Allusion à la stalue de Jeanne par la princesse Marie
Parmi ceux qui devaient préparer les décrets de la sainte assemblée, Pie IX avait fait asseoir un jeune prêtre pour lequel l'illustration n'attendit pas non plus le nombre des années. Il devait donner au siège d'Angers la gloire que le cardinal Pie a fait rejaillir sur celui de Poitiers, consoler l'Église de France de la disparition trop prématurée du premier astre. Lui aussi a fait entendre en faveur de Jeanne de magnifiques accents. M. l'abbé Freppel fut appelé en 1861 et en 1867 à prononcer le discours du 8 mai. Il rendait les sentiments que ressentent les cœurs catholiques depuis la réhabilitation, lorsque dans le panégyrique de 1861 il s'écriait: « Oh! non, je ne discute plus la sainteté de Jeanne; elle rayonne, elle brille de tout l'éclat qu'emprunte au martyre une vertu héroïque; et si je ne savais que l'Église a les délicatesses d'une mère, qui craint de blesser le sentiment dune partie de ses fils, je ne m'étonnerais que d'une chose, de ne pas voir Geneviève et Jeanne d'Arc, la vierge de Nanterre et la vierge de Domrémy, associées dans un même culte, comme les deux anges tutéléres de la France. »
L'éminent théologien faisait un pas de plus en 1867. Avec les ménagements commandés par la déférence envers le juge suprême de la question, le professeur de la Sorbonne se demandait si l'on trouvait dans Jeanne ce qui autorise l'Église à décerner à ses saints les honneurs des autels. A la lumière des principes formulés par Benoit XIV, dans l'ouvrage qui lait loi sur la matière, il établissait la thèse affirmative, et terminait par ces paroles :
« Je n'ai pas qualité pour trancher la question, m même pour la porter devant les pouvoirs suprêmes de l'Église... mais... s'il plaisait à Dieu de dilater ce germe, de bénir cette faible semence,., je tressaillerais dallégres>^ au rayon de l'espérance, je saluerais dans le transport de ma joie la glorification future de notre chère et sainte héroïne, et j'estimerais ce jour Fonder plus beaux de ma vie. »
L'autorité de M. l'abbé Freppel déjà grande s'est accrue de tout ce que rappelle à l'esprit le seul nom de Mgr l'évêque d'Angers. Ces discours se trouvent aussi dans les premières pages d'œuvres, dont on ne compte pas les volumes et dont la saine orthodoxie ne fut jamais contestée.
La semence fut bénie ; le germe se dilata promptement. Celui qui a\-ait qualité pour porter la question devant le juge suprême ne tardait pas à la lui soumettre. Dès 1869, Mgr Dupanloup demandait à Pie IX 1^ canonisation de Jeanne d'Arc et douze de ses collègues appuyaient ?a demande.
Personne n'ignore l'enthousiasme du célèbre évêque pour la libératrice de sa ville épiscopale. En 1855 et en 1869, il avait prononcé le discours du 8 mai. Les deux panégyriques, empreints de cette éloquence qui lu^
avait ouvert les portes de l'Académie et donnait à sa parole tant de retentissement, produisirent, assure-t-on, un grand effet sur ses auditeurs. Le Concile, l'invasion, les questions politiques de la restauration monarchique, événements dans lesquels Mgr Dupanloup prit une place si marquée, purent diminuer les heures réclamées par le procès préparatoire de la béatification, sans le faire perdre de vue. L'évêque postulateur faisait à Rome en 1874 un premier voyage en faveur de la cause. Il voulait que les vitraux de sa cathédrale reproduisissent Thistoire de la vierge guerrière; et il fit à cet effet un appel à la générosité des fidèles. Les fidèles ont répondu, et si Tceuvre n'est pas réalisée, il ne faut s'en prendre, croyons-nous, qu'à une de ces tyranniques ingérences administratives, qui voudrait dénaturer une conception qui ne doit rien avoir de laïque. Préoccupé de l'héroïne, l'évêque postulateur, quinze jours avant sa mort, écrivait au comte de Chambord et au prince de Join ville pour leur demander de joindre auprès du saint-siège leurs instances à ses instances.
Dieu ne réserve pas tous les honneurs à un même homme. Mgr Dupanloup avait commencé les enquêtes pour le procès dit de tordinairey c'est-à-dire pour celui que l'évêque postulateur doit remettre au Saint- Siège. Il n'eut pas le temps de l'achever et de le porter aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ.
C'était assez pour sa gloire de l'avoir entrepris, d'avoir fait la première démarche officielle en faveur de la canonisation. Ses admirateurs ont voulu mettre sa mémoire à l'abri derrière ce souvenir. Dans le tombeau si pompeux qui lui a été élevé dans la cathédrale d'Orléans, la bannière de Jeanne domine le monument. Parmi tant d'actes qui remplissent la carrière du célèbre évêque, on a cru que rien ne pouvait plus l'honorer que d'avoir le premier porté à Rome la cause de Jeanne. C'est aussi un hommage à l'héroïne.
De toutes les œuvres léguées par Mgr Dupanloup au successeur de son choix, aucune, assurent ceux qui connaissent de plus près Mgr Coullié, ne lui tient à cœur autant que la cause de la béatification de Jeanne. C'est peu d'être parfaitement représenté à Rome par le promoteur de la cause, un digne sulpicien, M. Captier, le frère du martyr d'Arcueil ; le pieux évêque multiplie ses voyages dans la capitale du monde chrétien, comme il a multiplié les démarches en France, afin de fournir au Saint- Siège les documents réclamés par la cause. Il pouvait enfin en décembre 1885 remettre aux tribunaux romains tout ce qu'on exige de l'évêque en semblable circonstance. Il avait la joie d'entendre de la bouche de Léon XIII les paroles si pleines d'espérance déjà citées ; en les livrant à ses diocésains il les livrait à tous les catholiques de France ; tous suivent avec un intérêt à part la cause que le pieux prélat a mission de faire
aboutir, espérons-le, et dont Theureux succès associera son nom à celui de rhéroïne.
Le nombre des douze prélats signataires de la demande de 1869 s'e<t accru de plusieurs centaines. « Ce ne sont pas seulement les évèques de France, écrivait en 1886 M. le secrétaire général de l'évèché d'Orléans, qui ont adressé des lettres postulatoires au Souverain Pontife; les évèques de la Belgique, de la Suisse, de TAu triche, de l'Espagne, du Portugal, de TArménie, de la Chine, de la Cochinchine, du Tonking, du Canada, de l'Amérique du Sud, de la Polynésie, ont envoyé également leur adhésion.
« Son Éminence le cardinal Manning, archevêque de Westmiosler, a été l'un des premiers à signer une lettre postulatoire. Un autre cardinal anglais, Son Éminence le cardinal Howard, a bien voulu, l'an dernier, remplir la fonction de cardinal ponent de la cause, devenue vacante par la mort de l'éminent cardinal Bilio^ »
L'enthousiasme excité par l'héroïne est plus étendu que celui qu'elle excita de son vivant. L'Université de Paris qui lui en faisait un crime disait qu'elle donnait le vertige au bercail très chrétien de presque tout le monde occidental : ovile chrisiianissimum totius ferè orbis occidentalis infectum. L'admiration s'étend aujourd'hui aux deux mondes; il n'y a pas de voiï dissidentes.
Ce furent certes de grandes voix que celles des Pierre de Versailles, des Gerson, des Gelu, des d'Estouteville, des Pontanus, des Lellis, des Cybole, des Basin, des Bourdeilles, des Berruyer, des Bréhal, des Charlier, des Juvénal des Ursins, des Longueil, dont ce volume a reproduit les œuvres et les actes en faveur de la Pucelle.
Il faudrait plus qu'en doubler les pages, si nous voulions reproduire les œuvres de ceux qui, héritiers du rang, du savoir, des dignités de ces grands hommes dans l'Église de Dieu, ont célébré les grandeurs de Jeanne, maintenant qu'il n'y a plus à la justifier.
En 1857, Mgr Gillis, vicaire apostolique d'Edimbourg, prononçait le 8 mai, à Orléans, un discours qui n'est pas des moins remarquable^ parmi ceux qui ont été entendus dans cette solennité. Il commençait par cet aveu : Il y a une page que, pour t honneur de mon pays^ je voudrais n'avoir pas trouvé place dans les annales de l'histoire; et il céiébrail ensuite la vierge guerrière, sans que son légitime patriotisme d'Anglai> eut à en souffrir.
Un digne éditeur Orléanais, M. Herluison, honore ses presses en k^ prêtant à tout ce qui peut glorifier la Pucelle d'Orléans; il reproduit notamment les discours du 8 mai. Ce ne sont pas seulement des monuments
1. La Canonisation de Jeanne d'Àvc, par M. Edmond Séjourné, p. 20. Orléans, S^ journé, libraire-éditeur.
de l'éloquence de la chaire dans notre siècle ; par l'autorité et le rang de ceux qui les prononcent, par les nouveaux points de vue qu'ils mettent en lumière, ils sont la digne continuation des mémoires du xv° siècle. Les voix les plus éloquentes de l'épiscopat se font un honneur d'exalter celle dont ils proclament la sainteté, tout comme ils se plaisent par leurs encouragements à animer les travaux particuliers destinés à la glorifier.
Les nouvelles universités catholiques représentées par Mgr d'Hulst et Mgr Baunard réparent le forfait de l'ancienne université de Paris.
Les frères Léman viennent au nom d'Israël nous dire que la nouvelle tribu de Juda possède avec la seule Pucelle sa Débora, son Esther et sa Judith.
L'illustre conférencier de Notre-Dame, qui depuis près de vingt ans revêt des formes de l'éloquence les conceptions les plus profondes du Docteur Angélique son frère, continue auprès de Jeanne les hommages que lui rendirent les fils de saint Dominique. On s'étonne qu'un érudit contemporain, qui dans d'autres productions nous faisait espérer plus d'impartialité, ait rangé le grand ordre des Frères Prêcheurs dans le parti hostile à la libératrice. Le sous-inquisiteur Le Maître, que la peur rendit le complice de Cauchon, lui a fait oublier Turelure et les autres fils de saint Dominique qui, à Poitiers, ouvrirent la carrière à Jeanne ; Isambart do la Pierre qui, au péril de sa vie, donna à la victime un conseil destructeur de toutes les trames ; Martin Ladvenu, le confident et le consolateur de la dernière heure. Lorsqu'on les voit l'un et l'autre debout devant le bûcher, élevant la croix à la hauteur des regards de la martyre ; quand on lit leurs dépositions si favorables, au procès de réhabilitation, l'on oublie leur manque de courage dans quelques délibérations. Un Frère Prêcheur, Pierre Bosquier, est condamné par Cauchon au pain et à l'eau, durant neuf mois, pour avoir flétri l'inique sentence. C'est au couvent des Frères Prêcheurs que court le bourreau désespéré d'avoir brûlé une sainte. Les dépositions des Frères Toutmouillé et Duval montrent que durant la captivité c'est du couvent des Frères Prêcheurs que venaient les consolateurs ; quiconque aime Jeanne ne doit pas oublier que personne, plus que Jean Bréhal, n'a travaillé à l'œuvre de la réhabilitation, c'est-à-dire à nous transmettre la vraie figure de la Pucelle. Il est vrai qu'aucun ordre religieux n'a plus fait pour Jeanne que l'ordre de Saint-Dominique.
Le T.R. P. Général de l'Ordre Séraphique complétait l'œuvre de F. Raplianel, évêque de Senlis, d'Elie de Bourdeilles, lorsque récemment il demandait la canonisation de celle qui, à Neufchateau, aimait à fréquenter l'église des Frères Mineurs.
Pierre de Versailles, un des théologiens les plus en vue à Poitiers, rattache Jeanne à la grande famille de saint Benoît.
F. Paquerel, son confesseur et aumônier durant toute la \îe guerrière, l'unit plus étroitement encore aux Augustins.
Un des examinateurs de Poitiers appartient à Tordre des Carmes, et c'est un lien avec les fils du prophète Ëlie.
La Compagnie de Jésus n'est venue au monde qu'un siècle après Jeanne. Lorsque son chef, le T. R. P. Bekx, unissait ses lettres postulatoires de la canonisation aux lettres des évèques des deux mondes, il confirmait la tradition de son ordre. Historiens, poètes, ascétiques, les prédicateurs et les maîtres de la jeunesse, ont toujours grandement aimé à célébrer la Pucelle. Pouvait-il en être autrement? Le nom divin qui brille sur la bannière de Jeanne, sur son anneau, sur ses lèvres, au fond de son cœur. n'est-il pas le tout de la compagnie d'Ignace? Combien d'autres rapprochements entre la victime de Cauchon et la victime de Pombal et de Choiseul ! Si un double amour, intime et profond, ne les fait nvement entrevoir, il appartient à d'autres de les mettre en lumière.
Les chefs de l'ordre ecclésiastique, l'ordre ecclésiastique à tous ses degrés, témoignent de leur religieuse vénération pour Jeanne. Les fidèles dans l'Église de Dieu ne sont pas réduits au rôle d'esclaves muets. Si celui de docteurs qui définissent, de maîtres qui commandent, ne leur convient nullement, l'attitude de nègres accroupis serait aussi offensante pour l'Église leur mère que pour leur dignité. Elle doit être celle d'enfant^ soumis, respectueux, exprimant des désirs, des vœux qu'ils croient bons. sauf à s'en remettre, pour la décision dernière, à la sagesse de leur père. Tels on les a vus, depuis le concile d'Éphèse, où les fidèles pressés aux portes de la basilique attendaient les évèques, pour acclamer dans Marie le titre de mère de Dieu, jusqu'au concile du Vatican, où l'autorité légilime n'a jamais blâmé des manifestations que le Saint-Esprit devait sanctionner. 0 Dieu, disait le sage, vous avez mis au cœur de vos fils les bonnes espérances, bonde spei fecisli filios tuos (Sap., c. IX, v. 19). Dès qu'une soumission filiale anime leurs vœux, l'expression n'en saurait déplaire à la mère aimante que Dieu leur a donnée.
Elle ne se méprend pas sur l'accent ; elle distingue parfaitement celui de l'amour affectueux et soumis de celui, je ne dis pas, de la révolte» mais de la simple mutinerie qui voudrait lui dicter des lois. Elle sait que si le Saint-Esprit parle et accentue ses oracles par la bouche du chef; il ^ibï* dans les membres vivants qui lui sont unis, et elle aime à en écouter ie^ tressaillements.
Ils ne manquent certes pas à la cause de Jeanne. Dans combien de congrès catholiques s'est produit le vœu de voir la Pucelle sur les autels? Le pressentiment que Léon XIII exprimait à Mgr d'Orléans, ultro ominamur, est le pressentiment de ses fils. A l'esprit d'infinie sagesse qui gouverne
l'Église d'amener le jour et l'heure. S'il est permis de les souhaiter ardemment, de les appeler par d'instantes supplications au ciel, aucun vrai catholique n'a eu la pensée de les amener par une pression réprouvée. Pour un croyant la pensée de faire violence au Saint-Esprit serait aussi ridicule qu'impie.
Mais manifestement l'astre de notre histoire se dépouille de la demiobscurité dans laquelle il est resté voilé durant plus de quatre siècles. Si d'Estivet calomniait le parti français, en disant qu'il mettait sur les autels Jeanne encore vivante ; il n'est pas douteux que l'enthousiasme ne fut immense, alors qu'à la suite du sacre la céleste envoyée se présentait devant les villes de l'Ile de Franco qui s'ouvraient d'elles-mêmes, alors que Ton attendait la reddition de Paris, de la Normandie, la réalisation des autres merveilles qui se rattachaient à la Pucelle. Aujourd'hui l'univers catholique porte la Pucelle jusqu'à la limite extrême où commencerait la désobéissance, et où l'enthousiasme par ses excès compromettrait la fin souhaitée de tous.
Quelle est la raison de ce mouvement des âmes? Pourquoi le Saint-Esprit, — car qui doute que ce ne soit son souffle qui le provoque? — pourquoi le Saint-Esprit l'excite-t-il si vif, et si universel? Jamais, je crois, canonisation n'a été si universellement, si ardemment désirée. Ce n'est pas la France seule qui l'espère, ce sont tous les pays où il se trouve des catholiques. Pourquoi Dieu a-t-il réservé cette glorification à nos temps?
Dans une de ces instructions synodales où le voyant de Poitiers a si bien démasqué les erreurs du temps présent^ le grand cardinal Pie précisait ainsi le point de la lutte engagée entre les deux puissances qui se disputent le monde : l'Église et la maçonnerie. La question vivante qui agite le mondej disait-il, cest de savoir si le Verbe de Dieu incarné^ Jésus-Christ demeurera sur les autels^ ou si, sous une forme plus ou moins adoucie, la déesse raison le supplantera. Toute turpitude, toute abjection recevant dans le plus ignominieux des symboles vivants les adorations du genre humain, c'est l'aboutissant suprême du naturalisme maçonnique, le triomphe rêvé par le génie du mal qui l'anime, et qui fait sa joie de meurtrir et de dégrader l'image vivante de Dieu qui est l'homme. Les apologistes de Jeanne ont été amenés à nous rappeler que la luxure était son lieu de délices, et s'y faire adorer sa finale ambition.
Quelle figure pourrait être mieux opposée à l'immonde symbole que celle dont le cardinal Pie a pu dire qu'elle était, Dieu venant à nous cette
fois encore par un chemin virginal^ une douce et chaste apparition du o>/, un parfum de l'Eden, le type le plus complet et le plus large au point de vue de la religion et de la patrie.
Comment mieux conserver le Verbe de Dieu incarné^ Jésus-Cltrist, sur nos autels qu'en montrant celle que, par sa présence sur Tautel, il a faite si belle ^ si sainte^ si immaculée!
A toutes les ténèbres condensées, c'est opposer toute lumière, puisque en elle la nature et la grâce se sont embrassées comme sœurs; à toute souillure c'est opposer celle sur laquelle s'accumulent tous les dons divins; à toute laideur, celle qui est si belle qu'il n'y a pas une pierrerie à joindrr à sa couronne ; aux profondeurs de l'enfer, c'est opposer le ciel dans sa chaste et douce apparition.
Comment mieux rompre de savants et ténébreux complots qu'en marchant à la suite de cette extatique chevaleresque et de cette contemplative guerrière? Le naturalisme maçonnique veut étendre sa griffe brûlante sur tous les âges et sur toutes les conditions; il faut lui opposer le modèle à offrir aux conditions les plus diverses, à la fille des pâtres et à la fille de< rois, à la femme du siècle et à la vierge du cloître, aux prêtres et mix guerriers, aux heureux du monde et à ceux qui souffrent, aux grands et auj jyelits.
Quoi d'étonnant que l'univers catholique unisse sa voix à celle de la France pour demander la glorification de la Pucelle! Le maçonnismf n'ébranle pas seulement la France ; il ébranle le monde ; le chancre qui ronge notre malheureux pays ronge les deux hémisphères ; et les erreur? par lesquelles nous périssons menacent de faire périr la société humaine, a dit Léon Xlir.
Pas une des erreurs contemporaines que Jeanne ne foudroie avec autant d'éclat que de puissance. N'est-elle pas le surnaturel incarné et \àvant, assi< sur le roc de la plus authentique des histoires, le type le plus complet et le plus large de la religion et de la patrie? Elle est le miracle palpable opposé comme un sceau vivant aux immortelles constitutions de Léon XllI. spécialement à la bulle Immortale Dei, a la double constitution du co^îolf. DU Vatican, au Syllabus sauveur du grand Pie IX.
Figure historique qui n'a son semblable nulle part, qui n'oflTre nulle part prise à maudire, et qu'on est contraint malgré soi d'admirer! Qu'elle répond bien, s'écriait un Anglais, quen'est-elle Anglaise!
i , Lethi fera pesiis peu' artus intimos humanx societatis serpit, eamque in extremum pfTi':hlum adducit. Bulle quod apostolici muneris.
Le savant Pontife exprime la môme pensée dans Tency clique Humancv genc5 loi^qu'il affirme que le dernier terme de la maçonnerie, c'est de faire périr le genre Lamain dans Tignominie : Nihil aliud est quam genus humanum cum ignominia et dedicote ad interitum impellere.
C'est ce que dit en ce moment la libre-pensée, c'est la signification des efforts qu'elle fait pour laïciser Jeanne d'Arc. Les plus cruels ennemis de la libératrice furent forcés de donner des larmes à sa mort. Ne remportet-elle pas en ce moment une victoire de ce genre ? Les ennemis de tout ce qu'elle symbolise et personnifie sont contraints d'admirer pareil symbole et pareille personnification, alors qu'ils. abhorrent les célestes réalités qui les remplissent. Dans la plus impie des assemblées qui dans ce siècle ait pesé sur la France, celle de 1881 à 1883, il s'est trouvé un député pour proposer une loi instituant une fête en l'honneur de celle qui est le type le plus large et le plus complet de la religion. Spectacle plus expressif que la parole de l'Anglais, renouvellement sous une autre forme du sentiment inspiré par sa mort à ses bourreaux ; plus de deux cents collègues, presque tous apostats de ce Verbe Incarné, vie de Jeanne, ont donné leur signature pour appuyer la motion. Mais si ceux qui conduisaient le drame de Rouen payèrent momentanément à leur victime le tribut de leurs larmes d'admiration, ils se ravisèrent promptement, et leur rage jalouse reprenant bientôt le dessus leur fit continuer leurs outrages. Il n'en est pas autrement de la maçonnerie. Par un de ses chefs les plus marquants, M. Jean Macé, elle se hâta en 1885 de désavouer l'auteur de la motion, M. Joseph Fabre, député de l'Aveyron, et les collègues qui l'avaient suivi. Le désaveu fut donné en ces termes :
« On dit que 228 de ses collègues (de M. Fabre) ont mis leur signature au bas de sa proposition. J'en suis fâché pour eux et pour lui, elle n'aura pas la mienne. Pas de fête nationale possible sans la glorification possible, entière, de ce qui la motive. Les républicains qui se sont laissé gagner par l'enthousiasme parfaitement honorable du député de l'Aveyron se sont-ils demandé comment ils s'y prendraient pour raconter à nos paysans la légende de Jeanne d'Arc? S'ils parlent en croyants des voix de ses saintes, réussiront-ils toujours à se faire prendre au sérieux? Slls en parlent en hommes rétifs au miracle, ne courront-ils pas le risque de troubler les âmes simples, rétives de leur côté à la théorie des hallucinations ?
« S'ils n'en parlent pas, que restera-t-il de la fille inspirée, dont la force personnelle et le prestige, le bucher même, demeurent inexplicables, la croyance aux puissances surnaturelles mise de coté?
« Le PRÊTRE SEUL n'aURA RIEN A RENIER EN SE FAISANT l'hISTORIEN DE JeaNNE
d'Arc*. »
Quoi de plus expressif que semblables aveux? Pour continuer le rapprochement commencé, sont-ils sans analogie avec les précautions que