‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 125 sur 296 · Negant verum esse regem qui hoc oleo non sit delibatiis · texte numérisé non relu

Negant verum esse regem qui hoc oleo non sit delibatiis

2. Ce n’est pas dans féglise de Saint-Remy, c’est à la métropole; ce n’est pas le 22, c’e>lle 17, que Charles Vil fut sacré. Le récit de la soumission de Reims est moralement exact. Cf. le récit de Rogier, t, 111, p. 351 et suiv.

LA VIERGE-GUERRIÈRE DANS LA CHRÉTIENTÉ

la coutume des rois de France, d’aller en pèlerinage le lendemain de leur couronnement, à une église du nom de Saint-Marcoul, du saint qui y esl honoré, et d’y guérir des malades. Les Français ont publié que certaine maladie qui s’attaque au gosier est guérie par le seul attouchement du monarque et par quelques paroles mystérieuses. Le nouveau roi ne fit pas le pèlerinage au jour fixé. La cause en fut que les députés bourguignons étaient venus le saluer et lui parler de la paix. Ce fut après les avoir entendus, le quatrième jour, que le roi fit son pèlerinage. Pour la guérison des malades, je n’ai rien d’assez bien établi, encore que les Français croient qu’il y a là du miracle

A la suite, la Pucelle se rendit à Laon avec le nouveau roi, et n’y trouva pas de résistance. Tout se soumit au monarque. lien fut de même des villes entre Paris et Laon; grands et petits, tous, accouraient audevant du roi avec les plus grands tressaillements de joie. On fit espérer au roi la reddition de Paris. Il conduisit son armée dans les alentours, mais voyant que personne ne se présentait, il comprit qu’il avait été induit en erreur, et s’éloigna. La Pucelle plus courageuse, à la tête de quelques compagnies, s’avança jusqu’à la porte qui donne accès au marché aux pourceaux ; l’attaquant très vivement, elle y mit le feu, non sans espoir de prendre la ville. Tandis qu’elle combat avec plus de courage que de prudence, et que de la ville on oppose une opiniâtre résistance, elle est blessée d’un trait lancé au hasard. Dès qu’elle se sent blessée, elle s’éloigne du combat; ses compagnons cessèrent l’attaque. Là, le crédit de la Pucelle commença à décliner ; on l’avait crue jusqu’alors invulnérable, et l’on vit qu'elle pouvait être blessée. Son nom ne fut plus dans la suite ni si plein de terreur pour les Anglais, ni si plein de religieuse confiance pour les Français. Elle fut cependant assez promptement guérie de sa blessure, rentra dans les rangs de l’armée, où, maniant les armes comme par le passé, elle ne fit cependant rien de mémorable*.

Le roi n’était pas loin de la ville; il attendait si une révolution des esprits ne le ramènerait pas. 11 n’eu fut rien. Le duc de Glocestre [de

1. Encore aujourd’hui, les scrofuleux se rendent à Corbigny pour demander à saint Marcoul la guérison de leur mal. Us robliennent souvent, nous a dit M. le curé. Après Louis Xlll, les rois, au lieu d’allerà Corbigny, faisaient portera Reims les reliquesde saint Marcoul. Ln hôpital, qui existe encore, fut construit pour recevoir les malades. Us accoururent en très grand nombre au sacre de Charles X, comme ils étaient venus à celui de Louis XVI. Le voltarianisme alors régnant fit que l’on congédia, à leur très grand mécontentement, la presque totalité des infirmes, venus la plupart très péniblement. Charles X tqucha tardivement, et en cachette, quelques malades qui étaient restés. U y eut plusieurs guérisons. Celui qui écrit ces lignes en a lu les procès-verbaux signés du médecin et du personnel de l’hôpital.

2. Piccolomini ignorait les circonstances de l’assaut contre Paris, et ce qui le fil échouer.

LA VIERGE-GUERRIÈRE D APRÊS PIE II

Bedford), qui commandait dans Paris et gouvernait le royaume pour les Anglais, prit les plus efficaces mesures pour qu’aucun des bourgeois n’abordàt Charles. Lui-même, faisant sortir son armée, opposa camp à camp, n’étant qu’à cinq cents pas environ éloigné de l’ennemi. Les deux armées se regardèrent pendant deux jours ; il y eut quelques engagements, quelques faits de guerre ; jamais cependant l’on n’eut le courage d’en venir à une bataille rangée*. Les deux partis se retirèrent sans sérieux dommage; on ignore pour lequel ce fut plus honteux. Les Anglais rentrèrent à Paris, les Français en Berry, en recevant l’obéissance des contrées qu’ils traversaient; car ils suivaient dans leur retraite une route différente de celle de l’aller.

La Pucelle, quand elle vit le roi couronné, et convenablement assis sur son trône, impatiente du repos, revint contre l’ennemi. Elle força par les armes une des places; elle reçut la soumission de plusieurs autres; par un prompt secours elle en délivra d'autres du siège dont l'ennemi les étreignait.

Cependant, en dernier lieu, les ennemis assiégèrent Compiègne, place très forte et déclarée contre Paris ; la Pucelle s’y porta avec des troupes, par désir de venir en aide aux assiégés. 11 fallait passer par une vigne et d’étroits sentiers ; elle s’y était engagée quand elle fut assaillie par derrière. On combattait avec grand acharnement dans un espace trop resserré. La Vierge circonvenue ne pouvant déployer son armée, dans un combat inégal, où la fuite était impossible, finit par se rendre. Jean de Luxembourg, de très haute famille, comte de Ligny, alors du côté des Anglais, amena la Pucelle captive, et la garda quelque temps prisonnière dans un de ses châteaux.

D’autres racontent autrement sa prise*. Philippe, duc de Bourgogne, disent-ils, était en campagne contre les ennemis qui dévastaient la Picardie. Il prenait le plaisir de la chasse sur les rives de l’Oise. La Pucelle, qui n’était pas loin et en eut connaissance, espérant le surprendre, fond sur les chasseurs, à la tête de six mille hommes d'élite. Philippe, prévenu de l'attaque, range tout à coup les siens en bon ordre de combat, et reçoit la Vierge en lui livrant bataille. C’est là que Jean la fit prisonnière. Philippe défendit qu’elle lui fût conduite ; il lui semblait peu séant d’en être venu aux mains avec une femme, même pour la vaincre.

1. il s’agit des journées de Montépilloy ; elles avaient précédé l’attaque contre Paris.

2. Pie 11 reproduit ici le récit de Jean JoufTroy au congrès de Mantoue, comme on peut s’en assurer en lisant le texte du harangueur, dans la Libératrice, p, 537. Le premier récit est aussi partiellement, sinon totalement inexact. Voy. Chastellain, etc., ibidem, p. 465.

LA VIERGE-GUERRIÈRE DANS LA CHRÉTIENTÉ

Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que la Vierge prisonnière de guerre fut vendue aux Anglais dix mille écus d’or, et conduite à Rouen. Là, elle fut examinée avec grand soin, pour savoir si elle avait recours aux sortilèges, si elle était en commerce avec les démons, ou nourrissait en religion quelque sentiment peu orthodoxe. On ne trouva rien à reprendre, si ce n’est le vêtement viril qu’elle portait; et l’on ne jugea pas que ce fût un crime digne du dernier supplice. Elle fut renfermée en prison, en lui signifiant que ce serait peine de mort, si elle reprenait les habits masculins. Formée à manier les armes, trouvant son plaisir aux exercices militaires, elle fut tentée par ses gardes qui étalaient sous ses yeux tantôt le sagum militaire, tantôt le bouclier, ou d’autres armes encore. L’infortunée, par mégarde, se para un jour de vêtements d’homme et d’armures guerrières, ne songeant pas que c’était la mort qu’elle endossait*.

11 est à croire que la Vierge avait beau être captive; tant qu’elle vivait, les Anglais, auxquels elle avait infligé de si nombreuses défaites, ne se seront pas crus en sûreté : ils auront craint une évasion, des prestiges, et auront cherché un prétexte pour la faire mourir. Dès que les juges connurent que la Pucelle avait repris les vêtements d’homme, ils la condamnèrent au feu comme relapse. Pour que ses cendres ne fussent jamais un objet d’honneur, ils les firent jeter dans la Seine.

Ainsi mourut Jeanne, l’admirable, la stupéfiante Vierge. C’est elle qui releva le royaume des Français abattu et presque désespéré, elle qui infligea aux Anglais tant et de si grandes défaites. A la tête des guerriers, elle garda au milieu des armées une pureté sans tache, sans que le moindre soupçon ait jamais effleuré sa vertu*. Etait-ce œuvre divine? était-ce stratagème humain ? Il me serait difficile de l’affirmer®.

Quelques-uns pensent [Jean Jouffroy\ que durant les prospérités des Anglais, les grands de France étant divisés entre eux, sans vouloir accepter la conduite de l’un des leurs, l’un d'eux mieux avisé aura imaginé cet

1 . Les assesseurs et les complices de Cauchon, très nombreux à Bâle, auront vrais(*mblablement essayé de couvrir par ces contes puérils, si peu conformes àTattitudedo la captive, f abominable guet-apens, beaucoup trop réel, qui fait tomber la plume des doigts de l’histoire. Le récit du brigandage prétendu légal de Rouen semble avoir échappé à l’historien, qui se relève dans les lignes suivantes.

2. Sic Jokanna obiit^ mirabilis et stupenda virgo,., de quà nihil unquàm indecorum auditum est,

3. C’est là une pure concession faite à Jean Jouffroy, dont il relate immédiatement une hypothèse émise à Mantoue, comme on peut s’en convaincre en relisant la harangue déjà citée. Rien dans le récit n’infirme l’assertion du commencement : divino afflata spiritu, ut res gestæ demonstranL

LA VIERGE-GUERRlÉRE D’APRÈS PIB II.

artifice, de produire une Vierge divinement envoyée, et à ce titre réclamant la conduite des affaires ; il n’est pas un homme qui n accepte d’avoir Dieu pour chef; c’est ainsi que la direction de la guerre et le commandement militaire ont été remis à la Pucelle.

Ce qui est de toute notoriété, c’est que, sous le commandement de la Pucelle, le siège d’Orléans a été levé; c’est que par ses armes a été soumis tout le pays entre Bourges et Paris ; c’est que, par son conseil, les habitants de Reims sont revenus à l’obéissance et le couronnement s’est effectué parmi eux; c’est que, par l’impétuosité de son attaque, Talbot a été mis en fuite et son armée taillée en pièces ; par son audace le feu a été mis à une porte de Paris; par sa pénétration et son habileté les affaires des Français ont été solidement reconstituées.

Evénements dignes de mémoire, encore que, dans la postérité, ils doivent exciter plus d’admiration qu’ils ne trouveront de créance.

Charles ressentit très amèrement la perte de la Vierge.

(Le résumé des exploits de la Pucelle qui termine l’éloquent exposé de son histoire est la confirmation du divino afflaia spiritu, ut res gestæ demonstrant^ . Il prouve que le diviutim opus an humanum inventum fuerit^ difficile af/irmaverim^ n’est qu’une concession faite à la cour de Bourgogne, que Pie II tenait fort à ménager. La conviction du Pontife-historien n’est pas douteuse. La Vénérable est divinement suscitée. Il a encore manifesté son sentiment dans un autre de ses ouvrages: De fétat de t Europe sous t empereur Frédéric III. On y lit : « De notre temps, Jeanne, Vierge lorraine divinement suscitée, amsi qiion le croit, vêtue d'habits virils et de I armure guerrière, à la tête des armées françaises^ combattant au premier rang des vaillants, a arraché, ô merveille, la plus grande partie du royaume de France aux mains des Anglais^.)

1. lUud exploratissimum est, Puellam fuisse cujus ductu Âureliani soluta estobsidio, cujusarmisomnis terra subjectaest inter Biturigesac Parisios, cujus consilioUemensea in polestatem recepti sunt et coronatio apud eos celebrata, cujus impetu Talbotes fugatus et ejus cæsus est exercitus, cujus audacià Parisiensis porta cremata, cujus î^olerliâ alque industriàres Francorum in tulo repositæ sunt. Digna res quæ nnenioria» mandaretur, quamvis apud posteros plus admirationis sit habitura quàm fidei.

2. Hegnum Pranciæ nostrd ætate Johanna, virgo LoUtaringensis, divimtus, ut credunt, ADaoxiTA, virilibus indumentis et armis induta, Gallicas ducens acies, ex Anglicorum mnibus, magnâ ex parte, mirahile diclu, prima inter primas pugnans, eripuit.

Page 1