Ibid
210 LA PtCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS.
Le prélat coupable de tant de méfaits contre son pays fut jeté par la mort aux pieds du tribunal de Dieu, pendant qu'il était entre les mains de son barbier y le 18 décembre 1442*. La France a été faite par les évèques; elle périra le jour où des évèques tels que Cauchon seront assis sur ses sièges épiscopaux.
Une certaine lib<*ralité qui éclate à propos, de la solennité dans le> manières, font partie de la grande ambition. Cauchon n'en était pas, dit-on, dénué. Puissent de meilleurs motifs lui avoir inspiré les fondations assez nombreuses relatées dans son testament ! La foi, qui survivait au milieu des affreux désordres du temps, ne permettait pas à un chrétien qui le pouvait, encore moins à un évèque, de mourir sans faire la part des saintes œuvres. Puissent-elles lui avoir obtenu auprès de Dieu un pardon que rhistoire, à laquelle le fond des cœurs reste caché, ne lui accordera jamais ! Il sera question ailleurs de Tanathème que, d'après quelques historiens, CallixtelII prononça contre les restes du meurtrier de la Pucelle.
Cauchon eut des complices qui le suivirent de cœur, et doivent partager la réprobation attachée à son nom.
Celui que Cauchon employa de préférence, dit Quicherat, fut Thomas Courcelles, un des six docteurs venus de Paris à Rouen pour pressurer l'accusée par leurs interrogatoires.
Quicherat résume ainsi la part de Courcelles dans le procès : « Il assista à presque toutes les séances, donna son avis dans toutes les délibérations, travailla au réquisitoire, le lut, déposa contre Jeanne huit jours après sa mort, fut rétribué au taux de vingt sous tournois par jour, d'une somme de cent treize livres, qui représente ainsi cent treize jours de travail. — L'Inquisiteur (lisez le sous-inquisiteur) ne reçut pour sa coopération que vingt-cinq livres tournois; — enfin il rédigea (en latin) Tinstrument du procès. Il le rédigea et n'eut pas le courage dans celte rédaction de laisser son nom partout où il se trouve consigné sur la minute ; de sorte que, dès l'issue du procès, il regrettait d'y avoir tant travaillé, et Ton peut se demander si le sentiment qu'il en garda pour le reste de sa vie fut la honte d'avoir été dupe, ou le remords d'avoir capitulé par timidité, sur des points qui ne lui avaient jamais paru honnêtes*. »
i. Gallia christiana, t. XI, coL 793.