Trithemii opéra, Francfort, 1. 1, p. 138 et
Si Henri de Gorkum jelait tout son éclat en 1460, il devait, en U29, être seulement au début de sa carrière de savant.
Son écrit sur Jeanne d'Arc est daté du mois de juin 1429, encore avant
le sacre. Il se compose de trois parties. Dans la première, Tauteur expose
ce que la renommée publiait à Cologne de la vierge française, et il indique
le but de son œuvre. Ce n'est pas de décider quel esprit anime la Pucelle,
c'est de formuler un certain nombre de propositions et de raisons que
J'on peut alléguer pour ou contre elle. Dans la seconde partie il avance
les propositions qui militent en faveur de la jeune fille. Dans la troisième,
celles que ron peut leur opposer.
Je traduis sur le texte édité par Quicheral*.
« \ la gloire de la bénite Trinité, de la glorieuse et toujours Vierge Mère de Dieu, et de toute la cour céleste.
« Le Seigneur m'a prise à la suite des troupeaux, et il m'a dit : Va, et prophétise auprès de mon peuple d' Israël (Amos, vh, 15). Peuple d'Israël est un nom qui, au sens spirituel, peut convenablement être appliqué au peuple de France; il est notoire que la foi et la pratique du christianisme ont toujours fleuri dans son sein.
« Le fils du roi de ce peuple a été abordé par une adolescente, fille d'un berger, et qui elle-même, dit-on, avait gardé les troupeaux. Elle se dit envoyée de Dieu pour ramener le royaume à l'obéissance de ce prince.
« Pour ne pas paraître téméraire dans ses promesses, elle les confirme par des signes surnaturels, tels que lire dans le fond des cœurs, annoncer des événements futurs et contingents.
« On dit qu'elle porte les cheveux courts à la manière des hommes. Voulant accomplir les actes de la vie guerrière, elle prend les vêtements et l'armure des guerriers et monte ainsi à cheval.
« A cheval, son étendard en mains, elle se montre d'une habileté merveilleuse pour disposer en capitaine consommé de l'armée qu'elle commande. Dès lors aussi, ses soldats sont enflammés de courage, tandis que la frayeur s'empare de ses ennemis, comme s'ils étaient dénués de force.
« Descendue de cheval, reprenant son costume ordinaire, elle devient la simplicité même; on dirait un innocent agneau, tant elle est étrangère aux affaires da siècle.
i.iVoe^*, t.in, p.444-421.
« On la donne comme ayant toujours vécu dans la chasteté, la sobriété, la continence et la piété, prohibant les massacres, les rapines et toute violence contre ceux qui veulent se ranger sous Tobéissauce légitime.
« Aussi, à la suite de semblables merveilles, les villes les plus fortes, les châteaux se soumettent au fils du roi et lui promettent fidélité.
« Si ces faits sont vrais, plusieurs questions se posent et sollicitent pour leur élucidation les lumières des doctes, ainsi par exemple :
« La Pucelle appartient-elle à notre nature, ou serait-ce un personnage supérieur qui en a revêtu les dehors et les apparences ?
« Ce qu'elle fait peut-il être expliqué humainement, ou faut-il y voir la présence d'un agent supérieur?
« Dans cette dernière hypothèse, cet agent est-il bon, est-il mauvais?
« Quelle foi ajouter à ses paroles? Ses œuvres doivent-elles être louées comme divines, ou réprouvées comme démoniaques et séductrices ?
« Ces questions divisent les esprits; c'est pour fournir aux deux solutions des arguments tirés des saints livres, que cet écrit a été composé. Il ne décide rien, il rapproche, et sans résoudre le problème, il met en face les raisons des deux partis, provoquant de plus doctes à une intelligence plus approfondie de la matière,
« Que l'on se rappelle cependant que pour bien asseoir une opinion il faut être fixé sur la conduite, les paroles, les œuvres et la vie de cette jeune fille, l'avoir observée tant en particulier qu^en public, sans négliger aucune circonstance de [son existence. Il faut savoir aussi si l'événement a toujours été conforme à ses révélations et à ses prédictions.
(( Dans les assertions qui vont suivre, je suppose la vérité de ce que la renommée a publié dans nos contrées, d'après le témoignage de plusieurs hommes dignes de foi.