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CHAPITRE II

IK VIERGE-GUERBIËRE D^ilPRËS PIE IL

Sommaire : L — La Pucelle jusqu’à son arrivée à Chinon. — État désespéré de Charles VII. — Examen, promesses de la Pucelle. — Divergences d’avis dans le conseil. — La Pucelle armée.

H. — Délivrance d’Orléans. — Description de la bataille de Patay. — On accourt autour de la Pucelle. — Marche triomphale vers Reims. — La sainte ampoule providentiellement laissée parles Anglais. — Idée que s’en forment les Français. — Merveilleuse soumission des Rémois. — Le sacre, — Les ambassadeurs du duc de Bourgogne. — Pèlerinage à Saint-Marcoul pour la guérison des scrofuleux. — Soumission d’autres villes. — Tentative contre Paris. — Exploits de la Pucelle. — Elle est blessée. — Retraite du roi. — Diminution du crédit de la Pucelle. — La Pucelle à Compiègne. — Faux récit sur sa prise.

III. — Faux récit sur la cause de sa condamnation. — Supposition vraie. — Beau résumé de ce qu’a fait la Pucelle. — Conce.ssion faite à Jouffroy. — Réfutée par l’exposé rapide de la merveilleuse histoire. — La conviction du Pontife exprimée dans deux de ses ouvrages. — La Pucelle était inspirée.

Né en 1405, près de Sienne, à Corsignano, depuis Pienza, du nom du célèbre pontife auquel cette bourgade donna le jour, Æneas Sylvius Piccolomini occupa le siège de saint Pierre, sous le nom de Pie II, de 1459 à 1464.

De rares talents cultivés par un travail si opiniâtre, qu'il en abrégeait sommeil et repas, firent que d’une famille pauvre et obscure, Æneas Sylvius Piccolomini parvint au sommet des dignités de la terre. Par quelles étapes, ce serait trop long de l’exposer. Il faudrait le montrer écrivain d’une exquise latinité, poète, historien, orateur, diplomate; tout jeune, et non encore dans les ordres sacrés, secrétaire de l’assemblée de Bâle, attaché à des doctrines schismatiques que dans la suite personne ne combattit jamais plus vigoureusement que lui, le conduire à la cour de l’empereur Frédéric III dont il devint le secrétaire, le montrer cardinal en 1456, après avoir été titulaire de plusieurs évêchés. Pape, rien ne lui fut plus à cœur que de réunir les princes chrétiens contre le Turc qui venait de conquérir Constantinople. Ce que n’avait fait aucun autre Pape, il se croisa lui-même, et mourut à Ancône, au moment où il se disposait à conduire les soldats de la Croix contre le Croissant.

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Pie II a laissé de nombreux ouvrages. Dans Thistoire de l’état de TEurope sous Frédéric III, il a, sur la divinité de la mission de la Pucelle, une phrase qui sera citée, après les pages enflammées qu’il lui a consacrées dans le récit des choses mémorables advenues de son temps: Pii //, Pontificis Maximi^ commentarii rerxim memorabilium^ quæ mis temporibm conligeriint a N. D, Jobellino mcario jamdiù compositi. Gobellini était secrétaire de Pie II. S’il a tenu la plume, le pape a dicté. C’est attesté par l’ami et le biographe du pontife, Antonio Campano. dans une lettre au cardinal de Pavie, le neveu adoptif de Pie H. Le mérite de l’œuvre le décèle mieux encore. L’auteur s’y montre historien de premier ordre, rapide, concis, mouvementé. On trouve à un haut degré ces qualités dans les passages consacrés à la vénérable Pucelle.

En dehors de ce que publiait la renommée, Piccolomini avait eu plusieurs occasions d’entendre raconter l’histoire de la Vierge-Guerrière. A Bâle il avait été en communication avec les députés de l’Universilé de Paris, avec les prélats et les clercs français et anglo-bourguignons qui faisaient partie de l’Assemblée. 11 avait assisté au congrès d'Arras comme secrétaire des députés de Bâle. Au congrès de Mantoue, Jean Jouffroy avait débité en sa présence, sur la Pucelle, le lamentable passage cité dans le volume précédent (p. 536). Ainsi qu’il a été observé, Jouffroy, sachant que Pie II écrivait ses mémoires, lui recommanda de parler honorablement de son maître. Par complaisance pour Jouffroy, Pie II a inséré dans sa narration, sous la forme d’un doute, deux hypothèses du légat bourguignon qui sont réfutées par ce que le narrateur avait dit précédemment et par ce qu’il dit à la suite.

Le récit de Pie II, vrai dans sa substance, renferme plusieurs erreurs de détail. Il n‘en est pas moins fort intéressant, tant par la conviction clairement affirmée de la divinité de la mission que par l’enthousiasme du pontife pour l'admirable et stupéfiante Vierge, ainsi qu'il s'exprime, dont les hauts faits exciteront dans la postérité plus d’étonnement qu'ils ne trouveront de créance. Voici sa narration.

Les affaires de France étaient désespérées. Une pucelle de seize ans, du nom de Jeanne, fille d’un pauvre laboureur, au pays de ïoul, était à la garde des pourceaux, lorsque, par inspiration divine, ainsi que le démontrent les grandes choses accomplies par elle S elle quitte son troupeau, et sans dire adieu à ses parents, va trouver It gouverneur de

i. DiVIIS'O AFKLATA SPIRITl , SICIT RK8 GIST I’ DEMONSTRANT.

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la ville plus prochaine, la seule de la région qui fût restée fidèle aux Français. Elle requiert des guides qui la conduisent jusqu'au Dauphin. Le gouverneur demande la raison de pareil voyage ; la jeune fille répond qu'elle a du Ciel des ordres à lui transmettre, tant dans son intérêt que dans celui du royaume. Le gouverneur se moque de pareille demande, regarde la jeune fille comme atteinte de démence et n’a pour elle que du mépris. Elle fait instance, le gouverneur la met à diverses épreuves. Durant plusieurs jours, il la retient, observant si elle ne changera pas de résolution, ou si l’on ne trouvera pas en elle quelque chose de messéant. Elle persévère immuablement constante, sans que l’on découvre en elle rien de répréhensible. « Que sais-je, finit par se dire le gouverneur, si telle n’est pas la volonté de Dieu? Le royaume de France a souvent dû son salut à de divines interventions; peut-être de nos jours aussi le Ciel pour nous sauver a pris des dispositions qu’il manifestera par une femme. » Il choisit trois de ses serviteurs d’une fidélité éprouvée, et les charge de conduire la Pucelle jusqu’au Dauphin.

C’était un voyage de dix jours environ, à travers des pays au pouvoir de l'ennemi, ou de son allié. La jeune fille, vêtue d'habits virils, les franchit et sort sans encombre de toutes les difficultés ; elle parvient jusqu’au Dauphin, qui faisait sa résidence ordinaire en Berry.

Abattu, découragé par tant de défaites, il ne cherchait déjà plus à défendre son royaume ; son souci était de chercher un lieu où il pourrait en sécurité trouver un asile assuré. En Espagne, le roi de Castille et de Léon était alors dans un état de florissante prospérité; il était lié au Dauphin par les liens du sang et de l'amitié. Celui-ci avait déjà arrêté dans son esprit d’aller le prier d’accepter avec la couronne de France le soin du royaume, et de lui accorder en retour un lieu où il vivrait dans une sûre obscurité.

Il roulait ces pensées dans son esprit lorsque la Pucelle arriva jusqu'à lui, et en lui faisant remettre les lettres du gouverneur, demanda à être entendue. Le Dauphin, surpris de la nouveauté du fait, craignant d’être joué, confie l’examen de la jeune fille à l’évêque de Castres son confesseur, un théologien de premier mérite, et la donne à garder à de nobles matrones. Interrogée sur sa foi, ses réponses sont en conformité avec l’enseignement chrétien ; on examine ses mœurs, c’est une fille pudique et de toute honnêteté ; l’examen se prolonge durant plusieurs jours ; pas trace de dissimulation, rien de suspect, rien qui décèle un méchant artifice. Seul l’habit fait naître quelque difficulté. On lui demande pourquoi elle porte des vêtements d’homme, vu qu'ils sont interdits à la femme; elle répond qu’elle est vierge; que l’habit des deux sexes convient à la vierge ; que Dieu lui a ordonné de prendre des habits

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d’homme, puisqu’elle devait manier les armes qui sont faites pour Thomme.

Après toutes ces épreuves, elle est amenée en présence du dauphin. « Je suis venue vers vous, dit-elle, d rejeton des rois, sur tordre de Dieu et non d’après mes propres conseils. Il vous ordonne de me suivre. Si vous obéissez, je vous rendrai votre trône, et prochainement vous mettrai à Reims la couronne au front. » Le Dauphin répondit que c’était chose de toute difficulté ; Reims, la cité où les rois avaient coutume de ceindre la couronne, était fort loin et au pouvoir de l’ennemi ; pas de chemin ouvert nulle part; Orléans, qui était sur la route, était assiégé par l’ennemi; les Français n’étaient pas assez forts pour venir au secours des malheureux assiégés; combien moins pouvaient-ils songer au couronnement. Nullement émue par ces cqnsidérations, la Vierge repartit : « Je ne fais pas une vaine promesse ; si vous avez confiance en Dieu, ayez confiance en moi; je viens de sa part; je vous mettrai en mains des armes divines, et c'est avec un glaive invisible que je vous ouvrirai la voie. Les peuples, partout où vous irez, vous feront obéissance, et les nobles accourront ét eux-mêmes sous votre étendard; confiez-moi seulement les chevaliers qui sont autour de vous. »

La proposition délibérée en conseil donne lieu à des avis bien différents ; pour les uns la Pucelle est une tète en démence ; pour les autres elle est trompée par le démon ; pour d’autres enfin elle est pleine du Saint-Esprit. Ces derniers rappelaient que jadis Bétbulie et d’autres cités durent leur salut à des femmes; souvent le royaume de France avait été divinement secouru* ; maintenant encore, une Jeune fille pouvait être envoyée par Dieu pour le défendre ; il n’y avait nullement lieu de regarder comme eu démence la jeune fille dont les conseils étaient pleins de sens. Ce sentiment prévalut; le soin de secourir Orléans fut dévolu à la Pucelle ; une femme devint général d’armée.

On apporta des armes, on amena des chevaux ; la Pucelle monte le plus fougueux; brillante sous son armure, brandissant sa lance, elle maîtrise son coursier, le fait bondir, le lance, le fait retourner sur luimême, ainsi que la fable le raconte de Camille. Les nobles, prenant les armes, se rangent avec allégresse à la suite de la jeune fille. Les préparatifs achevés, on se met en chemin.

1. Regnum Franciæ sæpè diviiiitùs adjulum. C’«*st à deux reprises que le Pontife rappelle les interventions divines en faveur de la France. L'histoire en est pleine. Combien souvent son état a été jugé désespéré!

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L'accès à Orléans était très difficile par terre ; les Anglais avaient intercepté toutes tes routes ; devant les trois portes de la ville, ils avaient assis trois camps que fortifiaient des fossés et des retranchements. La Pucelle n'ignorait pas que la rivière de la Loire baignait les murs de la ville. Elle charge les vaisseaux de froment dans un lieu dérobé, y monte avec ses troupes ; et, tes assiégés avertis de son départ, fait force de rames, met à profit la rapidité du fleuve, et parvient devant la ville avant que les ennemis se soient aperçus de son arrivée. Les Anglais accourent en armes, montent sur des barques, et s’efforcent en vain de retarder l’entrée de la jeune fille dans la place; ils durent tourner le dos, non sans avoir reçu de nombreuses blessures.

Entrée en ville, accueillie par les habitants avec une souveraine allégresse, la Pucelle introduisit avec elle un convoi de toute sorte de vivres, dans la cité dont les défenseurs mouraient de faim. Sans perdre de temps, le lendemain, elle se jette avec impétuosité sur le camp dressé devant la porte principale de la place; les fossés sont comblés, les parapets et les palissades renversés, et le trouble jeté parmi les Anglais; maîtresse des avant-postes, elle met le feu aux tours et aux bastilles élevées par les Anglais; le courage des citadins relevé, elle sort par les autres portes et renouvelle les mêmes exploits dans les autres camps. Les Anglais étant ainsi disséminés, sans qu’un camp pût porter secours à un autre camp, le siège fut de la sorte entièrement levé ; les assiégeants furent tellement taillés en pièces, qu’à peine il en resta assez pour porter la nouvelle du désastre. La gloire en fut donnée à la Pucelle, encore qu’eussent pris part à la délivrance des guerriers très braves, très habiles, et qui avaient déjà souvent commandé

Un désastre si grand et si ignominieux fut un coup bien sensible pour Talbot, le plus renommé des capitaines anglais. Ayant réuni quatre mille cavaliers d’élite pris dans toutes les troupes anglaises, il les dirigea dans rOrléanais, bien résolu d’en venir aux mains avec la Pucelle, si elle osait venir l’affronter, comptant bien que si elle sortait de la ville, il la ferait prisonnière ou la tuerait. Mais il en advint bien autrement. La Vierge à la tête de ses cohortes, dès qu’elle aperçoit l’ennemi, pousse un grand cri, et avec l’impétuosité de l’ouragan, elle fend les rangs anglais;

1. Il est inutile d’observer que tant pour rentrée de la Pucelle dans Orléans que pour la délivrance de la ville, c’est seulement à la substance des événements racontés qu’il faut s’en tenir. Des récits entendus, Piccolomini avait formé la conception qu’il rend d'ailleurs si bien.

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pas un n’ose rester en place, ou se montrer de face. Tous sont soudainement gagnés par la peur et le frisson; encore qu’ils fussent supérieurs en nombre, ils pensaient être inférieurs, et croyaient que d’innombrables troupes combattaient pour la Pucelle. Il y en eut encore qui pensèrent que les Anges combattaient dans le parti opposé, et qu’il était bien vain de se promettre quelque victoire en combattant contre Dieu. Les épées nues leur tombèrent des mains; tous jetaient boucliers et casques afin d’être plus agiles pour la fuite. On n’entend pas les exhortations de Talbot, l’on ne fait nul cas de ses menaces; ce fut la plus honteuse des débandades, l’on ne montra que les derrières à la Vierge-Guerrière ; elle les poursuivit dans leur fuite ; tous furent pris ou tués, à l’exception d’un capitaine et d’une poignée de ses gens. Ce capitaine, voyant l’impossibilité d’arrêter la fuite de son monde, par la vélocité de ses coursiers gagna les devants sur la poursuite de l’ennemi*.

Le bruit de tels exploits porté d’abord aux nations limitrophes, ensuite aux plus éloignées, grossi à mesure qu’il s’étendait, causa une stupeur universelle et profonde. Le Dauphin, gagné aux promesses de la Pucelle,. dont les faits confirmaient les paroles, ordonna des prières dans toutes les églises et se prépara à ceindre la couronne. La noblesse de tout le royaume, apprenant les miraculeuses promesses de la Pucelle, sachant que l’on faisait les préparatifs du couronnement, accourut en armes delà France entière, avec un inexprimable désir de voir la Vierge. Dans l’espace d’un mois, plus de trente mille cavaliers, disposés à faire la guerre à leurs frais, s’étaient rangés autour du Dauphin. Celui-ci, toujours plus joyeux en présence de tant d’hommes d’armes, quitte le Berry, lieu ordinaire de sa résidence, prend sa marche vers Reims précédé par la Pucelle en armes et portant l’étendard royal.

Sur la roule, les places étaient acquises aux ennemis ; les habitants avaient fait de nouveaux serments de rester fidèles à l’Anglais et de recevoir le Dauphin en ennemi. Ils l'avaient ainsi résolu; mais dès qu’ils surent qu’il approchait avec la Pucelle, ô merveille ! pas un ne se présente pour le combattre ; nulle part les portes ne se ferment; pas un ne maudit leur arrivée. Partout où l’on passe, les peuples accourent vers le Dauphin, et le saluent comme leur roi; ils luttent à l’envi pour savoir comment ils pourront chacun le recevoir avec de plus grands honneurs.

Lorsque l’armée fut arrivée à environ quarante stades de Reims, ce fut un grand tumulte dans la ville. L’Anglais ne se croyait nullement en sûreté, les notables étaient chancelants, le peuple aspirait à un changement de régime.

t. Coite rapide description de la bataille de Palay est presque aussi exacte que littéraire.

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Quelques Anglais étaient d’avis de transférer ailleurs l’huile sainte avec laquelle on oint les rois, pour que si la ville venait à être perdue, l’ennemi ne pùl être rituellement couronné. Les Français croient qu’aulrefois une colombe blanche vint du Ciel apporter à Tévêque de Reims, saint Remy, riiuile avec laquelle on sacre les rois; ils la gardent avec le culte le plus religieux ; d’après eux elle ne diminue point, encore que l’on s’en soit servi pour bien des rois depuis Clovis jusqu’à nos jours. Celui-là, afiirment-ils, n’est pas vrai roi qui n’a pas été oint avec cette huile*. Aussi les Anglais ayant plusieurs fois délibéré de transférer ailleurs cette huile sainte, les Français pensent que c’est par la volonté divine que pareil projet fut empêché.

Le Dauphin, aux approches de la ville, envoie des hérauts sommer les habitants de faire obéissance, et annoncer son couronnement. On députe au Dauphin les plus notables citoyens demander du temps pour délibérer. La Pucelle veut que l’on ne leur donne pas de réponse, que l’on ne perde pas de temps; tout ce que Dieu a décrété se fera. Le Dauphin obéit à la Vierge, retient les envoyés, et se faisant précéder de ses chevaliers, il précipite sa marche vers la ville. O merveille que la postérité refusera de croire ! Ni aux portes, ni dans la cité, pas un seul homme en armes ; les notables sortent de la ville au-devant du Dauphin sans aucune condition, sans garantie préalable; sans la moindre opposition, le Dauphin entre, les portes pleinement ouvertes; personne ne se plaint, personne ne témoigne de mécontentement, tous confessent que c’est œuvre divine. Tandis que les Français entrent par une porte, les Anglais sortent par une autre. La cité fait au prince un accueil pacifique, paisible, plein de bienveillance ; tout à l’heure ils ne voyaient en lui qu’un ennemi, maintenant c’est un père qu’ils entourent de toute leur affection et de souverains honneurs. On s’empresse pour acclamer le Dauphin, on s’empresse pour acclamer la Pucelle, qui à tous les regards semble un personnage descendu du Ciel. Ces événements se passaient un samedi, vigile de la bienheureuse Marie-Madeleine. Le jour même de la fête, au monastère de Saint-Remy *, au milieu d’un grand concours de peuple, le Dauphin entouré d’une multitude de grands, de prélats, le Dauphin est sacré selon le rite de ses ancêtres, il ceint le diadème du royaume de France, aux cris répétés de longue vie et victoire au roi Charles; c’est le nom que prit le Dauphin.

Contre l’usage, le Dauphin resta quatre jours à Reims. C’est, en effet,

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