la suite : en dehors des deux juges de Rouen, et du promoteur de l'inique condamnation, il ne voulait mettre personne en cause. C'était habile ; on évitait ainsi de se mettre l'Université sur les bras et de réveiller des souvenirs bien ignominieux pour elle et pour une foule de renégats de la patrie. Le choix même de l'avocat était fait pour calmer les appréhensions des coupables encore vivants, puisque Maugier était entièrement dévoué à la grande complice de Cauchon. Après avoir calmé de redoutables inquiétudes, l'avocat exposa quelques-uns des vices du procès déjà relevés dans les mémoires que le lecteur connaît; il promit de développer plus longuement ses moyens en présence de la partie adverse; il en requit la citation, et termina en priant les juges d'accélérer l'expédition de la cause.
Dans cette même séance, les délégués exécutèrent la clause du rescrit qui leur ordonnait d'appeler un des deux Inquisiteurs du royaume à siéger avec eux. Le choix était tout indiqué; ils s'adjoignirent Jean Bréhal; et ayant fait écarter un peu les assistants, ils délibérèrent, avec les jurisconsultes et les docteurs présents, sur la marche à suivre et les actes à accomplir.
Il fut décidé que le procès s'instruirait à Rouen, et que les parties seraient citées dans cette ville. Isabelle Romée allégua son âge avancé, ses deux Ms l'impossibilité oti ils étaient de se rendre dans les divers lieux où leur présence serait nécessaire, pour faire agréer divers procureurs, qu'ils constituèrent par acte public tant à Beauvais qu'à Rouen. Le principal fut Guillaume Prévoteau, conseiller laïque à l'Échiquier de Rouen*.
Cette double séance à Paris donnait naturellement grand retentissement à une cause déjà par elle-même si pleine d'intérêt. Ceux qui voudraient faire opposition se trouvaient ainsi déjà avertis de préparer leurs moyens. Ils devaient être sollicités d'une manière encore bien plus expresse.
*. Procès, t. Il, p. 92-112 et 151.