‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 298 sur 381 · Cité par VVnivers du 8 juillet · texte numérisé non relu

Cité par VVnivers du 8 juillet

CauchoD et ses complices, après avoir pleuré sur la martyre, se hâtèrent de prendre pour tromper le monde chrétien et la postérité, et se garantir contre le jugement possible du Concile et du Pape, qu'ils avaient prétendu venger? M. Macé n'a-t-il pas fait écho à sa manière aux supplications des évèques et des fidèles demandant la canonisation de Jeanne, et ne faut-il pas joindre son article aux lettres postulatoires des évèques?

Faut-il croire que tous les francs-maçons fermeront les yeux pour ne pas voir cette douce et chaste apparition du ciel qu'ils confessent malgré eux ; qu'ils se détourneront de ce Dieu qui vient à eux^ cette fois encore , par un chemin virginal si radieux qu'ils sont forcés de Tadmirer. Il nous est permis de concevoir de meilleures espérances; nous en avons pour gage le franc-maçon, plus forcené quoique peut-être moins froidement haineux que Jean Macé, ramené à la foi il y a quelques années par l'étude de l'histoire de la Pucelle, et qu'il est inutile de nommer, parce que tout le monde le connaît.

Que ne peut-on pas attendre des multitudes indifférentes, d'une foule d'àmes hésitantes entre l'incrédulité et la foi, auxquelles ce parfum d^ tEden arriverait dans toute sa pureté, par les solennités que l'Eglise universelle lui consacrerait? Quel renouvellement de vertus ne produirait pas dans tous les rangs le culte de celle qui est un si attrayant modèle des vertus offert à la fille des pâtres et à la fille des rois^ aux prêtres et qmi guerriers^ aux heureux du monde et à ceux qui souffrent^ aux grands et aux petits?

Pourquoi ne pas attendre que cette seconde manifestation de Jeanne, cette apparition du ciel au milieu des agitations tumultueuses de la terre, serait aussi féconde, plus féconde peut-être que la première.

Jeanne n'a pas accompli toute sa mission durant sa vie terrestre. On cherche inutilement la réalisation de la prédiction formulée dans cette dernière phrase de sa lettre aux Anglais : Si vous lui faites raison (à la Pucelle), enco7*e pourrez-vous venir en sa compagnie là où que les Français feront le plus bel fait qui oncques fut fait pour la chrétienté.

Depuis cette époque les Français n'ont pas accompli, en faveur de la chrétienté, fait aussi beau que celui par lequel sous la conduite de Clovis ils brisaient à Youglé la puissance de l'arianisme, que celui par lequel à la suite de Charles Martel ils broyaient sur l'enclume de leur acier les hordes musulmanes débordées jusqu'à Poitiers et à Tours; rien depuis na égalé leurs exploits chrétiens sous Pépin et Charlemagne, alors quil> rendaient à la liberté le Vicaire de Jésus-Christ et refoulaient Maures et Saxons. Depuis, aucun de leurs exploits chrétiens n'a égalé ceux des croisades, deOodefroy et de saint Louis ; aucune de leurs victoires n'a eu pour la Chrétienté les suites de celles de Bouvines ou de Muret. Les grandes

journées chrétiennes de la France, interrompues lors de l'apparition de Jeanne, n'ont pas été recommencées depuis avec un éclat comparable à Téclat de celles qui viennent d*être rappelées.

Mais la canonisation confère aux saints une seconde mission, quelquefois plus bienfaisante que la première. S'il plaît au Saint-Esprit d'amener la canonisation de Jeanne, pourquoi n'attendrions-nous pas qu'alors sera pleinement réalisée la prophétie qui vient d'être rappelée?

C'était l'explication de l'un de ses apologistes, de Martin Berruyer ; on l'a vu plus haut. Après avoir hasardé comme interprétation la conquête merveilleuse de la Normandie et de l'Aquitaine, recouvrées comme en courant, peu satisfait, — et justement, puisque la récupération de ces provinces n'intéressait la chrétienté que de loin, — il a ajouté : Pourquoi n'espérerions-nous fait plus merveilleux encore de la part des Français?

Quelques lignes avant il avait enseigné que pour la société des âmes la présence corporelle n'est qu'un élément accessoire, et rien n'est plus vrai. Les corps peuvent être juxtaposés, la même enceinte peut les renfermer; si les esprits et les cœurs sont indifférents à ce qui les touche, à plus forte raison s'ils se repoussent et se haïssent, il n'y a pas société, il n'y a pas compagnie ; diVi contraire, les distances peuvent s'interposer entre les corps, si les esprits sont remplis des mêmes pensées, si les cœurs battent à l'unisson, si par les moyens fournis par Dieu pour que les âmes puissent se fondre les unes dans les autres, il y a mutuel échange d'hommages, d'amour, de secours, la société existe; et l'on marche de compagnie vers le môme but.

S'il plaît au Saint-Esprit d'inspirer à l'Église de décerner à la Pucelle les honneurs des autels, — répétons encore que la prétention impie de lui dicter ses décisions est bien loin de nous, — si Jeanne est canonisée, ce jour-là non seulement les Anglais, mais tous ceux qui ont quelque sens lui feront pleinement raison. Qu'est-ce à dire ? Ils reconnaîtront en elle les caractères du portrait tracé par le grand cardinal Pie. Ils viendront en sa compagnie de la manière qui vient d'être indiquée ; un mutuel échange d'hommages de notre part répondra aux flots de lumières, aux secours tout-puissants, que le ciel nous enverra encore par son intermédiaire; et alors les catholiques de l'univers unis auxFrançais feront en

Page 1