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L'UNIVERSITÉ DE PARIS ET LE GRAND SCHISME D'OCCIDENT. 9o
papes, elle en compta trois après rassemblée de Pise. Les yeux cVArgus^ les cent^ les mille regards des docteurs de Paris, n'avaient pas vu qu'avant d'élire un nouveau pape, il fallait s'assurer qu'il serait accepté par ceux qui se ralliaient autour des deux précédents. Il n'en fut rien. Le nouvel élu ne comptant pas beaucoup plus d'adhérents que ses deux compétiteurs, on eut une troisième obédience. Ce nouvel élu était un religieux de Saint- François, Pierre Filargie, ou mieux Pierre de Candie. Il prit le nom d'Alexandre V. Gerson lui fit la leçon après qu'il fut élu ; car, nous dit Crevîer, le sermon qu'il prononça en cette circonstance n'était point un éloge du Pontife, c'était un conseil, une exhortation vive et pressante pour l'engager à bien remplir les devoirs de sa charge*.
Alexandre V avait pris le degré de docteur dans l'Université de Paris ; il avait été élu par l'appui des docteurs de Paris ; autant de raisons qui auraient dû lui assurer la sympathique docilité du docte corps. Il n'en fut rien. Avant de quitter Pise, il publia une bulle par laquelle il confirmait sans les accroître les privilèges des ordres mendiants, renouvelait contre leurs détracteurs les condamnations portées par Jean XXII.
C'était un des points sur lesquels l'Université de Paris était le plus chatouilleuse. Composée en grande partie de prêtres sécu^grs, elle a toujours vu les réguliers, surtout les ordres mendiants, d'un ofeil jaloux; elle ne leur a pas pardonné la confiance dont les peuples les entouraient. L'esprit de Guillaume de Saint-Amour a survécu aux écrasantes réfutations que saint Thomas et saint Bonaventure firent de ses téméraires attaques. On le sent à travers toute l'histoire de la fameuse corporation ; il a fait explosion par maints décrets aussi despotiques qu'arbitraires. L'Université, à cette époque de son plus brillant éclat, le Grand Schisme, avait interdit à Tordre de Saint-Dominique l'enseignement et la chaire pendant dix-sept ans !
La Bulle d'Alexandre Y provoqua dans son sein la plus vive fermentation; elle fut déclarée subversive de l'ordre hiérarchique; Gerson l'attaqua publiquement dans la chaire ' ; Alexandre Y mourut avant la fin des troubles. Son successeur Jean XXIII retira inutilement le document ; il ne parvint pas davantage à se concilier la faveur de ce corps séditieux. Malheur à quiconque ne lui obéissait pas. Il entendait gouverner l'Église; bien plus, en modifier la divine constitution, et la rapprocher de la sienne propre. C'est ce qui résulte à la fois de ses doctrines et de ses actes.