‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 89 sur 381 · IbiL, t. IV, p · texte numérisé non relu

IbiL, t. IV, p

celle assertion. L'Université n'a rien négligé pour lever ses scrupules s'ils ont existé, elle s'est efforcée de lui en donner de contraires; c'est ce qui résulte de la lettre suivante. Je n'y change que quelques mots, qui laissent le sens dans son entier, mais en rendent la lecture plus facile :

« Très noble, honoré et puissant seigneur, nous nous recommandons très affectueusement à votre haute noblesse.

« Votre noble prudence sait bien que tous les bons chevaliers catholiques doivent employer leur force et puissance premièrement au service de Dieu ; et par après au profit de la chose publique. Spécialement le premier serment de Tordre de chevalerie est de garder et défendre Thonneur de Dieu, la foi catholique et la sainte Église.

« Vous vous êtes bien souvenu de ce serment, quand vous avez employé votre noble puissance et présence personnelle à appréhender cette femme qui se dit la Pucelle, au moyen de laquelle l'honneur de Dieu a été sans mesure offensé, la foi excessivement blessée, et l'Église trop fort déshonorée, car à son occasion, idolâtries, erreurs, mauvaises doctrines, et autres maux et inconvénients inestimables se sont ensuivis en ce royaume.

« En vérité tous les loyaux chrétiens vous doivent remercier grandement d'avoir fait si grand service à notre sainte foi et à tout ce royaume et quant à nous, nous en remercions Dieu de tous nos courages, et votre noble prouesse, tant que faire nous pouvons.

« Mais ce serait peu de chose d'avoir fait telle prise, s'il ne s'en suivait ce qu'il appartient pour réparer l'offense perpétrée par icelle femme contre notre doux Créateur, contre la foi et contre son Église ; avec ses autres méfaits innombrables, comme on dit.

« Ce serait un plus grand malheur que jamais, une plus grande erreur demeurerait au peuple que par avant, ce serait une très intolérable offense contre la majesté divine, si les choses en demeuraient en ce point ; ou s'il arrivait que celte femme fût délivrée ou perdue, ainsi que l'on dit que quelques-uns de nos adversaires veulent s'efforcer de le faire, appliquant à cela tous leurs entendements, cherchant tous moyens, et qui pis est, voulant la délivrer par argent ou rançon.

« Mais nous espérons que Dieu ne permettra pas que si grand mal advienne sur son peuple ; et qu'aussi votre bonne et noble prudence ne le permettra pas, et qu'elle saura y pourvoir convenablement. Si la dite femme était délivrée sans réparation convenable, ce serait un irréparable déshonneur pour votre grande noblesse, et pour tous ceux qui s'y seraient entremis ; vous ferez que ce scandale cesse le plus tôt possible, ainsi que besoin en est.

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