‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 136 sur 296 · V. — La Chronique de Lorraine^ Pontus Heutérus, Meyer · texte numérisé non relu

V. — La Chronique de Lorraine^ Pontus Heutérus, Meyer

HERMANN CORNERIÜS.

Encore un contemporain de la Pucelle, auteur d’une Histoire unieerc’est le dominicain Hermann Cornerius. Il naquit à Lubeck, dans les vingt-cinq dernières années du xiv* siècle. Entré dans Tordre des Frères Prêcheurs, il semble y avoir surtout vaqué aux occupations de renseignement, comme professeur de théologie. C’est ce que nous apprend Georges Eccard, dans la notice qu’il lui a consacrée avant d’insérer au tome II de son Corpiis historicum medii ævi^ une partie de sa chronique, signalée déjà par plusieurs écrivains, entre autres par Leibnitz.

Eccard n’a imprimé la chronique de Cornerius, qu’à partir du règne de Charlemagne jusqu’en 1435 {Leipsik, Francfort^ 1723)^ époque où elle finit.

Cornerius ne nous dit rien de nouveau sur la Pucelle ; mais il est un témoin de ce que la renommée publiait sur la Vénérable jusqu’aux extrémités de l’Allemagne. Les journaux n’existaient pas ; èe n’était donc que par des récits oraux, le bruit public, ou quand on avait des relations, que

LA VIERGE-GUERRIÈRE DANS LA CHRÉTIENTÉ

par des lettres nécessairement rares que l’on pouvait être informé de ce qui se passait au loin ; et il y avait loin alors de Lubeck ou de Hambourg aux États du roi de Bourges. Il ne faut chercher dans Cornerius que l’idée que l’on se faisait, à l’extrémité de l’Allemagne, de la mission et de la sainteté de la Pucelle.

Hermann Cornerius, qui vivait encore en 1437, parle ainsi de la Pucelle à la date de 1429 :

« Le royaume des Français, depuis plusieurs années comme anéanti par les Anglais, reçut celte année un regard du Dieu de miséricorde qui le releva d’une manière inespérée, insolite et presque inouïe.

« Ainsi que le publie partout une éclatante renommée, vivait dans le duché de Lorraine une jeune fille de quatorze ans environ, d’une famille de paysans, dont l’occupation était de conduire tes troupeaux dans les champs, et qui fut inspirée par les Anges. Elle reçut l’ordre d'aller en France et de dire au dauphin Charles : « Voici ce que dit le Seigneur, et « ce que je vous dis en son nom! Si vous n'amendez point votre conduite, c( et si vous ne faites pas une digne pénitence, vous périrez sous le fer de « vos ennemis; mais si changeant de vie vous vous gouvernez selon la loi « de Dieu et observez ses commandements, il redressera complètement « votre royaume, abattra sous votre main tous vos ennemis, et vous fera « un puissant roi des Francs. »

« Cette Pucelle, sur l’ordre de Dieu, quitta la maison de son père pour venir en France. Elle y vint, chercha le Dauphin au prix de grandes fatigues et finit par arriver jusqu’à lui. Elle demanda avec instance aux gens de sa maison d’ôtre admise en sa présence. Son âge si jeune encore, son extérieur simple et de paysanne la firent d’abord mépriser par les seigneurs de la Cour. Cependant ses propos empreints de sagesse, l’éloquence persuasive que lui donnait le Ciel, l’urgence de l’affaire qu elle devait traiter, firent qu’enfm elle fut introduite auprès du prince. Là, messagère de Dieu, elle exposa sans la moindre crainte, avec assurance, à Charles, Dauphin des Français, le message qu’elle était chargée de porter de la part de Dieu. Telle fut la vertu de celui qui agissait en elle que l’esprit du prince en fut transformé, au point que, foulant aux pieds toute vanité, il devint un autre homme, et renonçant de toutes ses forces aux œuvres et aux plaisirs mauvais, il promit de se conduire entièrement selon les conseils de la jeune fille que Dieu lui envoyait.

« Ladite Jeanne resta donc auprès du dauphin Charles, et poursuivit avec lui, conformément à l’inspiration divine, les intérêts du royaume; elle voulut être présente de sa personne à toutes les batailles qui devaient se livrer, se réservant de porter la bannière royale, conformément à la

HERMANN CORNERIUS.

prophétie de Bède, que Ton a trouvée, et qui est exprimée dans les vers suivants :

Vis con VI culli bis septem C sociabant rialloruni pulli tauro nova bolla parabunt.

Ecce boant bolla, portât vexilla puella *.

« Il est dit encore que comme les Anglais assiégeaient Orléans, cette Vierge s’approcha de leur armée et les pressa de s’éloigner de la ville, parce que Dieu voulait s’en constituer le défenseur, et que tous succomberaient devant lui s’ils ne levaient le siège et ne cessaient de combattre. H en fut comme ta Vierge l’avait prédit.

« Des hommes dignes de foi rapportent encore que la môme Pucelle a prédit ta fin de sa vie, et annoncé que sa mort mettrait fin aux calamités du royaume. L’université de Paris a exprimé dans quelques vers ce que devait être cette Vierge, le terme de sa vie, et ce que présageaient ses promesses. Les voici :

Virgo puellaios artus indiita virile Veste, etc. -.

« Trois batailles, assure-t-on, ont été livrées cette année. La Pucelle, d'après la renommée, y a personnellement assisté, et par sa vertu ou mieux par la vertu de Dieu qui agit en elle, les Français ont été victorieux.

« Vainqueur des Anglais devant Oi léans, Charles, sur le conseil de la vierge Jeanne, se dirigea vers Reims. Il alla y chercher fonction réservée aux héritiers du royaume, qui, d’après les lois, doit lui être conférée dans cette ville par l’archevôque de ce siège. Les habitants de Reims accueillirent le roi avec le respect qui lui est dû; sur le conseil de farchevôque mandé à cet effet, et de tous ceux que réclamait la conjoncture, ils reconnurent avec la plus grande joie le prince pour leur roi, et s'employèrent pour qu'il fut, par leur archevêque, couronné en celte qualité. C'est ce qu'affirment d’une commune voix ceux qui viennent de ces contrées. » îCol. 1292-1293.)

A l'année 1430, l’annaliste résume ainsi à sa manière ce qui s'est passé en France : « Le nouveau roi des Français, Charles, grûcc à la vertu et aux mérites de Jeanne la Pucelle que Dieu a envoyée à ce royaume, a victorieusement engagé plusieurs combats contre les capitaines anglais, et le duc de Bourgogne leur allié. Il leur a tué un nombre mfini d’hommes et s’est emparé de plusieurs de leurs villes et forteresses. » (Col. 1297.)

I. fn confrèn^ d«^ Cornerius, Jean Rréhal, nous a expliqué ces vers (I, p. Uio).

‘2. (.es vers ont été déjà cités (III, p. et 028). Cornerius se trompe éliaiig(‘ment les attribuant à rUniversité de Paris.

LA VIERGE-GUERRIÈRE DANS LA CHRÉTIENTÉ

A l’année 1431, il parle ainsi de la France : « La vierge Jeanne suscitée par Dieu pour le salut de la France, après de victorieuses et terribles batailles, a fini par être prise par Philippe, duc de Bourgogne.

« Ce n’est pas l’effet du hasard, c'est la réalisation d’une prophétie par laquelle elle l’avait annoncé. Le duc l’a livrée aux Anglais sur une somme d’argent, à ce qu'il paraît d’après ce qui en a été dit. Les Anglais s'en sont saisis avidement, bien désireux qu’ils étaient de l’avoir ; ils l’ont conduite en Angleterre, et après l’avoir accablée d’injures et d’outrages, ils ont fini par la brûler.

« Une si cruelle mort infligée h une jeune fille innocente et aimée de Dieu a attiré sur eux de nombreuses vengeances de la part du Seigneur, et c’est par une juste permission que divers fléaux ont fondu sur ce royaume. Une terrible épidémie a enlevé le tiers de la population ; la guerre civile y a éclaté à la suite de la nouvelle hérésie ^ Le peuple anglais en guerre au dehors a perdu plusieurs grandes batailles; beaucoup de ses princes et nobles sont hors de combat ; et ce n’est que le commencement de ses calamités *. » (Col. 1306-1309.)

JEAN NIDER

Jean Nider, ou Nieder, fut un des personnages ecclésiastiques les plus renommés de la première partie du xv* siècle. Né, dans les vingt ou trente dernières années du siècle précédent, au diocèse de Coire en Suisse, d’autres disent en Alsace, il entra fort jeune dans l’ordre de Saint-Dominique, et y reçut une solide formation religieuse et scientifique qui le rendit apte aux plus hautes fonctions de son ordre. Il fut, en eflet, professeur de théologie et d’Écriture sainte à l'Université de Vienne, prédicateur réputé l’un des meilleurs de son temps, inquisiteur, supérieur de plusieurs couvents de Frères Prêcheurs, assista au concile de Constance et à l’assemblée de Bâle, et composa plusieurs écrits, dont le plus fameux fut le Malleus Ma/eficarum^ Marteau des Sorcières. Le cinquième livre de cet ouvrage a pour titre Formicarium. Nider tire de l’exemple des fourmis des leçons pour la conduite à tenir vis-à-vis des hérétiques, et surtout des sorciers, dont il rapproche les néfastes influences

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