Du BouLAY, Hist. univer. Parisiensis^ t. V, p
C'est le rôle qu'elle a revendiqué durant le Grand Schisme, qu'elle se préparait à faire passer en coutume permanente à Bàle, alors qu'elle poursuivait la Pucelle avec tant d'acharnement. Un de ses historiens panégyristes a écrit : Le siècle du Schisme est t époque de la plus brillante situation de notre université, jamais elle ne fut plus consultée (?), plus écoutée. Jamais elle n'eut tant de part à la décision des affaires de la plus haute importance *.
A cela près qu'elle imposait fort despotiquement ses conseils, sans attendre qu'on les demandât, l'assertion de Crevier est vraie. Mais quelle accusation contre le docte corps ! L'époque où il fut le plus écouté, où il prit le plus de part à la décision des affaires de la plus haute conséquence j est certainement l'époque la plus désastreuse de notre histoire, la plus ténébreuse et la plus funeste de l'histoire de l'Église ; ce n'est que par miracle que la France et TÉglise n'y ont pas sombré pour toujours. L'arbre se reconnaît à ses fruits. Qu'on juge par là do la valeur de la turbulente conseillère, de la nature de Tinfluence exercée par elle dans ladécisian des affaires les plus importantes.
La superbe n'inspire pas mieux les corps que les individus ; à eux aussi s'adresse la parole des saints livres : là où est rhumilité, là se trouve la sagesse^. Engagée à la suite de l'anti-pape d'Avignon, Robert de Genève, le faux Clément VII, elle mit une insurmontable opiniâtreté à ne pas avouer son erreur. En vain au dehors de la France, tous les pays non soumis à notre influence adhéraient au Pape de Rome, Urbain VI; en vain dans le sein même de l'Université, sur les quatre nations qui la composaient, la nation de Picardie durant longtemps, la nation anglaise toujours, restèrent fidèles au Pontife Romain ; en vain elle vit le pseudopontife jeter en pâture aux séculiers et à des clercs indignes les bénéfices et les dignités ecclésiastiques ; elle s'obstina à ne vouloir faire ' cesser la division que par une voie justement repoussée par les nations fidèles, et notamment par l'Université d'Oxfort, par la cession des deux contendants; la cession des deux côtés, qui en mettant sur la même ligne le Pontife légitime et l'intrus, couvrait la déviation du beau clair soleil de la chrétienté.
La mort emporte Robert de Genève (1394). L'Université de Paris, plutôt que de ne pas obtenir la cession d'Urbain VI, préfère se rallier à Pierre de Lune, le faux Benoit XIII. Ce que l'on aurait dû attendre de ces logiciens, c'eut été quelque suite dans leur conduite; c'eut été de ne pas sïnfliger une série de démentis. Il n'en fut rien. Il y a moins d'incohérences dans l'histoire de Byzance ; et il faut prendre son cœur à deux
i. Crevier, HisL de Funiv. de Paris^ t. III, p. 3. 2. Ubi humilitaSf ihi et sapientia. Prov., xi, 2.
mains pour en suivre le récit dans ses historiens panégyristes, qui nous les donnent comme un des grands titres de gloire de la corporation.
Après avoir reconnu durant quatre ans le faux Benoit XIII, l'Université suivie de quelques évoques, sans prendre conseil des diverses parties de Tobédience d'Avignon, proclame que la France n'en reconnaît plus aucune, et va, sans chef, se gouverner par elle-même. Impossible de mieux faire naître le chaos et l'anarchie. Les protestations pleuvent de la part des pays étrangers, de la part des docteurs les plus éminents, qui ont adhéré au Schisme. L'Université de Toulouse surtout, orthodoxe dans son égarement même, publie une lettre, ou plutôt un traite, où, sauf son erreur sur le sujet, elle soutient avec force la doctrine jusqu'alors admise dans l'Église, sur la nature du suprême pouvoir pontifical; elle déclare que l'Université de Paris et les prélats qui marchent avec elle sont dénués d'autorité pour déposer un Pape que jusqu'alors ils ont proclamé légitime ; elle montre les diocèses, les chapitres, et les familles divisés ; l'esprit de révolte gagnant la société entière, et les inférieurs se soustrayant à l'obéissance, dès qu'elle déplaît*. A des raisons si péremptoires qu'oppose l'Université de Paris? des sarcasmes, car telle est bien la réponse que fit Gerson dans un discours indigne de lui, où il s'oublie jusqu'à traiter de canine l'Université de Toulouse ^ Un traitement plus injurieux devait être infligé au chef-d'œuvre de raison et de style des docteurs languedociens. Forts de leur crédit à la cour, les docteurs parisiens font assiéger dans son palais celui qu'ils ont durant quatre ans proclamé le vrai Pape, et dont il leur plaît de se séparer.
Immense scandale! Impossible de mieux condenser les ténèbres que ne le faisait ce vrai beau soleil de la chrétienté. Dans l'Eglise de Dieu, tout vient du Souverain Pontife, et depuis quatorze siècles, les peuples chrétiens étaient habitués à recevoir lumière et chaleur de ce vrai beau soleil^ autour duquel Jésus-Christ a enroulé les rayons qu'il est venu darder sur le monde.
Ce fut la nuit ; et comme les voleurs dans la nuit, ceux qui convoitaient sans titre valable les bénéfices ecclésiastiques trouvèrent l'occasion propice.
Le rusé Aragonais venait d'échapper aux soldats qui l'assiégeaient dans sa demeure. Les Universités d'Orléans, d'Angers, de Montpellier, do Toulouse, Pierre d'Ailly, demandaient qu'on rétablît l'obédience. Les peuples eux-mêmes le sollicitaient \ Aux fêtes de Pâques 1403, dans les églises de Paris les cierges portaient le nom de Benoît XIII, et on
i. Voir cette belle œuvre dans du Boulay, t. V, p. 4-24.
2. Ibid», p. 25-53, et Opéra GcrsoniSy Dupin, t. II, col. 88 et seq.