INTRODUCTION. XI
Les traités théologiques composés sur Jeanne sont indispensables à quiconque veut étudier, ou simplement raconter l'histoire de la libératrice. Ils font plus que fournir de nouveaux faits ; ils font comprendre ceux qui, faute de ces données, restent travestis dans les histoires, même les moins mauvaises. Les traités furent composés par des hommes fort éminents en savoir, revêtus souvent des plus hautes dignités de l'Église et de TÉtal; mêlés fort activement aux plus grands événements de leur temps.
Leurs auteurs appartiennent au monde ecclésiastique. Le monde ecclésiastique a fait la France qui a duré ; il est partout dans ses annales, au premier rang. L'impiété rationaliste fait depuis deux siècles de gigantesques efforts pour l'en éliminer; elle tait son action ; quand elle ne peut pas la passer sous silence, elle la dénigre ; elle s'approprie impudemment ce qui appartient à l'Église ; amplifie, outre, vulgarise les fautes et les vices d'ecclésiastiques, coupables parce qu'ils étaient hommes, et imbus souvent des idées chères au rationalisme, et nullement parce qu'ils étaient ecclésiastiques.
11 faut refouler les expressions qui se présentent d'elles-mêmes, quand on voit la légèreté avec laquelle nos sophistes contemporains traitent des géants de savoir, et dans leur rachitisme et leur atrophie se redressent contre ces scolastiques, à la stature si ferme et si solide. Ayant des connaissances, et souvent nul savoir réel, ces sophistes font l'effet du singe qui opposerait ses griffes et ses gambades à la démarche assurée, mais plus lente, d'un vigoureux athlète. Quoi de plus semblable à des grimaces simiesques que les fades ricanements que se transmettent leurs clichés ? Quoi de plus semblable aux perfides blessures que fait le repoussant animal, que les traits venimeux qu'ils lancent contre ce qui est catholique romain? Je ne nomme personne; mais bien des noms se pressent dans mon souvenir.
N'aurions-nous pas le droit de dire les noms, nous, dont on outrage les pères? Il serait temps du moins que, dans cette galerie de Thistoire, les catholiques redressassent sur leur piédestal tant de figures reléguées dans l'ombre. L'on verra quels hommes ont écrit sur Jeanne d'Arc. Pour les faire connaître, tous les livres que l'auteur a pu se procurer dans des excursions réitérées ont été mis à profit. Ce qu'il en dira donnera peut-être à quelqu'ami sincère du passé la pensée d'examiner de plus près un Pierre de Versailles, un Élie
XII liNTRODUCTlON.
de Bourdeilles, un Jean Bréhal, un Jacques Gelu, ou quelqu'autrc des nombreux personnages, grands dans TÉglise, grands dans l'État, qui ont étudié Jeanne, et nous ont laissé des traités théologiques sur la Pucelle.
Les mémoires composés pour la réhabilitation forment le plus riche fond du présent volume. Ils ne sont pas les seuls. La théologie dirigea ses télescopes sur la radieuse apparition, dès qu'elle se manifesta à la France et à la chétienté ; elle continua à l'observer durant toute la période glorieuse; on écrivit sur la Pucelle en France, en Italie, en Allemagne. Faire connaître les auteurs et leurs traités, c'est le premier livre de cet ouvrage.
Le naturalisme a été assez puissant pour faire de la Pucelle une objection contre la véritable Église, dont la vierge guerrière est une des gloires les plus pures. Il a exécuté ce mouvement tournant, en reléguant dans l'ombre les apologistes catholiques et leurs œuvres ; en présentant comme l'Église l'Université de Paris et les ecclésiastiques qui ont condamné Jeanne. Rien n'est plus injuste. Le coup mortel porté à Jeanne par l'Université de Paris, la corporation trop vantée le donnait à la même époque à l'Église de Jésus-Christ, si contre l'épouse de Jésus-Christ des coups pouvaient être mortels- L'Église en fût morte, si elle pouvait mourir ; elle en a reçu une blessure qui saigne encore. Les déchirements des derniers siècles sont venus à la suite du grand schisme d'Occident, des perturbations qu'il a introduites dans l'ordre ecclésiastique et civil, des néfastes doctrines qui en naquirent. Schisme, doctrines, bouleversements disciplinaires, la responsabilité en pèse sur l'Université de Paris, plus que sur tout autre. Rien n'est plus nécessaire que de mettre hors de contestation un point qu'établissent une suite de faits qui ont duré plus de deux tiers de siècle. De là, la nécessité de dire rapidement ce que fut l'Université de Paris durant les cinquante ans qui précédèrent la venue de Jeanne, et même durant les vingt ans qui suivirent. Ce point de vue a été négligé jusqu'àce jour ; il est pourtant impossible de se rendre compte du drame de Rouen, de dire sur qui l'odieux doit en retomber, de faire cesser une injuste et funeste équivoque, si l'on n'est pas entièrement fixé sur cette lamentable histoire. Il faut d'ailleurs, pour comprendre les mémoires de la réhabilitation, se former une idée du procès de Rouen.
Le second livre est consacré aux pseudo-théologiens bourreaux de