‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 90 sur 381 · L'UNIVERSITÉ ET U MISE EN JUGEMENT DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

L'UNIVERSITÉ ET U MISE EN JUGEMENT DE LA PUCELLE

a Et parce qu'en pareille matière le délai est très périlleux, et très préjudiciable à ce royaume, nous supplions très humblement et de très cordiale affection votre puissante et honorée noblesse, que pour Thonneur divin, pour la conser\'ation de la sainte foi catholique, pour le bien et l'exaltation de tout ce royaume, vous veuillez mettre icelle femme en justice. Envoyez-la par ici à l'Inquisiteur de la foi qui l'a requise et la requiert instamment pour faire discussion de ses grandes charges, en sorte que Dieu puisse en être content, et le peuple en soit édifié dûment en bonne et sainte doctrine ; ou qu'il vous plaise de la faire rendre et délivrer à Révérend Père en Dieu, et notre très honoré seigneur Févèque de Beauvais, qui l'a pareillement requise, ayant été appréhendée en sa juridiction comme on dit. Tous les deux, prélat et inquisiteur, sont juges d'icelle femme en matière de foi ; tout chrétien, de quelque état qu'il soit, est tenu de leur obéir dans le cas présent, sous les peines du droit qui sont grandes.

« En le faisant vous acquerrez la grâce et amour de la haute divinité ; vous moyennerez l'exaltation de la sainte foi, et vous accroîtrez aussi la gloire de votre très haut et noble nom, et mèmement de celui de très haut et très puissant prince, notre très redouté seigneur et le vôtre. Monseigneur de Bourgogne.

« Chacun sera tenu de prier Dieu pour la prospérité de votre très noble personne, laquelle Dieu notre sauveur veuille par sa grâce conserver et garder en toutes ses affaires, et finalement lui rétribuer joie sans fin*. »

L'Université, on le voit, n'a pas hésité un instant sur le jugement à porter sur la Pucelle. Ce n'est pas qu'elle ignorât ce que la chrétienté en pensait, l'édification des peuples, les témoignages rendus à la sainteté de sa vie ; elle les rappellera pour les flétrir, dans une pièce subséquente ; mais la vierge guerrière lui imprime au front un stigmate d'égarement et de lése-patrie ; la vierge est la femme peinte dans la lettre que l'on vient de lire, et elle ne saurait être autre chose.

En vain les docteurs de Poitiers l'ont examinée durant plusieurs semaines, en vain ils ont prononcé qu'en elle on ne trouve aucun mal ; qu'il n'y a que bien, humilité, virginité, dévotion, honnêteté, simplicité ; les docteurs de Paris qui ne l'ont jamais vue, jamais examinée, prononcent que ses méfaits sont innumérables. Gerson admirait comment les peuples tressaillaient d'une joie sainte; comment dans la Pucelle tout tendait à nous faire vivre saintement, dans la piété envers Dieu, la justice et la charité envers le prochain, la sobriété et la tempérance envers nous-mêmes^ et il s'écriait : le doigt de Dieu est là ; c'est Dieu qui fait ces

i. Procès^ i. I, p. 10.

choses; ses anciens collègues de Paris, sans ombre d'examen, prononcent que par la dite femme, qui se dit la Pucelle, r/ionneur de Dieu a été sans mesure offensé^ la foi a été excessivement blessée^ FÉglise trop fort déshonorée ; qu'idoldlrieSy erreurs, maux inestimables se sont suivis en ce rotjaxime. Les docteurs de Poitiers ont déclaré qu'elle devait être mise à Tœuvre ; les docteurs de Paris déclarent que ce serait tout mal, si elle était délivrée sans convenable satisfaction. La pensée qu'elle pourrait être mise à rançon les indigne ; et le but principal de leur lettre est de favoriser Tachât que débat en ce moment celui qui déposera leur demande entre les mains de Luxembourg.

Il y a, au milieu de la catholicité, un tribunal auquel doivent être portées les questions ardues, les controverses entre les enfants d'une môme mère ; les docteurs de Paris ne disent pas un mot qui puisse en faire soupçonner l'existence, tant ils sont persuadés être le soleil de la catholicité.

Imitateurs parfaits et peut-être sans pareils de ceux qui mirent le Maître à mort, ils vont jusqu'à emprunter les expressions par lesquelles les pharisiens voulaient le garder dans le tombeau : s'il ressuscite, disaient les déicides à Pilate, le nouvel égarement sera pire que le premier; erit novissimus error pejor priore ; les docteurs de Paris écrivent: ce serait un plus grand malheur que jamais, une plus grande erreur demeurerait au peuple si les choses en demeuraient en ce point; c'est-à-dire si la céleste envoyée restait simplement captive.

On voudrait douter de l'authenticité de ce document, il est confirmé par beaucoup d'autres semblables, et notamment par la lettre suivante au duc de Bourgogne.

« Très haut et très puissant prince et notre très redouté et honoré seigneur, nous nous recommandons très humblement à votre Altesse.

« Quoique autrefois, notre très redouté et honoré seigneur, nous ayons écrit à votre Altesse, pour la supplier très humblement que cette femme, dite la Pucelle, étant, la merci Dieu, en votre sujétion, fût mise aux mains de la justice de l'Église, et que son procès lui fût dûment fait sur les idolâtries et autres matières touchant notre sainte foi, sur les scandales survenus, à son occasion, dans ce royaume, non moins que sur les dommages et maux innombrables qui s'en sont suivis, et que satisfaction convenable en fût tirée; toutefois, nous n'avons eu aucune réponse à ce sujet, et nous n'avons pas su qu'il ait été pris aucune mesure pour faire convenable discussion du fait de cette femme. Nous craignons beaucoup que par la fausseté et séduction de l'ennemi d'enfer, par la malice et adresse de mauvaises personnes, vos ennemis et adversaires, qui, comme l'on dit, mettent tous leurs soins à vouloir délivrer cette fenune par toutes voies,

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