Procès, t. IF, p. 2.i
LA GRAxNDE ENQUÊTE ET LES DERNIERS ACTES DE LA COMMISSION. 631
« 7* Quels étaient dans ce temps de sa jeunesse ses occupations et ses travaux ?
« 8° A cette époque de sa vie, se confessait-elle souvent et volontiers?
« 9° Que dit le bruit public de Tarbre appelé des Dames? Les jeunes filles ont-elles coutume de former autour des chœurs et des danses? Semblable question pour la fontaine qui en est près? Jeannette s'y rendaitelle avec les autres jeunes filles? Quel motif l'y amenait?
« 10* Faire des informations sur la manière dont elle a quitté son pays et sur son voyage ?
« W A-t-on fait par autorité des juges, dans ce même pays, des informations à la suite de sa prise à Conipiègne et de sa captivité entre les mains des Anglais?
« 12* Lorsque, par crainte des hommes d'armes, Jeannette s'enfuit de son village à Neufchâteau, fut-elle toujours en compagnie de son père et de sa mère*. »
La réponse à ces questions devait fournir matière à juger certains points du premier procès.
Les sous-délégués se mirent à l'œuvre et s'adjoignirent comme assesseurs MM. Pierre de Maxey-sur-Meuse, Jean Le Fumeux d'Ugny, tous deux curés aux environs de Vaucouleurs.
Trente-quatre témoins furent entendus, vingt et un à Domrémy, six à Vaucouleurs, sept à Toul ; tous sous la foi du serment, que d'après les actes on a eu soin de leur rappeler. Ils terminent leurs dépositions en disant que c'est pour obéir à la citation qu'ils sont venus et que leur témoignage ne leur a été dicté ni par l'amour, ni par la haine, ni par prière, ni par salaire, ni par faveur, ni par crainte.
Ils déposent de ce qu'ils ont vu ; souvent ils disent ne pouvoir pas répondre à certaines questions, parce qu'ils ne pourraient le faire que d'après des ouï-dire.
Cette partie de la vie de la Pucelle ne saurait avoir des témoins mieux informés, ni qui aient vu de plus près ce qu'ils nous affirment.
Ce sont : le parrain Jean Moreau, les trois marraines de Jeannette, Béatrix veuve Estellin, Jeannette, femme Thévenin le charron. Jeannette veuve Thiesselin; ce sont ses voisines, amies, compagnes de chaque jour, Hauviette femme Gérard, Mengette femme Joyard.
Gérard Guillemette, Jean Walterin, Simonin Musnier, Colin fils, Michel Lebuin sont du même âge que Jeannette ou n'en diffèrent que de quelques années. Ils ont grandi avec elle dans Thumble village de quelques cinquante feux.
i. Procès, i. II, p. 385.
Le nonagénaire Bertrand Lacloppe, un ancien couvreur, Jean Noen, Thévenin, Jacquier, Perrin l'ancien marguillier, Gérardin, tous, comme les précédents, habitant Domrémy, ont vu grandir Jeannette, puisqu'ils ont au moins quinze ans de plus qu'elle. Isabellette Girardin lui a fait tenir un de ses enfants sur les fonts baptismaux.
n y a des prêtres : Dominique Jacques, curé de Moutier-sur-SauIt ; Etienne de Syonne, curé de Roncey, doyen de Chrétienté ; Jean Colin, curé de Domrémy, lors de l'enquête. Ils ont vu Jeanne ou l'ont confessée. Ils ont entendu feu M. Front, ancien curé de Domrémy, rendre à sa paroissienne des témoignages tels que celui-ci : Je ne connus jamais sa pareille.
Durand Lauxart dépose à Vaucouleurs. Par sa femme il est Toncie de Jeannette ; il a été comme le Mardochée de notre Esther. Le premier, il a cru à sa mission, a ménagé la sortie de la maison paternelle et na négligé aucun moyen pour la mettre sur le chemin de sa glorieuse carrière. Impossible que quelqu'un puisse mieux nous renseigner sur le séjour à Vaucouleurs que Henri le charron et sa femme Catherine. Jeanne logeait chez eux en attendant que Baudricourt lui ouvrit le chemin de la France. Jean le Fumeux, maintenant chanoine de Sainte-Marie de Vaucouleurs, était alors enfant de chœur dans cette église. Il obsen^ait d'un œil curieux la sainte fille qui, peu contente d'entendre toutes les messes matinales, descendait dans la ciypte pour se laisser aller à son extatique dévotion. L'enfant de chœur l'a surprise dans cet état.
Aubert d'Ourches, Geoffroy du Fay, sont de nobles seigneurs qui ont eu l'occasion de voir Jeanne; Nicolas Bailly a été employé à l'enquête ordonnée par Cauchon.
Mais aucun de ces témoignages n'a l'importance de ceux de Jean de Metz, fait par Charles Vil seigneur de Novelomponl et de Bertrand de Poulengy. Ils se sont offerts à Baudricourt pour conduire Jeanne de Vaucouleurs à Chinon ; ils lui ont servi de guides dans ce voyage de cent cinquante lieues à travers un pays ennemi, infesté de brigands et d'hommes d'armes. Leurs noms devraient rayonner dans notre histoire à côte de celui de l'héroïne. Aucune déposition peut-être ne vaut la leur. Ils ont entendu Jeanne donner ses premières explications sur l'idée qu'elle se faisait de la royauté française, sur la nature de sa mission ; ils nous disent comment en sa présence leurs sens recouvraient le calme et la pureté des jours de l'Éden ; comment leur âme était soulevée dans les régions de la sainteté. Ce ne sont pas eux qui doutent que celle qu'ils ont conduite ne soit une sainte*. .
1. Les informations au lieu d'origine sont dans Quicherat, t. II, p. 387 et seq.; celle de Jean de Melz, p. 435 et seq. ; celle de Bertrand de Poulengy, 454 et seq.